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Graduation et gradation

Voici deux noms féminins souvent confondus : la graduation et la gradation. D’étymologie semblable, ils sont issus du latin gradus = marche, degré. Cependant, la graduation est liée à l’action de graduer, de marquer un instrument de mesure (une règle graduée en millimètres) ou à une notion de progression (exercices gradués pour le violon). La gradation désigne le passage par degrés d’un état à un autre : gradation de la lumière au lever du jour, gradation ascendante ou descendante des termes comme effet de style pour marquer des termes de force ascendante ou descendante au fil du texte.

Démarquage et démarcation

Le démarquage ou démarcage (du verbe démarquer) de l’ancien scandinave merki (= marque) peut signifier plusieurs choses. Dans le cas de l’action qui consiste à retirer la marque de marchandises (ex. vêtements démarqués) pour les vendre moins chers, c’est ce que l’on appelle la démarque. Le démarquage désigne, en termes d’art, le fait de copier une œuvre mais avec quelques modifications pour cacher la trop grande ressemblance, c’est du plagiat. Concernant le cas du verbe pronominal (se démarquer), dans le domaine de la course, il s’agira de distancer rapidement son ou ses concurrents. Exemple : L’athlète courait en troisième position puis soudainement, en quelques enjambées, s’est démarqué pour prendre la première place juste avant la ligne d’arrivée. Se démarquer, c’est aussi se distinguer, se faire remarquer par son attitude, ses actions. Exemple : Ce vendeur se démarque de ses collègues par sa façon bien à lui d’aborder les clients. Donc pour résumer, le démarquage est en rapport avec les notions d’imitation mais également de différence, selon les contextes d’utilisation. La démarcation quant à elle, de l’espagnol demarcación, désigne une limite, l’action de délimiter deux territoires (cf. la célèbre Ligne de démarcation entre 1940 et 1942 séparant la zone française occupée par les Allemands de la zone dite libre et s’étendant de Bayonne à la Suisse). Au sens figuré, une démarcation est la séparation entre deux domaines, disciplines, entre deux choses (ex. démarcation des seuils d’âges entre l’enfance et l’âge adulte).

 

Filiation – filière – filiale

La filiation, XIIIe siècle, issu du latin filiatio, de fils (en latin filius), désigne les personnes issues d’une même famille, la transmission de parenté, le rapport de famille liant un individu à une ou plusieurs personnes dont il est issu : filiation légitime, naturelle, biologique ou filiation adoptive. Une filière est entre autres choses une suite de lieux, de degrés d’une hiérarchie. C’est aussi l’ensemble des étapes subies par un ensemble de biens ou services incluant la fabrication de sa matière première, l’élaboration du produit fini et sa distribution auprès des clients (exemple : filière bovine). Ce nom féminin vient du latin filum = fil (et non pas fils !). Une filiale est une société moralement indépendante mais qui dépend d’une société dite mère. Celle-ci y détient suffisamment de droits de vote, au moins 50 % (assemblée générale d’actionnaires) pour pouvoir y imposer ses décisions. Selon l’Abbé Mozin et J.Th. Biber (1844), une filiale est ‘ une succursale, une annexe ‘. Par exemple, la société Airbus est une filiale d’EADS (qui est la société mère). Ne pas confondre avec l’amour filial (où filial est adjectif), lié à la filiation expliquée plus haut.

Lucarne et lucane

Une lucarne, nom féminin, issu du latin lucerna = lumière, est un ouvrage de charpente qui dépend de la toiture, c’est une petite fenêtre permettant à l’origine d’éclairer et ventiler les combles. En matière de sport, la lucarne désigne l’un des deux angles supérieurs d’un but de foot. Enfin, une lucarne en matière d’ameublement Renaissance, est un médaillon sculpté d’où apparaît une tête de personnage. À ne pas confondre avec l’insecte, le lucane (pas de R), nom masculin, que l’animal soit mâle ou femelle, dont le nom vient du latin lucanus qui signifie cerf-volant, pouvant atteindre jusqu’à 10 cm de long. Cet animal fut décrit en 1758 par le naturaliste suédois Carl von Linné et dénommé à l’époque scarabaeus cervus. On parle d’ailleurs de lucane cerf-volant (lucanus cervus) pour le lucane mâle et de ‘ Grande biche ‘ pour le lucane femelle, reconnaissable à ses mandibules beaucoup plus courtes que celles du mâle. La ‘ Petite biche ‘ existe aussi, mais plus petite, ne dépassant pas 30 mm (dorcus parallelipipedus).

Lucane femelle

Lucane femelle

Désaffection et désaffectation

La désaffection et la désaffectation sont des noms à utiliser dans des contextes différents. La désaffection désigne la perte d’affection (du latin affectio = disposition physique ou morale), le détachement, la perte d’intérêt. le désintéressement. Cela peut concerner aussi bien quelqu’un que quelque chose. Exemple : la désaffection d’un peuple pour la politique suite à de trop nombreux scandales touchant des élus. La désaffectation en revanche (affectation vient du latin affectatio = disposer), désigne le fait de ne plus utiliser un lieu. Une centrale désaffectée (attention, et non pas désinfectée, même si l’un n’exclut pas l’autre !) est une centrale qui n’est plus utilisée.

Cultuel, culturel et cultural

Les adjectifs cultuel, culturel et cultural sont à différencier. Cultuel est issu du nom masculin culte (du latin cultus,de colere = honorer) et désigne ce qui est relatif aux cultes : une association cultuelle, un texte cultuel, un instrument de musique cultuel (utilisé dans le cadre d’un culte, comme par exemple le sistre lié au culte isiaque – déesse Isis – dans l’Antiquité romaine). Culturel, issu du nom féminin culture (du latin cultura = culture, entretien de la terre mais également de l’âme, de l’esprit), désigne ce qui est relatif à la culture humaine, la culture de l’esprit, la culture de civilisations. Une association culturelle (troupe de théâtre, école de musique associative…). Cultural désigne quant à lui ce qui est relatif à la culture des sols. Réaliser un profil cultural, par exemple, permet d’évaluer avec précision la structure du sol tant dans la couche arable que dans la couche sous-jacente. Des pratiques culturales.

Caramélisé et caramélé

Les adjectifs caramélisé et caramélé, issus du nom masculin caramel (du latin cannamella = canne à sucre) se ressemblent. Caramélisé désigne avant tout ce qui est réduit en caramel, voire recouvert ou additionné de caramel, qui a un goût de caramel. Une pâtisserie caramélisée. Caramélé désigne plutôt ce qui est parfumé au caramel, qui en a la couleur, l’aspect, mais n’est pas réduit en caramel au sens propre du terme. Par exemple, on dira d’une sauce qu’elle a un goût caramélé (et non pas caramélisé !).

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Démystifier et démythifier

Les deux verbes démystifier et démythifier ont un rapport avec le principe de mythe, mais ne s’utilisent pas dans les mêmes circonstances. Démystifier, c’est détromper, la mystification désignant l’imposture, l’action de tromper, la duperie, la supercherie. La mystification peut être comprise comme un mythe moral ou intellectuel. Démystifier, ce peut être aussi montrer la vraie nature de quelque chose, la vérité, rendre banal, retirer son côté mystérieux afin de faire tomber un mythe, mais cet emploi est parfois critiqué notamment en raison de l’étymologie du mot, comme nous allons l’expliquer plus loin. Il est préférable d’employer dans ce cas le verbe démythifier qui signifie ‘ enlever le mythe ‘. Exemple : ‘ La divulgation publique de sa vie dissolue a contribué à démythifier cette star internationale. ‘ Côté étymologie, mystifier, comme mystère, vient du latin mysterium, issu du grec mustêrion, de mustês qui signifie ‘ initié ‘. L’initié est celui qui sait. Un mystère, par principe, n’est pas élucidé (sauf par des initiés éventuels qui en connaissent les secrets), il pose question, sinon ce n’est plus un mystère. Le mythe quant à lui possède une étymologie différente, c’est un mot qui vient du bas latin mythus, issu du grec muthos qui signifie ‘ récit, légende ‘. Une légende n’étant pas une histoire vraie, tout comme un conte, nous retrouvons ici la notion de fausseté, de tromperie en quelque sorte, vis-à-vis de la réalité mais transmettant malgré tout des vérités, sous forme déguisée. Le philosophe Gaston Bachelard disait : ‘ tout l’humain est engagé dans le mythe ‘. Le mythe est un récit tenu pour vrai, mais dans un système de croyances déterminées et en apparence opposé au discours rationnel, il s’oppose au logos (raison, parole). Le terme de mythologie (XVIe siècle) désigne d’ailleurs l’ensemble des mythes et légendes des diverses civilisations mais se rapporte également à des thèmes particuliers contemporains que l’on peut retrouver au sein de collectivités, comme par exemple les légendes urbaines.

Incurable et incunable

Les termes (adjectifs ou noms selon les utilisations) incurable et incunable sont à différencier. Proches par l’écriture, ils sont très éloignés par le sens. Le terme incurable, du bas latin incurabilis avec le sens médical de curare = soigner (1314 Mondeville – Dict. Étym.), désigne le fait de ne pas être guérissable. Précisons que les verbe curer et récurer (nettoyer) possèdent la même origine. Exemples : Curer les  fossés, récurer des casseroles. Incurable signifie également incorrigible (à quoi il est impossible de remédier). Exemple : Cet homme est terriblement têtu, il est incurable. Le terme incunable quant à lui, du latin (mot au pluriel) incunabula = langes de nouveau-né, et par extension, berceau, lieu de naissance, désigne un ouvrage imprimé en Europe et antérieur au 1er janvier 1501, c’est-à-dire les origines de l’imprimerie occidentale. Cette date fut établie par convention afin de créer un repère historique, mais le terme d’incunable s’applique également aux livres d’aspect semblable jusqu’en 1530 (appelés parfois post-incunables). Le premier incunable typographique ayant été répertorié (il en existe environ 27 000 - British Library ISTC) fut la Bible à deux colonnes de 42 lignes, dite B42, fin 1454 (Gutenberg, Schöffer et Fust) en deux volumes et a nécessité 100 000 caractères et 290 signes typographiques pour son impression.

Crédule et crédible

L’adjectif crédule s’applique aux personnes, il désigne quelqu’un de naïf, facile à attraper, qui croit trop facilement ce qu’on lui raconte. Crédule vient du latin credulus, de credere = croire. Le nom associé est la crédulité. Exemple : Fabien est vraiment crédule, il croit n’importe quel boniment sans chercher à vérifier. L’adjectif crédible, quant à lui, vient du latin credibilis = croyable, vraisemblable, et désigne ce qui peut être cru, ce qui est plausible. La différence avec crédule est que cela peut concerner aussi bien une personne (une personne crédible est digne de confiance) que son discours (par exemple une excuse, crédible ou pas). Le nom associé est crédibilité. Exemple : Les preuves que le témoin a apportées ajoutent de la crédibilité à son récit.

cinéphile, cynophile et sinophile

Le terme de cinéphile désigne un amateur de cinéma. Relativement récent, il est apparu pour la première fois dans le Ciné-Journal de 1912. Il est lié au nom masculin cinématographe (du grec kinêma = mouvement et de graphein = décrire). Pour la petite histoire, le 12 février 1892, Léon-Guillaume BOULY dépose le brevet d’un nouvel appareil ‘ réversible de photographie et d’optique pour l’analyse et la synthèse des mouvements, dit le Cynématographe Léon Bouly ‘. Le 27 décembre 1893, il en modifie le nom qui deviendra Cinématographe dont nous utilisons à notre époque l’abréviation : cinéma. Ce nom déposé Cinématographe (avec un C majuscule) devient libre en 1894 du fait que Bouly ait omis de payer la redevance de ses brevets. Il est donc de nouveau breveté par les célèbres Frères LUMIÈRE. dont le nom restera associé au cinéma.

Le nom masculin ou adjectif (selon les cas) cynophile, du grec kuôn, kunos = chien et philos = ami, désigne un amateur de chiens. Un cynophile (nom). Une brigade cynophile (adjectif).

Le nom sinophile, du latin Sina = Chine (et du grec philos = ami) désigne les passionnés de Chine ou des Chinois. Un(e) sinologue est une personne spécialiste de sinologie, terme lui-même issu du latin médiéval Sinae (Extrême-Orient), apparu en 1842 (Académie), qui consiste à étudier l’histoire, la langue et la civilisation chinoises.

 

Inclinaison et inclination

Les noms féminins inclinaison et inclination se ressemblent mais avec quelques différences. L’inclinaison, nom dérivé du verbe incliner, de l’ancien français encliner (1080, Roland) issu du latin inclinare (même signification) n’a qu’un sens propre. Elle désigne ce qui est incliné, en pente (notion d’angle par rapport au plan de l’horizon). Exemple : La trop forte inclinaison de ce terrain ne permet pas d’y construire facilement une maison. L’inclination, du latin inclinatio (même signification) désigne quant à elle le fait de pencher la tête, notamment pour saluer. Exemple : Il salua son voisin d’une légère inclination (hochement de tête ou du corps) puis continua son chemin. Nous pouvons constater que dans cet exemple, le terme d’inclinaison aurait été inapproprié. L’inclination a donc trait au corps, à la tête mais aussi au sens figuré, à l’esprit. Avoir de l’inclination pour une personne signifie être attiré, avoir un penchant pour elle, ressentir un mouvement affectif spontané. C’est valable aussi pour des passions : avoir de l’inclination (et non pas de l’inclinaison !) pour la littérature, la nature, la musique baroque ou le jazz, la géographie, l’astrologie, etc. Et là, avec le mot ‘ penchant ‘, nous retrouvons bien ce qui caractérise les deux termes inclinaison et inclination. La différence essentielle est que lorsque l’on parle d‘inclinaison, c’est toujours matériel (incliné = en pente).

Flairer et fleurer

Les verbes flairer et fleurer sont des paronymes, donc de sens différents bien que proches par leur graphie et leur prononciation. Ils sont tous deux liés à la notion d’odeur, mais voici la différence : flairer vient du latin fragrare, qui signifie sentir bon. Flairer désigne le fait de sentir une odeur. Exemple : Le chien flaire les truffes. La locution avoir du flair signifie avoir bon nez, bon odorat mais au sens figuré, pour les êtres humains, c’est avoir de l’intuition, de la capacité à deviner quelque chose. Exemple : Ce détective a beaucoup de flair, il arrive toujours à trouver les éléments qui lui permettent de résoudre ses énigmes. Le verbe fleurer quant à lui vient du latin flatare, qui signifie souffler. Fleurer, verbe surtout utilisé en littérature, c’est répandre une odeur, et non pas la sentir. Exemple : Cette pizzeria fleure bon l’origan.

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Exode et exorde

Les noms masculins exode et exorde ont des significations très différentes et ne doivent pas être confondus. Cependant, comme nous allons le constater, ils ont un point commun assez important, lié à la notion de départ. Le terme d’exode (XIIIe siècle) vient du latin chrétien exodus, emprunté au grec exodos, qui signifie départ (ex = hors de, et hodos = route). En juin 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, le terme d’exode fut spécialisé pour désigner la fuite massive des populations devant l’envahisseur. Il est à noter aussi un phénomène important ayant eu lieu en France à la fin du Second Empire suite à une crise économique se traduisant par la chute des cours économiques des produits agricoles et la faillite des petites exploitations, les plus nombreuses (eh oui, déjà !…), l’exode rural consistant à fuir la campagne pour s’installer à la ville, là où l’industrie en pleine révolution offrait du travail (années 1870-1890). Les exodes, quelle qu’en soit l’origine, se multiplient, 2016 n’y échappe malheureusement pas, avec le Moyen-Orient… Quant au terme d’exorde (avec un R), il vient du latin exordium, de ordiri = commencer. En rhétorique, il désigne l’entrée en matière d’un discours par la mise en condition du public, et ne doit pas être confondu avec l’introduction. L’exorde doit être bref. Il ne présente pas le plan du discours, sa seule utilité est de mettre l’auditoire en bonne condition, capter son attention et attirer sa bienveillance, voire en cas d’auditoire négativement prédisposé, d’essayer de le reconditionner en la faveur de l’orateur (appelé exorde indirect).

Effusion et infusion

Le nom féminin effusion vient du latin effusio (= écoulement), de fundere qui signifie ‘ répandre ‘. Précisons d’ailleurs qu’en latin, le terme assez proche effugio (avec un G) signifie s’échapper. Le nom féminin infusion vient quant à lui du latin infusio = ‘ répandre dans ‘, également issu de fundere (le verbe infuser vient de infundere = verser dedans). L’un signifie donc répandre (en dehors) et l’autre répandre dedans. L’effusion, terme généralement utilisé au pluriel, désigne une manière vive de marquer sa tendresse : des effusions de joie. Utilisé au singulier, il désigne plus concrètement l’action de verser du sang, de faire mal. Exemple : Cette manifestation se termina dans une effusion de sang. L’infusion quant à elle, en raison de son étymologie, désigne toute boisson produite par la dissolution, médicamenteuse ou non (la tisane, elle, est exclusivement destinée à soigner), dans l’eau bouillante des principes contenus dans des plantes. Une tisane est donc une infusion mais une infusion n’est pas forcément une tisane. Les principes actifs de la plante se répandent à l’intérieur, se diffusent dans l’eau bouillante.

Donation et dotation

Donation et dotation sont des noms d’étymologie identique liée au principe de don, du bas latin dare = donner. Leurs sens diffèrent cependant quelque peu. La donation désigne le fait de donner quelque chose de manière définitive. C’est un terme employé chez les notaires : donation entre époux, par exemple. Le terme existe depuis le XIIIe siècle issu directement du latin donatio, remplaçant la forme populaire donaison. Attention, alors que le verbe donner comprend  NN, le nom féminin donation n’en prend qu’un seul. Le terme de dotation quant à lui, bien que de même origine (dare), est lié au nom féminin dot (fin du XIIe siècle mais rare jusqu’au XVIe siècle). Il fut utilisé en premier lieu dans le sud de la France (Midi et Lyonnais essentiellement), là où le droit écrit avait conservé ce que l’on appelait le régime dotal. Ce régime dotal consistait en un apport de biens par le père de l’épouse au patrimoine des jeunes mariés : la dot. Le régime dotal et le douaire (biens que le mari assignait à sa femme pour en jouir au cas où il mourrait avant elle, et aboli par la Révolution française), alternèrent selon les époques. Pour en revenir à notre dotation, il ne s’agit bien sûr plus de ce que l’on appelait la dot d’autrefois. La dotation consiste à notre époque en revenus, fonds attribués à une personne ou à un compte, comme par exemple les dotations versées par l’État aux collectivités territoriales chaque année.

 

Dédicacer et dédier

Les verbes dédicacer et dédier proviennent tous deux du même mot latin : dedicare qui signifie dédier. Alors pourquoi deux mots ? Cela permet d’affiner la signification dans des contextes différents. Le verbe dédier existe depuis le XIIe siècle tandis que le verbe dédicacer est beaucoup plus récent, 1836 (Grand dictionnaire de Napoléon Landais). La dédicace était autrefois une fête patronale, la dédicace d’une église (cérémonie liturgique). Dédicacer, c’est signer concrètement pour quelqu’un. Exemple : L’écrivain dédicace son nouveau livre. Dédier signifie offrir, consacrer. Exemple : Le chanteur a dédié sa chanson à un ami disparu qu’il aimait beaucoup.

Colorer et colorier

Les verbes colorer et colorier  (du latin colorcoloris = couleur) sont des paronymes et ne s’emploient pas dans les mêmes circonstances, voici les différences : colorer signifie, tant au sens propre qu’au sens figuré, donner de la couleur à quelque chose. Au sens propre, nous allons par exemple colorer nos cheveux. Au sens figuré, nous pouvons colorer nos propos de gentillesse ou d’agressivité (ou autre), c’est-à-dire leur donner une teinte liée à un sentiment, un ressenti, une manière d’exprimer une émotion. Le résultat de l’action de colorer est la coloration. Le verbe colorier, quant à lui, désigne très concrètement le fait d’ajouter de la couleur sur une surface, un volume, il n’y a qu’un sens propre, pas de sens figuré. Exemple : Mon neveu colorie son nouveau livre. Le résultat de l’action de colorier est le coloriage.

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Cacatois et cacatoès

Ne pas confondre un cacatois, désignant une petite voile carrée au sommet d’un mât juste au-dessus de la voile appelée perroquet (cf. le mât de cacatois), et un cacatoès, perroquet généralement bien connu, et pourtant il y a un rapport entre les deux ! Cacatois (Académie 1835) vient du néerlandais kakatoe emprunté lui-même au malais kakatuwa et correspondant à une onomatopée représentant le cri du perroquet (issu aussi du portugais cacatua, même signification). Le cacatoès, l’oiseau, tire son nom également de l’onomatopée liée à son cri (1652 cacatoua ’ sorte de perroquet blanc huppé ‘ – P. Philippe de La T.S. Trinité, Voyage d’Orient) probablement composé de kaka = corneille, transposé au perroquet, et de tūwa = vieux, à cause de l’âge avancé que ces oiseaux peuvent atteindre.

Bileux et bilieux

Les adjectifs bileux et bilieux sont des paronymes et donc assez faciles à confondre. Leur étymologie est la même, du latin bilis = bile au sens propre et colère au sens figuré. En effet, dans l’Antiquité, deux sortes de bile étaient reconnues, la jaune et la noire. La jaune concernait la bile en tant que liquide de même couleur sécrété par le foie et destiné à faciliter la digestion des lipides, tandis que la noire (atra bilis en latin) désignait la mélancolie, l’humeur noire, la colère. Se faire de la bile, être bileux, s’inquiéter. En revanche, si l’on parle d’un teint pâle, cireux, on utilisera l’adjectif bilieux : un teint bilieux. De même pour désigner une personne colérique ou ayant tendance à être de mauvaise humeur (attention, c’est différent de la personne inquiète), on utilisera l’adjectif bilieux. Molière : ‘ Ce discours m’échauffe la bile ‘. Autrefois en effet, on pensait qu’une vive émotion de l’âme provoquait une surabondance de bile (cracher sa bile = cracher son venin, sa colère). Côté chronologie, bilieux, du latin biliosus (= qui contient de la bile) est apparu au XVIe siècle, puis bileux au XIXe siècle.

Bedeau et badaud

Un bedeau et un badaud sont bien des personnes, mais pas les mêmes ! Le bedeau, autrefois ‘ sergent de ville ‘ puis  ’ huissier d’université ‘ jusqu’au XVIIIe siècle, devint ensuite  un employé (laïc) d’église, préposé au service matériel et à l’ordre. On l’appelait aussi le chasse-coquin, lié au fait qu’il marchait généralement devant l’ecclésiastique et lui ouvrait le passage, lors des célébrations, pardons divers, et chassait les personnes non désirées. Le nom bedeau vient du francique  bidal, qui signifie ‘ messager de justice ‘ (1680 Richelet – Dict. Étym.), en ancien français : bidel. Le terme de badaud désigne quant à lui un passant, un spectateur. Exemple : ‘ Les badauds s’agglutinent devant la voiture accidentée, au risque de provoquer un deuxième accident et d’empêcher les secours de se frayer rapidement un passage. ‘ Côté étymologie, le terme de badaud vient du provençal badau, de badar (bayer aux corneilles), ‘ celui qui reste bouche bée ‘ (Rabelais) avec une connotation clairement péjorative jusqu’au XVIe siècle, signifiant alors ‘ stupide ‘.

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Baladin et paladin

Le nom masculin ‘ baladin ’ ne comporte qu’un seul L, il est apparu en 1545 (Marot) et vient du provençal baladin, de balar = danser. Le mot désigna d’abord tout danseur de théâtre (Dict. Académie française IVe édition 1762), puis fut utilisé pour désigner le ‘ bouffon ’ (du Roi) et de manière générale tout ‘ farceur de place publique ’, et enfin un ‘ comédien ambulant ’ (Dict. Académie française VIIIe édition 1932-5). Le terme existe d’ailleurs au féminin : baladine (même signification). Exemple : « […], tu ferais mieux de m’indiquer un moyen de sortir des mains de ces hommes que de faire devant moi des contorsions et des grimaces comme un baladin. » (Walter Scott « Ivanhoé », Traduction de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820).

Le nom masculin ‘ paladin ’ vient quant à lui de l’italien paladino, lui-même issu du latin palatinus = officier/garde du palais, de palatium = palais. Il désignait surtout les seigneurs de la cour de Charlemagne (exemple : le paladin Roland) dans les romans médiévaux de chevalerie, puis par extension, tout chevalier intrépide, brave et galant parcourant les grands chemins à la recherche d’aventures (exemple : Don Quichotte). Selon Jean-François Féraud (‘Dictionaire critique de la langue française’ – Un seul N à ‘dictionaire’ dans ce cas précis – Marseille, Mossy 1787-1788) :  Dans le style plaisant ou critique, on dit d’un Seigneur, qui veut passer pour brâve et galant, que c’est un vrai Paladin. ’ Selon Nicot en 1606 (Nicot ‘Thresor de la langue française’ 1606) : ‘ Un Paladin, c’est un de ces vieux chevaliers errans de table ronde. ’ Ce terme, à connotation nettement héroïque, est désormais utilisé pour désigner non plus un chevalier mais une personne qui en a les attitudes traditionnelles, à savoir défendre les nobles et justes causes, soutenir les faibles de manière ou d’autre. C’est aussi quelqu’un ‘ qui a beaucoup de prétention à la bravoure et à la galanterie. ’ (Dict. Académie française VIe édition 1832-5).

Baisser et baiser

Le verbe ‘ baisser ’ vient du latin populaire bassiare, de bassus qui signifie ‘ bas ’. Ce verbe peut être utilisé de diverses manières. 1 – Dans le sens ‘ mettre plus bas ’. Exemple : ‘ Cynthia a baissé les volets de son salon orienté plein sud, tellement la chaleur était importante. ’ 2 – Dans le sens ‘ diminuer d’intensité ’. Exemple : ‘ S’il te plait, Léa, baisse le son de ta radio, on ne s’entend plus parler ici ! ’ 3 – Dans le sens figuré, à savoir céder face à quelqu’un. Exemple : ‘ Devant l’insistance de son ami, Tom baissa pavillon et lui rendit sur le champ le livre emprunté sans même avoir terminé de le lire. ’ 4 – Autrefois, le verbe signifiait aussi ‘ descendre par eau ’. Les routes étant peu nombreuses et très risquées point de vue sécurité (brigands), beaucoup de transports de marchandises se faisaient par voie navigable, mais cela désignait également le chemin effectué à pied (ou autre moyen de transport) le long d’une rivière d’un point à un autre. Ainsi l’on disait par exemple : ‘ On baisse depuis Roanne jusqu’à Orleans. ’

Bien évidemment, ne pas confondre ‘ baisser ’ et ‘ baiser ’. Ce verbe transitif a une tout autre étymologie. Apparu au XIIe siècle, il vient du latin basiare qui désignait précisément le baiser donné à une personne par respect ou civilité (le père ou le prêtre par exemple), et n’a aucune connotation familière voire vulgaire jusqu’au milieu du XXe siècle. Il était d’ailleurs essentiellement utilisé en poésie et dans des locutions comme ‘ baiser la main ’, avant d’être remplacé par le verbe ‘ embrasser ’. Il était autrefois utilisé aussi en tant que verbe pronominal ‘ se baiser ’ en parlant d’objets inanimés serrés de près, joints. Exemple : ’ des pains qui se baisent dans le four ’. Le terme de ‘ baiseure ’ (substantif féminin) désignait d’ailleurs l’endroit par lequel les pains se touchaient dans le four.

Avanie et avarie

Le nom féminin ‘ avanie ’ vient de l’italien avania qui désigne selon le Littré une vexation qu’exerçaient les Turcs contre ceux qui n’étaient pas leurs coreligionnaires, pour leur extorquer de l’argent, de l’arabe hawwan – et selon le Dictionnaire de l’Académie française 1re édition 1694 : vexation, insulte que les Turcs font aux voyageurs en Levant, pour tirer de l’argent d’eux. Il prit son sens actuel au cours du XVIIe siècle, à savoir un ‘ traitement humiliant ’. Une avanie est un affront public, une humiliation, une brimade, une offense, une vexation, un outrage, un camouflet. Exemples : ‘ J’avais été prévenu de ne me laisser jamais plaisanter par un Turc, si je ne voulais m’exposer à mille avanies (François-René de Chateaubriand. Itin. 57) ’ – ‘ Le chef étoilé a raté son plat principal juste le jour où le député est venu manger dans son restaurant. Ce fut pour lui l’avanie suprême quand son hôte quitta la table accompagné de sa suite sans même attendre la fin du repas. ’

Le nom féminin ‘ avarie ’, souvent confondu avec ‘ avanie ’, n’a pas du tout la même signification. Il vient de l’italien avaria, emprunté à l’arabe awar = dommage. Une avarie est un dégât, une détérioration en parlant d’un navire ou tout autre véhicule, ainsi que de la cargaison transportée, comme par exemple l’apparition d’une voie d’eau dans la coque, une voilure déchirée par le vent etc. L’avarie est généralement liée aux transports. Selon le Littré, l’avarie est également le ‘ Droit d’entretien d’un port, pour chaque vaisseau qui y mouille. ’ et également ‘ Avarie de portefeuille, pertes que subit le portefeuille d’une banque. ‘ Selon Jean-François Féraud dans son « Dictionaire critique de la langue française » (‘ Dictionaire ‘ avec un seul N dans le cas présent – Marseille, Mossy 1787-1788), il peut s’agir également d’une ’ dépense imprévue qu’on est obligé de faire pendant le cours du voyage. ’ Le mot ‘ avarie ’ est également utilisé au sens figuré, selon la 8e édition du Dictionnaire de l’Académie française, pour désigner la syphilis. Eugène Brieux (1838-1952), dans sa pièce en trois actes intitulée ‘ Les avariés ’ (1905), fait assez clairement allusion à cette maladie sexuellement transmissible fort courante autrefois. L’adjectif ‘ avarié ’ vient d’ailleurs de ‘ avarie ’ pour désigner par exemple une viande, un fruit ou tout autre produit alimentaire devenu impropre à la consommation en raison de son mauvais conditionnement, une conservation à température inadaptée ou sa date avancée. Les marchandises avariées ont donc subi une avarie. Exemples : ‘ Le navire ayant pris la mer malgré la tempête, l’une de ses voiles se déchira, ce qui créa une avarie fort ennuyeuse, l’obligeant à rentrer au port au plus vite. ’ – ‘ En cas d’avarie du système de freinage, un voyant lumineux s’allume sur le tableau de bord des voitures. ’

Altitude et attitude

Le nom féminin ‘ altitude ’ (du latin altitudo = ‘ hauteur ’, radical altus = ‘ haut ’ que l’on retrouve également dans les noms de certains nuages comme par exemple altostratus, altocumulus etc.) n’a été vraiment utilisé qu’à partir du XIXe siècle, en premier lieu par des géographes comme notamment Paul Vidal de la Blache (1845-1918), fondateur de l’école française de géographie. Ce mot n’apparaît d’ailleurs pas dans les éditions I à VII du dictionnaire de l’Académie française. L’altitude se définit conventionnellement par rapport au niveau de la mer appelé ‘ niveau zéro ’, ce qui permet de mettre tout le monde d’accord quel que soit l’endroit sur la planète. Elle s’exprime en pieds mais également en mètres selon les cas. Ce terme est également utilisé dans le domaine de la ‘ géographie médicale ’, développée au XIXe siècle au cours duquel les médecins envoyaient leurs patients atteints de tuberculose (maladie extrêmement fréquente à l’époque) en ‘ cure d’altitude ’ en vue de les soigner, se basant sur l’hypothèse de ‘ l’immunité phtisique des régions élevées ’ – la «’ phtisie ’ étant le nom scientifique de la tuberculose pulmonaire – (Revue géographique alpine). De nos jours, ces cures sont toujours prescrites en ‘ climatothérapie ’, notamment pour calmer certains types de crises d’asthme comme l’asthme d’origine allergénique (J-C. Bessot ‘ Climatothérapie dans l’asthme : étude critique ’). Exemples : ‘ François se souvient de ses vacances en haute montagne. Vu qu’il n’était pas habitué à l’altitude, il a souffert inévitablement du mal des montagnes, avec de terribles maux de tête et des nausées. ’

Le nom féminin ‘ attitude ’ (de l’italien attitudine, emprunté au bas latin aptitudo = ‘ aptitude ‘) se rapportait tout d’abord à la peinture et à la sculpture et désignait la ‘ posture ’ que prenaient les modèles au XVIIe siècle (Nicolas Poussin – 1637). Le terme n’acquit son sens actuel qu’au XIXe siècle, à savoir la manière d’être, de se tenir, la position du corps mais également la façon de s’exprimer, les dispositions par rapport à une autre personne ou par rapport à une situation. Exemples : ‘ Romain commence à agacer sérieusement ses camarades avec son attitude hautaine depuis qu’il a gagné la coupe au dernier challenge sportif. ’ – ‘ Le peintre a demandé à son modèle une attitude bien particulière, debout et légèrement de profil, les mains sur les hanches. ’

Athanée et athénée

Le nom masculin récent ‘ athanée ’ (= ‘ sans mort ’) désigne un funérarium ou chambre funéraire, lieu de réunion des familles et proches avant les obsèques des défunts. Précisons qu’il est très difficile de le trouver dans les dictionnaires habituels, il est cependant présent dans l’Officiel du Scrabble Larousse édition 1994 (et les suivantes probablement – non vérifié). Les Pompes Funèbres utilisent en général le terme de funérarium mais parfois d’athanée pour désigner ce lieu en France. Aux États-Unis, le mot désigne plus particulièrement des lieux funéraires où les personnes cryogénisées (dont les corps sont conservés grâce au froid) sont en attente d’un éventuel retour à la vie grâce à la technoscience (science appliquée à la technologie).

Le nom masculin ‘ athénée ‘ désignait, dans l’Antiquité, le temple de la déesse Athéna mais surtout le lieu à Athènes où les rhéteurs (professeurs d’art oratoire), poètes et philosophes lisaient publiquement leurs écrits. La population ne sachant pas lire, cela constituait un moyen d’instruction non négligeable – tradition orale. Puis ce mot désigna le lieu où les savants avaient l’habitude de se rassembler pour la même raison, à savoir lectures et cours publics. C’est maintenant un lieu de conférences mais également une institution d’enseignement secondaire belge. ‘ Athénée ’ (avec un A majuscule) fut également un prénom masculin à l’époque antique, notamment le nom de l’auteur de ‘ Les Deipnosophistes ’ (même époque), ensemble de quinze livres traitant du ‘ banquet grec ’ sous forme de conversations entre différents convives d’un banquet imaginaire, le narrateur étant l’auteur lui-même.

Astronomie et astrologie

Les deux noms ‘ astronomie ’ et ‘ astrologie ’ partagent la même étymologie de base, liés tous deux aux astres, du latin astrum emprunté au grec astron, et désignent des sciences dont la différence est particulièrement importante, à savoir que la première est définie comme une science exacte, contrairement à la deuxième, axée depuis le XIVe siècle sur le principe de divination, et devenue de ce fait non plus une science mais un art divinatoire.

Le nom «  astronomie  » (du grec astron = astre et nomos = loi) désigne la science chargée d’étudier le mouvement, la structure, l’évolution et la position des astres et de tout objet céleste de manière générale, déterminant ainsi par de nombreux calculs des lois physiques observables, vérifiables. L’origine de l’astronomie remonte très loin dans le temps, bien avant l’Antiquité, puisque des scientifiques (Alexander Marshack, Chantal Jègues-Wolkiewiez…) ont trouvé des indices d’observation de la Lune et du Soleil voire de représentations sommaires de la Pléiade (grotte de Lascaux), datant du Paléolithique supérieur. Exemple : ’ Le célèbre astronome Johannes Kepler, en étudiant l’hypothèse héliocentrique de Nicolas Copernic comme quoi la Terre tourne autour du Soleil, découvrit que les planètes suivent des ellipses et ne tournent donc pas en cercle parfait autour du Soleil. ’

Le nom ‘ astrologie ’ désigna tout d’abord l’étude des astres de manière générale en tant que science, puis la divination par les astres à partir du XIVe siècle, ce qui devint (et non ‘ devin ’ !) son sens actuel en Occident. On peut situer son âge d’or aux alentours du XVIe siècle, en raison de l’émergence d’idées nouvelles véhiculées par de célèbres astrologues comme par exemple Nostradamus. Son principe général s’appuie sur la croyance du fait que les astres (planètes, étoiles, galaxies…) agissent sur la destinée de l’être humain, l’influençant selon leurs positions célestes à des moments précis. Chaque civilisation conséquente possède son système astrologique : druidique, chinoise, tibétaine, africaine, aztèque, maya, kabbaliste, égyptienne, celtique, mongole, arabe, occidentale, amérindienne, karmique, humaniste… Exemple : ’ Mylène ne connaît pas grand-chose à l’astrologie mais adore lire son horoscope dans le journal chaque jour. ’ – ‘ Christelle est passionnée d’astrologie depuis de nombreuses années et ses amies se pressent toutes pour lui demander de réaliser leur thème astral. ’

Assurer et assumer

Le verbe transitif ‘ assurer ’ (de l’ancien français asseürer, du bas latin assecurare = ‘ rendre sûr ’) vient de l’adjectif ‘ sûr ’ (du latin securus = ‘ exempt de soucis, de crainte, tranquille ’) et possède plusieurs significations, toutes en rapport avec les notions de confiance et de tranquillité. Il désigne le fait de considérer quelque chose comme sûr, certain, d’en affirmer, certifier la véracité, l’existence, mais également rendre stable (assurer un mur = étayer un mur), prendre une certaine contenance (avoir de l’assurance), garantir un droit, un acte (assurer une hypothèque), procurer quelque chose de manière durable (assurer ses revenus), contracter une assurance (assurer son logement), en termes d’équitation habituer un cheval au mors (assurer la bouche d’un cheval) et autrefois en termes de marine arborer le pavillon de sa nation en tirant un coup de canon (assurer le pavillon). Exemples : ‘ Nicolas remplit les formulaires obligatoires pour assurer sa nouvelle voiture. ’ – ‘ L’accusé assure au juge qu’il n’a pas commis le méfait qui lui est reproché. ’ – ‘ Les parents de Fabien pensent lui assurer un bel avenir professionnel en l’inscrivant dans une grande école. ’

Le verbe transitif ‘ assumer ’ (du latin assumere = ‘ prendre sur soi ’, de sumere = ‘ prendre ’) signifie prendre à son compte, prendre la responsabilité d’un acte ou d’un état de fait, en accepter les éventuelles conséquences. Exemples : ‘ Vu que Maurice vit seul, il est bien obligé d’assumer toutes les tâches ménagères s’il veut que son appartement reste propre ! ’ – ‘ Benoît a fait une grosse bêtise, maintenant il va devoir assumer. ‘ – ‘ Le cœur assume les fonctions de pompe et de propulseur du sang pour subvenir aux besoins métaboliques du corps. ’ – ‘ Françoise est une femme remarquable car elle assume depuis toujours les nombreuses difficultés de sa vie sans jamais se plaindre. ’

Artificiel et artificieux

L’adjectif ‘ artificiel ‘ (du latin artificialis = ‘ fait avec art ’, lié au nom ‘ artifice ’ de artificium, de ars = ‘ art ’ et facere = ‘ faire ’) s’oppose de par son étymologie à la notion de naturel. C’est son sens premier. L’art n’est pas naturellement existant, c’est une conception exclusivement humaine. Ce qui est artificiel (noter qu’il y a le mot ‘ art ’ dans artificiel) est ‘ produit par une technique humaine ’ et relève souvent d’un procédé destiné à tromper la vision, la perception, au-delà de raisons purement techniques et totalement matérialistes dans d’autres cas. Exemples : ‘ Ces fleurs artificielles sont magnifiquement travaillées, on dirait des vraies ! ’ – ‘ Christelle se maquille à outrance, c’est une femme très artificielle, seules les apparences lui importent. ’ – ‘ En 1974, a été créé le lac du Der, plus grand lac artificiel de France, afin de régulariser le cours de la Marne. ’

L’adjectif ‘ artificieux ’ (du latin artificiosus = ‘ fait avec art ’) est proche de l’adjectif ‘ artificiel ’ tant par son étymologie que par son sens mais avec une nuance importante à connotation quelque peu péjorative, désignant plutôt ce qui est rusé, délibérément destiné à la tromperie, usant d’artifices dans un but trompeur voire teinté d’une certaine hypocrisie. Voici un exemple assez parlant tiré des écrits de Bossuet (Oraisons funèbres) : ‘ L’ambition a fait trouver ces dangereux expédients où, semblable à un sépulcre blanchi, un juge artificieux ne garde que les apparences de la justice. Exemples : ‘ Cet homme politique veut à tout prix se faire élire, et ce n’est pas avec un tel discours artificieux qu’il y parviendra. ’ – ‘ Isabelle semble toujours d’accord avec tout le monde, cette attitude artificieuse trahit sa nature quelque peu hypocrite. ’

Artérite et arthrite

Le nom féminin ‘ artérite ’ (de ‘ artère ’, du latin arteria lui-même emprunté au grec artêria de même signification que le mot français) désigne une maladie des artères ‘ due à l’athérome ’ (du grec athêrôma = ‘ loupe de matière graisseuse ’) qui quant à lui est un ‘ dépôt de plaques riches en cholestérol sur les parois des artères ’. Elle est aussi appelée athérosclérose (attention à l’orthographe, « athér… » et non pas « arthér… », de même que « roscl… » et non pas « rioscl… ») et correspondant à un épaississement des parois des artères, et non pas artériosclérose, maladie plutôt liée au vieillissement des artères, même si dans les deux cas, il est question de sclérose, à savoir de durcissement (du grec skleros = ‘ dur ’). Exemple : ‘ Damien fait des repas trop riches en calories et en graisses, son médecin l’a mis en garde contre les risques d’artérite. ’

Le nom féminin ‘ arthrite ’ vient du latin arthritis = ‘ goutte ’, lui-même emprunté au grec arthritis – même mot – de arthron qui signifie ‘ articulation ’. L’étymologie nous renseigne complètement ! L’arthrite concerne non pas les artères comme l’artérite, mais bien les articulations, ce qui n’a rien à voir malgré la ressemblance trompeuse des mots désignant ces maladies, à l’origine de bien des confusions ! L’arthrite se caractérise par une inflammation d’une ou plusieurs articulations, provoquant en général de douloureux rhumatismes… et non pas des rhumes ! Ces deux derniers termes ont cependant des étymologies quasiment communes, bien que désignant des symptômes fort différents. ‘ Rhumatisme ’ vient du latin rhumatismus = ‘ flexion ’, du grec rheumatismos = ‘ écoulement d’humeurs ’, de rheîn = ‘ couler ’, même origine grecque que pour le mot ‘ rhume ’. Seule la partie latine est différente pour ce dernier, à savoir rheuma, également issue du mot grec de même signification rheuma = ‘ écoulement ’, de rheîn = ‘  couler ’. Ne pas confondre ‘ arthrite ’ et ‘ arthrose ’, maladie concernant également les articulations mais qui est dégénérative et liée à ‘ l’usure accélérée des articulations ’ alors que l’arthrite est inflammatoire. Pour revenir à l’étymologie latine (arthritis = ‘ goutte ’), précisons que la célèbre maladie appelée ‘ goutte ’ autrefois fort répandue est bien une forme d’arthrite. Exemple : ’ Bruno a les articulations des doigts toutes gonflées, son médecin lui a dit que c’est de l’arthrite et lui a prescrit une pommade apaisante à l’arnica. ’

Arrérages et arriéré

Le nom masculin pluriel ‘ arrérages ’ (autrefois ‘ arriérages ’ au XIIIe siècle mais modernisé au XVIe siècle) vient de ‘ arrière ‘ et désigne concrètement l’argent voire les intérêts dus d’un loyer ou d’un revenu, le ‘ montant échu ’, c’est-à-dire arrivé à échéance, légalement exigible, d’une rente, d’une pension, d’une ferme. Le versement est généralement périodique. Attention, ce mot ne doit jamais être mis au singulier. Le verbe intransitif correspondant est ‘ arrérager ’. Exemple : ‘ Christine est divorcée depuis trois ans mais son ex-mari n’a pas indexé les versements de pension alimentaire pour ses enfants sur l’indice des prix comme prévu les deux dernières années, elle est de ce fait en droit de demander des arrérages d’indexation. ’

Le nom masculin ‘ arriéré ’ désigne quant à lui, au sens propre du terme, un ‘ retard de paiement ’, ce qui est différent de l’arrérage. Exemples : ‘ Alexis est très ennuyé, il doit trois mois d’arriérés à son bailleur pour le loyer de sa maison et n’a pas de quoi les payer. ’ – ‘ L’employeur de Claire lui doit un arriéré de salaire depuis plusieurs mois, elle va donc devoir saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir son dû. ’ Au sens figuré et quelque peu péjoratif, le terme s’applique aux personnes soit démodées, peu évoluées, ayant des idées et conceptions ‘ d’autrefois ’, peu préoccupées par le progrès, soit ‘ qui sont atteintes d’une arriération mentale ‘ (Dict. Larousse). Exemple : ’ Camille, qui vient de Paris, trouve que ses nouveaux voisins, à la campagne où elle habite désormais, sont un peu arriérés mais d’un autre côté, elle reconnaît qu’ils sont très gentils et accueillants, bien plus que ses anciens voisins d’immeuble. ’

Arborisation et herborisation

Le nom féminin ‘ arborisation ’ (même étymologie que le mot ‘ arbre ’, du latin arbor = ‘ mât, axe ’) désigne un dessin naturel qui imite les ramifications et branches d’arbres ou des bruyères, comme le givre sur les vitres, les bronches, certains minéraux. Exemple : ’ L’agate arborisée est une pierre gris perle ornée de points, de rayures et de différentes lignes, appelées des arborisations. ’

Le nom féminin ‘ herborisation ’ (du latin herba : désigne la cueillette des plantes dans la nature dans le but de les mettre dans un herbier, les étudier ou les utiliser en herboristerie pour en faire des infusions ou différents remèdes). Exemples : ’ La maison des loisirs du village a organisé le week-end dernier une sortie herborisation, beaucoup de gens sont venus découvrir ainsi les richesses naturelles insoupçonnées des environs. ’ – ‘ Lors de sa classe verte en Sologne l’an dernier, Maxime et ses camarades ont eu la joie de participer à une activité herborisation, encadrés par leur professeur et un agent de l’Office National des Forêts, qui leur a donné par la même occasion un cours pratique sur le respect de la nature. ’

Apurer et épurer

Le verbe transitif ‘ apurer ‘ (du nom ‘ pur ’ lui-même issu du latin purus = propre) est un terme de comptabilité et désigne le fait de vérifier l’exactitude des comptes et également solder son passif, arrêter un compte. Exemples : ‘ Le comptable doit faire apurer ses comptes impérativement avant la semaine prochaine. ’ – ‘ Le patron de cette entreprise, par sa déclaration de faillite, a demandé à l’administration d’apurer ses dettes sociales et fiscales. ’

Le verbe transitif ‘ épurer ’ (même base étymologique que le verbe ‘ apurer ’ ci-dessus) désigne l’action de rendre pur, soit au sens propre, soit au sens figuré. Exemples : ‘ Cette eau venant du ruisseau ne paraît pas bien propre, il serait souhaitable de l’épurer avant de la boire. ’ – ‘ Il y a visiblement des faiseurs d’histoires dans ce groupe, il serait bien que nous épurions tout ça ! ’ – ‘ J’apprécie le style épuré de cet artiste. ’

Apporter et emporter

Le verbe transitif ‘ apporter ’ (du latin apportare = ‘ porter vers ’) désigne le fait de porter quelque chose à quelqu’un, de porter avec soi en un lieu défini. Nous noterons la notion particulière de ‘ direction vers ’, que le préfixe a- apporte à ce verbe, tout comme dans le cas du verbe ‘ amener ’. L’accent est mis sur le point d’arrivée, le but. Exemple : ’ Quand tu viendras chez nous le week-end prochain, apporte tes chaussons, tu seras plus à l’aise. ’ – ‘ As-tu pensé à apporter le dessert ? ’ –  ’ La Révolution française de 1789 a apporté de nombreux bouleversements dans l’organisation politique et économique du pays. ’ – ‘ Ce mariage ne lui a apporté que des ennuis ! ’ – ‘ Cette nourrice apporte une attention particulière au bien-être des enfants qu’elle garde. ’

Le verbe transitif ‘ emporter ’ désigne le fait de porter quelque chose avec soi en quittant un lieu précis. Nous noterons que la différence essentielle avec le verbe ci-dessus expliqué, à savoir ‘ apporter ’, se trouve précisément dans cette mise en valeur de l’endroit d’où l’on part, le lieu que l’on quitte, et non le point d’arrivée, idée apportée par le préfixe em- lorsqu’il est joint à un verbe de mouvement, tout comme pour le verbe ‘ emmener ’ expliqué plus haut. Ce verbe désigne également le fait d’entraîner avec force voire fracas, et à la forme pronominale, se mettre en colère (s’emporter). Exemple : ’ En sortant du bureau du banquier, le client a emporté le stylo qu’il lui avait prêté pour signer le contrat. ’ – ‘ L’eau a tout emporté lors de la dernière inondation, laissant derrière elle un paysage complètement dévasté. ‘ – ‘ Olivier est assez susceptible, méfiez-vous quand vous le taquinez car il s’emporte facilement ! ’

Appareiller et apparier

Le verbe ‘ appareiller ’ (du latin apparare = préparer) signifiait effectivement ‘ préparer ’ jusqu’au XVIIe siècle, mais entra également parmi les termes de marine à l’époque des grandes découvertes (Jacques Cartier), pour désigner la préparation d’un navire pour prendre la mer (employé comme verbe transitif), mais également le fait de quitter le port (employé comme verbe intransitif). L’Académie française, dans son dictionnaire 4e édition (1762), désigne, entre autres définitions, le fait de ‘ Joindre à une chose une autre chose qui lui soit pareille. ’ Le grammairien Jean-François Féraud dans son ‘ Dictionaire critique de la langue française ’ (un seul ‘n’ à ‘dictionaire ‘dans le cas présent) 1787-1788, objecte cependant que ‘ Cette dernière définition n’est pas juste: car l’assortiment consiste souvent à unir des chôses différentes pour la couleur, pour la forme. ’ Le terme désigne également, en médecine, le fait d’installer un appareil ou une prothèse sur un patient. Exemples : ‘ Les matelots ont appareillé le navire, il est désormais prêt à prendre la mer. ’ – ‘ Le navire est prêt à appareiller, mon Capitaine ! ’ – ‘ L’orthodontiste a appareillé Jonathan pour redresser ses dents et mieux les aligner, corrigeant ainsi quelques asymétries. ’ – ‘ Le responsable de la décoration du magasin a appareillé divers objets de couleur rouge dans la vitrine pour marquer la venue des fêtes de Noël. ’

Le verbe ‘ apparier ’ (vient du nom ‘ paire ’ d’après le latin par = égal), souvent confondu avec ‘ appareiller ’, signifie assembler par paires, accoupler (animaux, particulièrement les oiseaux en zoologie – ‘ s’apparier ’ également, le nom est ‘ appariement ’), assortir. Il ne s’applique en revanche que pour assembler deux choses, jamais plus, tandis que l’on peut ‘ appareiller ’ plus que deux choses comme expliqué plus haut. Exemples : ’ Avant de ranger les chaussettes dans le placard, il est préférable de les apparier, c’est plus facile de les retrouver ensuite. ’ – ‘Le responsable de l’oisellerie a apparié des tourterelles. ’ – ‘ Regardez donc ces pigeons en train de s’apparier sur le banc public ! ’ – ‘ Le canari peut parfois s’apparier avec des oiseaux indigènes comme le chardonneret ou le bouvreuil, cela crée ainsi des croisements. ’

Apologue et épilogue

Le nom masculin ‘ apologue ’ (du latin apologus, issu du grec apologos = récit fictif, fable) désigne un ‘ court récit en prose ou en vers ’ à visée allégorique (métaphorique, symbolique) qui comporte en général une morale, une leçon à retenir, c’est un récit à but instructif sous une forme imagée. Attention, un apologue est une fable mais une fable n’est visiblement pas forcément un apologue selon Jean-François Féraud (grammairien et lexicographe français, professeur de rhétorique et de philosophie) qui, dans son ‘ Dictionaire critique de la langue française ’ (nota : ‘ dictionaire ’ écrit ici avec un seul ‘ n ’) de 1787-1788, en fournit l’explication suivante : ‘ Je crois que l’apologue est une histoire feinte pour instruire et pour corriger. Il est distingué de la Fable proprement dite, en ce que celle-ci ne fait parler que les animaux ou les chôses inanimées, et que l’Apologue a plus d’étenduë, et fait parler et met en jeu les hommes même, les anges et les Dieux. ’ L’Académie française quant à elle, ne distingue pas particulièrement les deux mots mais il me semblait instructif d’évoquer parallèlement la définition complémentaire de Féraud ci-dessus. Exemples : ‘ Le célèbre et populaire Roman de Renart est un apologue. ’ – ‘ Les fables de La Fontaine sont, pour la plupart, des apologues. ’

Le nom masculin ‘ épilogue ’ (du latin epilogus, emprunté au grec epilogos = ‘ après le discours ’) désignait à l’origine ‘ La derniere partie d’un discours oratoire. L’epilogue doit estre court. ‘ (1re édition – Dictionnaire Académie française 1694). La signification s’est ensuite étendue pour désigner finalement la dernière partie, la conclusion tant d’un poème que d’une pièce de théâtre, d’un discours, d’une dissertation, d’un récit quel qu’il soit ou d’un film, le dénouement d’une histoire, d’une affaire. Exemples : ’ Léa était tellement fatiguée qu’elle s’est endormie avant l’épilogue, du coup elle ne connaît pas la fin du film. ’ – ‘ Cette triste affaire a connu un épilogue vraiment dramatique. ’

Aplanir et aplatir

Le verbe ‘ aplanir ’ (du nom ‘ plan ‘, du latin planus au sens ‘ surface plane ’) signifie égaliser, rendre plan (et non pas plat !), uni, ce qui est raboteux, inégal. Au sens figuré, ce verbe désigne également le fait d’adoucir une situation, lever des difficultés. Exemples : ‘ Après les travaux dans la cour, il a fallu aplanir le chemin car les camions ont tout défoncé. ’ – ‘ Suite à cette sombre affaire, il a fallu aplanir (et non pas aplatir !) les problèmes d’entente entre ces deux voisins. ’

Le verbe ‘ aplatir ’ (du nom ‘ plat ’, du latin populaire plattus, issu du grec platus = plat, étendu) signifie rendre plat, diminuer le volume, ce qui est différent du fait d’égaliser une surface, signifié par le verbe ‘ aplanir ’ expliqué ci-dessus. Exemples : ‘ La Terre est aplatie au niveau des régions polaires. ’ – ‘ Avant de l’étaler dans le moule, il faut bien aplatir la pâte avec le rouleau à pâtisserie afin de la rendre la plus fine possible. ’ – ‘ Claire a pris un peu d’embonpoint avec sa grossesse, elle pratique désormais des exercices journaliers pour aplatir son ventre. ’

Antinomie et antonymie

Le nom ‘ antinomie ’ (du latin antinomia, issu du grec anti = contre/contraire et nomos = loi) désigne une contradiction véritable ou apparente entre deux idées, deux principes ou deux lois, mais également un paradoxe. Exemples : ‘ C’est une antinomie que d’évoquer une guerre propre. ’ – ‘ Il est antinomique de prôner l’amour de son prochain tout en rejetant certaines catégories de gens. ’

Le nom ‘ antonymie ’ (du grec anti = contre/contraire et onoma = nom) s’oppose à la synonymie, et signifie ‘ de sens contraire ’. Exemple : ‘ Nous ne pouvons que constater l’antonymie flagrante entre les termes ‘vivant’ et ‘mort’, de même qu’entre ’succès’ et ‘échec’, ces mots sont des antonymes. ’

Anomal et anormal

L’adjectif ‘ anomal ’ (du bas latin anomalus, emprunté au grec anômalos = irrégulier, a privatif et omalos = pareil) désigne en didactique ce qui s’éloigne, qui s’écarte de la règle générale, de la norme (le nom associé est ‘ anomalie ‘). Il s’applique notamment aux termes de grammaire (verbes anomaux), mais également à la science astronomique à propos de l’irrégularité dans le mouvement des planètes, la botanique (fleurs anomales), la médecine (maladies anomales). C’est une exception prévue par les règles. Le nom ‘ anomalie ’, désignant une irrégularité par rapport à une règle établie, y est lié et vient du grec anômalia = désaccord. Exemple : ‘ Le verbe aller est un verbe anomal, de par sa conjugaison très particulière. ’

L’adjectif ‘ anormal ’ (du latin anormalis, de norma  = équerre, règle et normalis = fait à l’équerre, conforme à la règle, avec un a privatif) désigne ce qui n’est pas normal, pas conforme aux règles établies, voire carrément contraire à la norme. Le terme est donc plus fort que ‘ anomal ’ expliqué ci-dessus. Exemples : ‘ Il serait anormal d’avoir une température de 30 °C en plein hiver en France. ’ – ‘ Le médecin trouve que la maladie de son patient évolue de manière anormale. ’ Pour information, le mot ‘ anormal ’ peut être également utilisé en tant que nom, et pas seulement comme adjectif, notamment pour désigner une personne déséquilibrée et instable psychologiquement (un anormal), mais à manier avec précaution en raison de sa connotation péjorative voire discriminatoire.

 

Anoblir et ennoblir

Le verbe ‘ anoblir ’ (du nom ‘ noble ’, du latin nobilis = ‘ connu, célèbre ’, donnant plus tard ‘ bien né ’) date du XIVe siècle et désigne le fait d’accorder un titre de noblesse à quelqu’un. Exemple : ’ Sir Arthur Conan Doyle fut anobli en 1902 en récompense des services rendus à la nation de Grande-Bretagne après avoir défendu son rôle lors de la guerre des Boers en Afrique du sud. ’ Le verbe ‘ ennoblir ’ (de même base étymologique que ‘ anoblir ‘) était au XIIIe siècle le verbe désignant l’anoblissement, remplacé ensuite au sens propre par ‘ anoblir ’. Sa signification fut cependant conservée au sens figuré, à savoir qu’il désigne de nos jours le fait de rendre noble moralement, élever moralement, rendre plus illustre, rendre ‘ digne de… ’ et s’applique tant aux personnes qu’aux choses, tandis que ’ anoblir ’ ne s’applique qu’aux personnes. Exemple : ‘ Ses bons sentiments l’ennoblissent aux yeux de ses amis. ’

Annonceur et annoncier

Le nom ‘ annonceur ’ du verbe ‘ annoncer ’ (du latin annuntiare, de nuntius = messager) désigne de nos jours la personne ou la société chargée de faire une annonce dans les médias, qui investit en vue de faire connaître ses services. Autrefois, l’annonceur était le comédien qui annonçait les pièces. Dictionnaire de l’Académie française 6e édition (1832) : ‘ Il se disait autrefois du comédien qui venait, vers la fin du spectacle, faire l’annonce des pièces qu’on devait jouer le lendemain. ‘ Exemple : ‘ Ce nouveau site Internet fait appel aux annonceurs pour le rentabiliser. ’ Le nom ‘ annoncier ’ ou ‘ annoncière ’ (de même base étymologique que ‘ annonceur ’) désigne la personne qui est chargée de préparer, rédiger une annonce, de la composer, de la mettre en page pour le compte de… l’annonceur. Exemple : ’ Ce nouveau journal recrute des annonciers. ’

Amoral et immoral

L’adjectif ‘ amoral ’ (du latin moralis, de mores = mœurs et a privatif), terme apparu à la fin du XIXe siècle, désigne ce qui est indifférent à la morale, qui ignore ses principes, qui se trouve neutre en réalité, qui ne la défend ni ne l’attaque de quelque manière que ce soit. Il n’y a pas de jugement de valeur. Exemple : ‘  Les lois de la nature et la science sont amorales. ’ L’adjectif ‘ immoral ’ en revanche (de même base étymologique que ‘ amoral ’ avec préfixe privatif in = sans – im devant m,b,p), terme apparu au XVIIIe siècle, désigne ce qui est contraire à la morale. Bien évidemment, la morale étant très subjective et liée aux époques et aux cultures, le principe d’immoralité se trouve de ce fait lui-même dépourvu d’objectivité. Il existe cependant ! Une doctrine peut être qualifiée d’immorale, une personne de par ses actes voire ses pensées… un livre, une œuvre quelle qu’elle soit… de par leur caractère contraire aux mœurs admises dans la société du moment et dans une culture précise. Exemple : ‘ La torture est une pratique immorale car contraire au respect de la dignité humaine. ’

Amnésie, amnistie et armistice

Le nom ‘ amnésie ’ (du grec amnêsia = absence de mémoire, de a privatif et mnêsis = mémoire)  désigne comme son étymologie l’indique la diminution ou la perte de la mémoire. Assez récent, ce terme de médecine apparaît pour la première fois dans l’édition de 1932 du dictionnaire de l’Académie française. Exemple : ’ Suite à un grave accident, Robert frappé d’amnésie ne reconnaissait plus sa femme ni aucun de ses proches. ’

Le nom ‘ amnistie ’ (XVIe siècle, du grec amnêstia = pardon, de a privatif et memnêsthai = se souvenir) désigne une loi qui efface une condamnation. Dans la première édition du dictionnaire de l’Académie française (1694), voici la définition qui en était fournie : ’ Pardon que le Souverain accorde à ses sujets pour avoir pris les armes contre luy. ’ La définition évolua dans la 4e édition (1762) : ’ Pardon que le Souverain accorde à ses Sujets, principalement pour crime de rébellion, ou de désertion. ‘ Il faut attendre la 8e édition (1932) pour trouver la définition actuelle : ‘ Acte du pouvoir législatif qui accorde le pardon aux auteurs d’un même délit de droit commun ou politique. ‘ Il existe de nos jours une coutume, sorte de ‘ pardon général ’, à savoir ‘ l’amnistie présidentielle ’, dont l’origine se situe dans la volonté de régler certains problèmes dus à la surpopulation carcérale. Elle est utilisée en général pour les infractions routières et petits délits, permettant de désengorger les services de recouvrement des amendes et se concilier les conducteurs mécontents. Cette amnistie collective a lieu traditionnellement après chaque élection présidentielle en France depuis le Général de Gaulle. Exemple : ’ En 2007, pour la première fois depuis le début de la Vème République, il n’y a pas eu d’amnistie présidentielle pour les contraventions. ’

Le nom ‘ armistice ’ (du latin diplomatique moderne armistitium, de arma = armes et sistere = arrêter) fut employé surtout à partir du XIXème siècle. Le dictionnaire de l’Académie française en fournit la définition suivante dans sa 4e édition (1762) : ‘ Suspension d’armes. ‘ Elle évolue dans la 8e édition (1932) : ‘ Arrêt provisoire des hostilités convenu par les combattants. ‘ Exemple : ‘ La signature de l’armistice a eu lieu le 11 novembre 1918 à 5 h 15, marquant la fin des combats de la Première Guerre mondiale, la victoire des Alliés et la capitulation de l’Allemagne, mais le cessez-le-feu ne fut effectif qu’à 11 h 00. ’

Amener et emmener

Le verbe ‘ amener ’ (issu du verbe ‘ mener ’, lui-même venant du latin minâtre = ‘ pousser des animaux devant soi en criant, en les menaçant ’) signifie ‘ faire venir avec soi ‘, transporter vers un lieu, entraîner quelqu’un à faire quelque chose, occasionner, provoquer. Cependant, on n’amène pas une personne quelque part, on l’emmène comme nous le verrons plus bas. En revanche, on peut amener une personne, dans le sens ‘ faire venir vers le lieu où l’on est ’, la différence est subtile. Nous noterons que ce verbe met relativement l’accent sur l’aboutissement ou le lieu vers lequel on se dirige. Cette idée de ‘ direction vers ’ constitue une acception du préfixe a-. Nous retrouverons le même principe dans l’explication du verbe ‘ apporter ’. Exemples : ‘ Le métier que fait Claire l’amène à rencontrer beaucoup de monde. ’ – ‘ Les envahisseurs ont amené des maladies jusque-là inconnues dans les territoires conquis. ’ – ‘ Quel bon vent vous amène ? ’ – ‘ Cette révolution amènera certainement une modification de la Constitution. ’ – ‘ Marion va voir sa grand-mère aujourd’hui, elle a prévu de lui amener un joli dessin. ’ – ‘ Quand vous viendrez à la maison demain, amenez donc votre maman avec vous, ça la sortira un peu. ’ – ‘ L’agriculteur amène la vache au taureau. ’ MAIS ‘ La maman emmène son fils à l’école. ’ Cet exemple particulier nous ‘ amène ’ à l’explication du mot suivant…

Le verbe ‘ emmener ’ (même étymologie que ‘ amener ’ expliqué ci-dessus) signifie conduire hors d’un lieu, mener avec soi. Notion d’éloignement géographique, contrairement au verbe ‘ amener ’ qui désigne plutôt un rapprochement. Le verbe ‘ emmener ‘ s’utilise en parlant des choses, des gens ou des animaux (6e édition du dictionnaire de l’Académie française 1832). Contrairement au verbe ‘ amener ’ expliqué ci-dessus, il met l’accent sur le point de départ, sur le lieu que l’on quitte et dont on s’éloigne. Cette idée est apportée par le préfixe em- lorsqu’il est joint à un verbe de mouvement. Nous retrouverons cette même configuration dans l’explication du verbe ‘ emporter ‘. Exemples : ’ Cet employé indélicat est parti en emmenant la caisse. ’ – ‘ Les policiers ont emmené le malfaiteur au commissariat. ’ – ‘ Julien a emmené son copain Bernard faire un tour dans sa nouvelle voiture. ’

Amender et amodier

Le verbe ‘ amender ’ (du latin emendare = ‘ enlever la faute ’, ‘ châtier ’) signifiait au départ ‘ corriger une faute ’ mais également ‘ payer l’amende ’ tout comme baisser le prix d’une denrée (4e édition du dictionnaire de l’Académie française de 1762 : ‘ Baisser de prix, devenir à meilleur marché. ’). Puis son sens a évolué vers les significations actuelles, à savoir modifier un texte, un décret par amendement dans le but de l’améliorer, mais également modifier un sol pour le rendre plus fertile (lui apporter un amendement). En France, le droit d’amendement est réservé, selon la Constitution de la Ve République de 1958, aux membres du Parlement (Assemblée nationale et Sénat) et au gouvernement. Exemples : ‘ Les députés de l’opposition ont proposé plusieurs milliers d’amendements au projet de loi touchant le secteur de l’énergie. ’ – ‘ Le sol de votre jardin est un peu trop acide, il faudrait l’amender en calcaire pour le rendre plus fertile. ’ Le verbe ‘ amodier ’ (du latin médiéval admodiare = ‘ donner à ferme moyennant une redevance en nature ’ et issu du latin modius = ‘ boisseau de blé ‘) signifie ‘ affermer ‘, c’est-à-dire louer à l’exploitation, une terre contre une redevance périodique. L’amodiation constitue donc un mode d’exploitation agricole. À notre époque, cette redevance est évaluée en argent, mais à l’origine et jusqu’au XXe siècle, il s’agissait plutôt de concéder une partie de la culture ou une prestation en nature en guise de paiement. Le dictionnaire de l’Académie française intègre ces deux possibilités jusque dans sa 6e édition (1832) : ‘ Affermer une terre en denrées ou en argent. ‘ Exemple : ‘ Le propriétaire de cette grosse exploitation a amodié 10 hectares de champs à son voisin agriculteur à qui il manquait quelques terres pour pouvoir rentabiliser son activité. ’ L’amodiation concerne également le paiement de droits de chasse ou de pêche, tout comme la location d’une concession minière pour une période déterminée. L’amodiateur(trice) est la personne qui détient le titre minier ou la terre et amodie son exploitation à une autre personne, moyennant redevance.

Altérer et alterner

Le verbe ‘ altérer ’ (du latin alterare = ‘ changer ’, de alter qui signifie ‘ autre ’) signifiait, aux XVIe et XVIIe siècles, ‘ émouvoir, exciter ’ d’où l’expression ‘ exciter la soif ’, ‘ causer la soif ’. De là est apparu le verbe ‘ désaltérer ’ ! Cependant, la signification actuelle de ‘ altérer ’ dans le sens de détériorer, abîmer,  est ancienne puisqu’elle existe déjà dans la première édition du dictionnaire de l’Académie française de 1694 (‘ Changer l’estat d’une chose de bien en mal. ‘). Exemples : ‘ Ce vin a été très mal conservé, son goût est altéré. ’ – ‘ L’exposition prolongée au soleil risque fort d’altérer les couleurs de votre couverture. ’ Au sens figuré, ‘ altérer ’ s’utilise aussi pour parler des sentiments. Exemple : ’ Depuis cet important désaccord entre Paul et Marc, leur amitié est altérée, rien ne redeviendra comme avant. ’ Le verbe ‘ altérer ’ s’utilise également dans le domaine musical, les altérations dièse et bémol modifiant les notes de la gamme diatonique. Le verbe ‘ alterner ’ possède une base étymologique commune avec ‘ altérer ’ (XIIIe siècle, du latin alternare, de alter = ‘ autre ‘) et désigne le fait de faire succéder, régulièrement ou pas, des choses ou des actions formant contraste. Alterner les rôles, les cultures etc. Exemples : ‘ Le principe de la jachère permet d’alterner les cultures. ‘ – ‘ Sur ce tableau, on voit nettement que le peintre a essentiellement alterné le noir et le blanc. ’

Allusion et illusion

Le nom ‘ allusion ’ (du latin impératif allusio, du verbe alludere = ‘ badiner, éveiller une idée ‘) désigne une figure de rhétorique qui consiste à laisser entendre quelque chose ou évoquer une personne sans la nommer expressément, dire quelque chose sans le dire, y faire penser par des moyens détournés, dire ou insinuer une chose pour faire penser à une autre (mécanisme des associations d’idées). Exemple : ‘ Martin ne comprit pas que Bernard faisait en réalité allusion à sa supposée relation avec Sophie. ’ – ‘ Dans ce passage, l’auteur fait visiblement allusion aux mœurs d’une époque révolue. ’ Le nom ‘ illusion ’ (du latin illusio = ‘ ironie ’, de ludere = ‘ moquer ’) désigne une apparence trompeuse, qu’elle soit matérielle ou morale, un artifice (faire illusion = paraître autre que ce que l’on est réellement). Les illusions étaient autrefois attribuées aux démons et à la magie (‘ illusion diabolique ’, ‘ diablerie ’). L’illusion désigne également toute ‘ erreur flatteuse de l’esprit ’ (illusion de l’amour) ou des pensées ‘ chimériques ’ (se faire des illusions), ou alors une chose que l’on croit voir mais qui n’existe pas. Exemple : ‘ Dans le désert, tout le monde sait que les mirages ne sont qu’illusion. ’ Les prestidigitateurs actuels dont on peut apprécier les spectaculaires tours de passe-passe sont d’ailleurs nommés aussi ‘ illusionnistes ’ pour la bonne raison que leur fonds de commerce est l’illusion dans son essence même !

Allocation, allocution et élocution

Le nom ‘ allocation ’ est lié au verbe ‘ allouer ’ (apparu au XIe siècle, du latin populaire allocare = ‘ placer, prendre en location, dépenser ’) et sa signification actuelle désigne ‘ l’ attribution d’une somme d’argent ’, depuis la fin du XVe siècle. Exemple : ‘ Evelyne reçoit chaque mois des allocations familiales pour l’aider à élever ses trois enfants. ’ Le nom ‘ allocution ’ (du latin allocutio, de adloqui = ‘ parler ’) désignait autrefois la ‘ harangue des généraux ’ (petit discours) mais désigne tout type de discours depuis le XIXe siècle. Exemple : ‘ L’allocution du nouveau maire a été très applaudie car porteuse d’espoir pour le développement économique du village. ’ Le nom ‘ élocution ’ (XVIe siècle – du latin elocutio, de eloqui, loqui = ‘ parler ’) est à rapprocher du mot  ’ éloquence ’ (du latin eloquentia, même origine) et désigne la façon de parler d’une personne, la manière dont elle s’exprime oralement. Exemple : ‘ Grégoire parle toujours distinctement et articule bien, il a une très bonne élocution. ’ L’élocution est également, en termes de rhétorique (art de persuader par le discours, ensemble des procédés et techniques liés à l’art de s’exprimer), la partie ayant pour objet le choix et l’arrangement des mots. Exemple : ‘ Si vous souhaitez parler en public afin de vous faire élire, il va falloir soigner votre élocution quitte à prendre quelques cours de rhétorique, sinon les électeurs ne prêteront aucune attention au contenu de votre discours et vous perdrez toutes vos chances. ’

Alcoolique et alcoolisé

Le mot ‘ alcoolique ’ (du nom ‘ alcool ’, lui-même issu du latin des alchimistes alkohol ou alkol et emprunté à l’arabe al-kuhl = ‘ antimoine pulvérisé ’ et s’appliquant ensuite de manière générale à tout liquide distillé dès le XVIe siècle) désigne une substance qui contient de l’alcool, en général appelée ‘ solution alcoolique ’, mais également les personnes atteintes d’alcoolisme chronique, maladie résultant de l’abus… d’alcool ! Exemples : ‘ Lors de la pandémie grippale, il s’est vendu de très grosses quantités de gel hydro-alcoolique pour désinfecter les mains. ’ – ‘ Du temps de la Conquête de l’Ouest, à force de boire trop ‘ d’eau de feu ‘ apportée par les Européens et échangée contre des fourrures, les Amérindiens finissaient par devenir alcooliques. ’ L’adjectif  ’ alcoolisé ’ (de même étymologie que ‘ alcoolique ’ ci-dessus) désigne en général une substance à laquelle il a été rajouté de l’alcool. Cependant, on peut parler d’une ‘ boisson alcoolique ’ ou d’une ‘ boisson alcoolisée ’, les deux mots sont corrects. En revanche, on parlera plutôt d’une soirée alcoolisée, et non d’une soirée alcoolique. Exemple : ’ Un récent décret a ordonné la fermeture des bars et boîtes de nuit à une heure moins tardive afin d’éviter les excès dus aux soirées alcoolisées de certains clients. ’

Aiglefin et aigrefin

Le nom ‘ aiglefin ’ ou ‘ églefin ’ (du néerlandais schelvish transformé en esclevis, puis esclefin) désigne un poisson très vorace proche de la morue et vivant dans la mer du Nord. Il est appelé ‘ haddock ’ quand il est fumé. Exemple : ’ Julie a donné à son amie Cynthia une excellente recette d’aiglefin à la moutarde d’estragon. ’ Le nom ‘ aigrefin ’ (de agrifin, dérivé de l’ancien français agrifer = prendre avec les griffes) désigne quant à lui un tricheur, un truand, un escroc, un homme prêt à tout pour parvenir à ses fins. Exemple : ’ Méfiez-vous de Paul, si vous jouez contre lui. C’est un aigrefin, bien connu pour tricher aux cartes. ’

Affluence et influence

Le nom ‘ affluence ’ (du latin affluentia  = abondance) désigne une abondance de choses – essentiellement des liquides – depuis le XVe siècle, puis le sens s’est étendu aux personnes au XVIIe siècle, désignant une ‘ foule qui arrive ’. Exemples : ‘ L’affluence des eaux en cette période de mousson fit déborder la rivière en amont du village. ’ – ‘ Il est impossible de trouver une place assise dans le métro aux heures d’affluence. ’ Le nom ‘ influence ’ (du latin influentia, de influere = ‘ couler ’) partage la base étymologique du verbe ‘ influer ’, utilisé depuis le XVe siècle dans le cadre de l’astrologie, en relation avec l’influence des planètes, ‘ avoir une action sur …’. Le verbe ‘ influencer ’ n’apparut quant à lui qu’au XVIIIe siècle, son étymologie est identique. Le mot ‘ influence ’ désigne un pouvoir sur une personne ou une chose. Ce pouvoir peut être d’ordre physique. Exemple : ‘ La Lune a une influence reconnue sur les marées. ’ Il peut être également moral, psychologique, individuel ou collectif. Exemples : ‘ Les saisons ont une certaine influence sur notre santé. ’ – ‘ Cette femme, si gentille autrefois, a beaucoup changé et semble être de plus en plus sous l’influence négative de son mari très manipulateur. ’ – ‘ On ne peut nier la nette influence des derniers sondages sur le comportement des votants aux élections cantonales. ’

Affliger et infliger

Le verbe ‘ affliger ’ (du latin affligere = ‘ frapper violemment ’, ‘ abattre ’) avec 2 F, signifiait autrefois, du XIIe au XVIe siècle, ‘ blesser, ruiner ’, puis le sens évolua vers ‘ causer de la peine ’, c’est d’ailleurs son sens actuel, à savoir le fait de causer une douleur morale, un grand chagrin, abattre moralement. Le nom féminin associé à ce verbe est ‘ affliction ’, cette dernière désignant une grande peine. Exemples : ’ Evelyne fut totalement affligée en constatant les dégâts considérables faits par les eaux dans sa maison de plain-pied lors des dernières intempéries. ’ – ‘ La vulgarité de Pierre envers les invités a une fois de plus affligé sa mère. ’ Petite astuce : on peut ‘ affliger ’ quelqu’un mais pas quelque chose, et ‘ être affligé ’ par quelqu’un ou quelque chose. Nous verrons que ces caractéristiques ne s’appliquent pas au mot suivant, à savoir le verbe ‘ infliger ’. Le verbe ‘ infliger ’ quant à lui (du latin infligere = ‘ frapper ’, ‘ heurter ’) ne s’utilise pas de la même manière. Contrairement au verbe ‘ affliger ’ ci-dessus qui s’applique à une personne, le verbe ‘ infliger ’ s’applique à une chose. On inflige quelque chose à quelqu’un. Ce verbe désigne le fait d’appliquer une sanction, une peine pour punir une faute, faire subir quelque chose de désagréable à quelqu’un, lui imposer quelque chose. L’idée de force est totalement associée à l’emploi du verbe ‘ infliger ’, qu’il s’agisse de force physique ou de force morale, psychologique. Exemples : ‘ Maxime s’est vu infliger une punition après avoir écrasé toutes les craies de son professeur. ’ – ‘ La Cour d’Assises a infligé une peine de prison de 30 ans à l’assassin. ’

Affleurer et effleurer

Le verbe ‘ affleurer ’ partage la même base étymologique que le nom ‘ fleur ’ (du latin flos, floris, signifiant au sens figuré ‘ à fleur de ’ et du latin ab- indiquant l’éloignement, l’achèvement ou la séparation). Exemple : ‘ Magalie a les nerfs à fleur de peau. ’ Ce verbe désigne le fait d’arriver au bord d’une surface, d’un point déterminé. Il est souvent utilisé en parlant d’eau ou de types de terrains. Exemples : ‘ La rivière affleure les quais à cet endroit les jours de grosses pluies. ’ – ‘ La veine de minerai affleure le terrain à cet endroit. ’ On l’utilise également en menuiserie, consistant à mettre de niveau des pièces de bois. Exemple : ’ Le menuisier a affleuré les battants de la porte-fenêtre avant de les installer. ’ Le verbe ‘ effleurer ’ (de l’ancien français esflorer = ‘ ôter les fleurs ’ mais de même étymologie latine que le nom ‘ fleur ’) a gardé sa signification originelle du XIIIe siècle dans le domaine horticole. Exemple : ‘ Le jardinier a effleuré ses rosiers pour les rendre plus vigoureux. ’ Le sens évolua cependant au XVIe siècle avec Montaigne, qui associa ce verbe à l’idée de ‘ toucher à la surface ‘. Prenons pour exemple cet extrait des Essais de Montaigne Livre I chapitre L (De Democritus et Heraclitus) : ‘ De cent membres et visages, qu’à chasque chose j’en prens un, tantost à lecher seulement, tantost à effleurer : et par fois à pincer jusqu’à l’os. ’ Au sens figuré, le verbe ‘ effleurer ‘ fait référence aux idées. Exemples : ‘ En apercevant d’appétissants croissants à travers la vitrine du boulanger, l’idée lui effleura l’esprit d’en acheter un mais, déjà en retard à son rendez-vous, il n’en eut pas le loisir. ’ – ‘ Peu inspiré par sa dissertation, Benoît ne fit qu’effleurer le sujet et rata évidemment son devoir. ‘

Affirmer, infirmer et confirmer

Le verbe ‘ affirmer ‘ (du latin affirmare = rendre ferme, assurer) signifie déclarer quelque chose avec une conviction absolue, soutenir un point de vue particulier, ‘ assurer qu’une chose est vraie ‘… au risque de se tromper parfois ! Exemple : ‘ Le philosophe grec Anaximène affirmait que la Terre, flottant sur l’air, était plate, large et circulaire, recouverte d’un dôme céleste. ‘ Le verbe ‘ infirmer ‘ (du latin juridique infirmare, de firmus = fort, ferme, stable) signifie démentir, annuler, invalider. Exemples : ‘ Galilée, en démontrant sa théorie de l’héliocentrisme, à savoir que la Terre tournait autour du Soleil, infirma la théorie du géocentrisme de l’Église pendant l’Inquisition, qui pensait que le Soleil tournait autour de la Terre. ‘ – ‘ La police scientifique, grâce à l’analyse de l’ADN du suspect, découvrit qu’il ne correspondait pas avec les traces trouvées sur la victime, et infirma de ce fait les accusations de la partie civile contre cet homme, confirmant leur caractère infondé. ‘… exemple qui nous amène à détailler le mot suivant, à savoir le verbe ‘ confirmer ‘… Le verbe ‘ confirmer ‘ (du latin confirmare, de firmus = ferme au sens de ‘ rendre ferme ‘ – de cum = avec, et firmare = rendre ferme) possède plusieurs significations. Au sens général, il désigne le fait d’assurer l’authenticité d’une nouvelle, d’une information, d’une décision, d’un témoignage. Exemples : « En découvrant le portrait-robot du suspect fourni par les gendarmes, ce témoin a confirmé l’avoir bien vu sur les lieux le soir du crime, alors qu’il rentrait d’une séance de cinéma. ‘ – ‘ Mathieu a confirmé la réservation de sa résidence de vacances en envoyant un chèque d’acompte de 300 euros au propriétaire des lieux. ‘ – ‘ Le Conseil d’État a confirmé le jugement du Tribunal administratif dans le cadre de ce procès en appel. ‘ Au sens religieux (cultes chrétiens), le verbe ‘ confirmer ’ est en rapport avec un sacrement fréquent autrefois mais encore pratiqué par certaines familles, la ‘ confirmation ‘. Il s’agit de confirmer sa foi, ‘ affermie dans la grâce du baptême. ’ Exemple : ‘ Simon, qui a décidé d’entrer dans les Ordres, doit faire sa confirmation le mois prochain. ’

Affilé et effilé

L’adjectif ‘ affilé ’ (du latin populaire affilare, de filum = tranchant) veut dire tranchant, aiguisé comme le fil d’un couteau ou autre outil tranchant. Exemple : ‘ Le menuisier travaille plus efficacement quand son couteau à bois est affilé. ’ Son antonyme est ‘ émoussé ’. Le taille-crayon que tout le monde connaît est nommé également affile-crayon. Au sens familier, le mot désigne le fait d’être bavard, d’avoir de la répartie, ‘ la langue bien pendue ’ non sans une certaine connotation médisante. Exemple : ‘ Cette commère, qui sait tout sur tout le monde, a vraiment la langue affilée, méfiez-vous d’elle ! ’ L’adjectif ‘ effilé ’ (même étymologie que ‘ affilé ’, du latin filum) veut dire ‘ long et mince ’. Nous pouvons notamment utiliser ce mot dans le cadre de la description d’une personne. Exemple : ’ Les mannequins de ce défilé de mode ont tous des silhouettes effilées. ’ Le nom ‘ effilé ’ quant à lui désigne, en couture, l’ensemble des fils non tissés qui pendent en garniture au bord d’une étoffe. Le verbe ‘ effiler ’ peut concerner les tissus mais également les cheveux. Exemple : ‘ La coiffeuse a effilé les cheveux de sa cliente afin de les rendre moins épais et plus faciles à coiffer. ’

Affidé et affilié

Le mot (nom ou adjectif selon l’emploi) affidé(e) (de l’italien affidato, participe passé de affidare = ‘ se fier ’, du latin affidare = ‘ promettre ’) désigne une personne à laquelle nous pouvons nous fier dans le cadre d’une action répréhensible, un complice en qui l’on a confiance. Exemple : ‘ Benjamin est l’affidé de Sonia, il l’a convaincue d’aller voler les bonbons dans le bureau de la maîtresse. ’ Par extension, le nom ‘ affidé ’ désigne également un membre d’une société secrète ou d’un complot. Le mot ‘ affidé ‘ peut être utilisé également comme adjectif. Exemple : ‘ Le voleur cambriola le magasin grâce à un employé affidé. ’ Le mot actuel n’a été utilisé réellement qu’à partir du XVIIe siècle. Avant, les gens utilisaient le mot de l’ancien français affier. Le mot (adjectif ou nom selon l’emploi) ‘ affilié ’ désigne quant à lui une personne associée à un groupe, un organisme. Son étymologie est de même nature que celle de ‘ fils ’, du latin filius (= fils, enfant). Les mots filial, filiation, filleul, fillette etc. ont d’ailleurs la même origine. Exemple : ’ Fabien est affilié à un programme rémunérateur attractif sur Internet. ’… d’où l’utilisation du nom ‘ filleul ’ très fréquente dans ce domaine.

Affermer et affermir

Le verbe affermer désigne le fait de prendre ou donner en location (à bail) un bien rural, que ce soit un champ ou un bâtiment (rapport avec le mot ferme). Exemple : ‘ La terre des parcelles que possède cet agriculteur est trop pauvre pour qu’il puisse en vivre. Il va devoir affermer des champs plus riches afin de les exploiter en complément. ’ La notion s’applique également depuis quelques années à la location d’emplacements publicitaires, moyennant une redevance fixe. Le verbe affermir désigne le fait de rendre quelque chose plus stable, plus solide, plus ferme, plus consistant. Exemples : ‘ Ce mur menace de s’effondrer aux prochaines pluies, il est nécessaire de l’affermir. ’ – ‘ Chaque hiver, le gel affermit la terre. ’ Au sens figuré, le verbe ‘ affermir ‘ signifie rendre plus difficile à ébranler, à déstabiliser. Exemples : ‘ À force d’accumuler les épreuves, cet homme a affermi son cœur pour mieux les supporter. ’ – ‘ Prenant la parole pour la première fois en public, le lauréat du concours affermit sa voix pour se donner du courage et chasser le trac. ’

Affection et affectation

Le nom affection (du latin affectio = rapport, relation, disposition bienveillante, de affectare = faire des efforts vers) désigne un sentiment, un attachement qu’un être peut éprouver pour un autre être. Exemple : ‘ Cette assistante maternelle donne beaucoup d’affection aux enfants qui lui sont confiés. ’ Cependant, la première acception du mot, au XIIe siècle, désignait une ‘ disposition physique ou morale ’, signification relativement vaste. De ce fait, le mot ‘ affection ’ désigne également une ‘ altération de la santé ’, en termes médicaux. Exemple : ‘ Il souffre d’une affection respiratoire depuis de longues années. ’ Le nom affectation (du latin affectatio) désigne ‘ la destination à un usage déterminé ’. Exemple : ‘ Lors de l’assemblée générale, l’affectation de 10 % du budget annuel de l’association a été décidée en faveur des familles démunies de la commune. ’ Le mot signifie également la ‘ désignation à un poste ’, en matière de travail. Exemple : ‘ Demain matin, il prendra connaissance de sa nouvelle affectation. ’ L’affectation désigne enfin le ‘ manque de naturel dans la manière d’agir ou de parler ’, et feindre ou exagérer des sentiments, faire des manières (minauderie). Exemple : ‘ Ce candidat aux élections n’a dans son discours qu’affectation et séductrice hypocrisie. ’

Affectif et effectif

Le mot (adjectif ou nom selon le cas) affectif (du latin adfectivus = qui exprime un désir) concerne des états de plaisir et de douleur, ce que l’on appelle les affects (impressions d’attraction ou de répulsion), les sentiments, les émotions. Exemples : ‘ Très éprouvé par le départ de sa femme, il a consulté un marabout, espérant un retour affectif. ’ – ‘ Chaque fois qu’elle regarde un film triste, ma sœur a des réactions affectives, elle pleure systématiquement. ’ – ‘ Sa vie affective est pire qu’un désert ! ’ Le mot (adjectif ou nom selon le cas) effectif (du latin médiéval effectivus = qui exprime un effet – le nom effet quant à lui vient du latin effectus = effet – les racines sont identiques) désigne ce qui se traduit par un effet, un résultat réel, mais également le nombre de personnes au sein d’un groupe organisé. Exemples : ‘ Afin de pouvoir participer au scrutin, votre présence effective est exigée au bureau de vote sauf, en cas d’impossibilité prévue, si vous avez auparavant donné procuration à une personne de votre entourage. ’ – ‘ Chaque enseignant doit avoir à portée de main son cahier d’appel et l’emmener en cas d’alerte incendie afin de vérifier ensuite si les effectifs de sa classe sont au complet. ’

Adhérence et adhésion

Le nom adhérence (du bas latin adhaerensia = ce qui adhère) désigne l’état d’une chose en contact étroit avec une autre. Le ruban adhésif est adhérent. On parle également d’adhérence en matière de pneus par rapport à la route. Exemple : ‘ Avant de partir en vacances, il a fait installer des pneus neige à sa voiture afin d’assurer une meilleure adhérence sur les routes de montagne. ’ L’adhérence, en tant que nom savant, désigne enfin, dans le domaine médical, l’accolement anormal de deux organes ou tissus, par exemple entre le côlon et l’intestin grêle, ou le foie et l’estomac. Le nom adhésion (du latin adhaesio = adhérence, adhésion – nous remarquerons que dans ce cas les deux mots ‘ adhérence ‘ et ‘ adhésion ‘ sont quelque peu confondus d’un point de vue étymologique) désigne le fait d’approuver une idée, mais également de s’inscrire à un parti politique, une association, un syndicat. Nous pouvons y noter clairement les notions de consentement et d’engagement. Exemple : ‘ Il a rempli son bulletin d’adhésion dès la présentation terminée. ’

Addiction et adduction

Le nom addiction est un anglicisme d’origine latine. Il vient de ad diccere ou add dictus qui signifie ‘ dire à ’. Son étymologie explique la présence des deux D. Son utilisation était autrefois réservée au domaine juridique, désignant la mise en esclavage d’une personne endettée et insolvable. Ensuite, le mot anglais fut utilisé dans le cadre du rapport de soumission de l’apprenti par rapport à son maître. Enfin, il évolua vers la définition actuelle, à savoir le caractère compulsif et répétitif de certains comportements accompagnés de perte de contrôle de la personne sur elle-même, ce qui crée précisément la dangerosité de l’addiction, tant pour la personne que pour son entourage ! Les addictions sont des dépendances extrêmes, liées ou non à des produits. Les plus courantes concernent l’alcool, les drogues, le tabac, les jeux (vidéo, jeux d’argent etc.), la sexualité, les médicaments,  les aliments (chocolat, bonbons etc.), mais également les achats dits ‘ compulsifs ’, Internet, le téléphone, le travail (si si, ça existe !), ce dernier étant appelé en anglais ‘ workaholisme ’ et caractérisé par le fait que le travail devienne l’unique facteur de définition identitaire de celui qui en souffre. Exemples : ’ Julien a fini par prendre rendez-vous chez son médecin, car sa compagne lui reproche sans cesse son addiction aux jeux en réseau sur lesquels il passe régulièrement des nuits entières au point de ne plus avoir de vie de famille. ’ – ‘ Estelle dépense toute sa paye dans des paires de chaussures, elle en a plein la maison ! Son mari vient de demander le divorce en raison de cette addiction qui les a menés à une situation proche du surendettement. ’ Le nom adduction (du latin adducere = ‘ action d’attirer, apporter à… ‘ pour le sens premier et adductio = ‘ amener ’ pour le deuxième sens) est d’une part un terme d’anatomie : les muscles adducteurs. ‘ Mouvement de certains muscles qui rapprochent de l’axe du corps les parties qui en avaient été écartées ’. D’autre part, le terme désigne depuis la fin du XIXe siècle la ‘ conduite d’un fluide vers des installations de traitement puis de distribution ’, c’est le cas notamment de l’adduction d’eau ou de gaz. Exemples : ‘ Aucuns ont voulu dire que ce muscle aide aussi à l’adduction des doigts vers le poulce (PARÉ IV, 29) ’ – ‘ Avec l’arrivée de l’adduction d’eau, les lavoirs furent peu à peu abandonnés dans la plupart des villages. ’

Acception et acceptation

Le nom acception (du latin acceptio = acte de comprendre, dérivé du verbe accipere = comprendre) désigne le sens particulier dans lequel est employé un mot, notamment au sens propre et au sens figuré. Exemples : ‘ percer un mystère ’ et ‘ percer un mur ’. Nous voyons très clairement les deux acceptions du verbe ‘ percer ’. Dans le premier cas, il s’agit du sens figuré, à savoir comprendre ce qui était caché, tandis que dans le deuxième cas, il s’agit du sens propre, à savoir perforer. Le nom acceptation (du latin acceptatio = recevoir, accueillir) désigne en revanche l’action d’accepter, de donner son accord. Par exemple, lorsque nous concluons un contrat qui nous engage (crédit, achats divers), nous devons avoir lu et accepté les conditions de la société à laquelle nous achetons un service ou un bien. Ceci est souvent écrit sous la forme : ‘ acceptation des conditions générales de vente ’.

Abstrait et abstrus

L’adjectif abstrait (du latin abstractus = isolé par la pensée) désigne ce qui n’est pas concret. Par exemple, les idées sont abstraites, on ne peut pas les toucher, elles sont impalpables. L’art abstrait, de son côté, a pour principale caractéristique de ne pas représenter le réel, le monde sensible. Les formes, les lignes et les couleurs ont cette capacité d’y constituer en elles-mêmes un langage visuel détaché de la réalité extérieure, s’opposant ainsi à l’art figuratif, au-delà de la subjectivité qui caractérise l’art de manière générale. Ne pas confondre cependant avec le surréalisme où par exemple Magritte évoque ouvertement la différence entre l’objet, son identification et sa représentation dans son célèbre tableau ‘ La trahison des images ‘. Toute figuration ne serait-elle pas dans ce cas abstraite par essence en tant que représentation du réel mais non le réel lui-même ? L’adjectif abstrus (du latin abstrusus = caché, obscur) désigne ce qui est difficile à comprendre. Il se rapproche en ce sens de son paronyme abstrait, mais avec quelques nuances. D’une part, ce qui est abstrus se rapporte essentiellement aux domaines des sciences et de l’esprit, et d’autre part diffère de la notion d’abstrait en ce sens que l’abstrait ne nécessite pas forcément une quelconque compréhension. Nous pouvons très bien admirer un tableau abstrait sans chercher à le comprendre, tandis que devant une formule mathématique ou chimique complexe, nous pourrons nous exclamer : ‘ Que cette formule est abstruse ! ’ … en d’autres termes… obscure !

Abstraction et obstruction

Le nom abstraction désigne l’action d’abstraire (ou le résultat de cette même action), verbe issu du latin abstrahere qui signifie ‘ détourner ‘. Cette étymologie nous aide à comprendre la notion d’abstraction en ce sens qu’il s’agit d’isoler quelque chose mais également de séparer mentalement. Exemple : ‘ L’élève a fait abstraction des conseils que son professeur lui a donnés pour rédiger son résumé ’. Cette phrase signifie en d’autres termes que l’élève n’a pas tenu compte des conseils reçus, il les a isolés dans un coin de sa tête et ne s’en est pas servi dans le cadre auquel ils étaient destinés. Le nom  obstruction (du latin obstructio = cacher, enfermer, mais aussi voile, déguisement, dissimulation) désigne d’une part l’engorgement de tuyaux, canalisations, conduits divers, bouchés par des éléments extérieurs. Exemple : ‘ Suite aux pluies diluviennes de cette nuit ayant provoqué la montée des eaux du fleuve, les égouts de la ville ont été complètement obstrués par des tonnes de boue ‘. D’autre part, la notion d’obstruction concerne le fait de s’opposer à une action, un processus. Exemple : ‘ Les opposants, par leur interminable discours, ont fait obstruction à la bonne marche de la réunion destinée à faire adopter une loi dont ils ne voulaient pas. ’ (cf. ’ obstruction parlementaire ‘ dans le domaine de la politique).

Abstention et abstinence

Le nom abstention (du latin abstentio de la même famille que abstinere = tenir éloigné) désigne le fait de ne pas prendre part à quelque chose, notamment un vote, ne pas exercer un droit. Les personnes qui s’abstiennent de voter s’appellent d’ailleurs des abstentionnistes, à ne pas confondre avec ceux qui ‘ votent blanc ‘, puisque le vote de ces derniers est pris en compte dans les résultats du scrutin. Autrefois cependant, au XIIe siècle, le mot astention (ancien français) désignait l’abstinence, dans la mesure où la langue souvent issue du latin était très attachée à la vie religieuse. Le nom abstinence (du latin abstinentia) n’a de rapport à notre époque avec le nom abstention que, globalement, dans le fait de ne pas effectuer une action… mais comme nous allons le constater, pas vraiment du même style ! L’abstinence n’a donc rien à voir avec le vote. Elle fait référence surtout à la chasteté (notion dont les détails varient d’une culture à l’autre), à savoir la retenue sexuelle, tant dans l’imagination (pensées érotiques) que dans la pratique (relations intimes). Elle désigne plus généralement toute privation volontaire (ou imposée) de plaisirs… quels qu’ils soient ! Les principales religions conseillent voire imposent à leurs fidèles des périodes d’abstinence tant sexuelle qu’alimentaire à certaines périodes de l’année, selon les fêtes dictées par leurs textes sacrés (Bible, Torah, Coran…).

Abjurer et adjurer

Le verbe abjurer (du latin abjurare = refuser par serment) désigne le fait de renoncer à une croyance, à une religion. On l’utilise notamment dans le cas où une personne se convertit à une nouvelle religion. On peut aussi, au sens figuré, abjurer ses erreurs, ses principes. Le nom associé est abjurationAdjurer (du latin adjurare = exorciser) signifie prier solennellement, implorer, supplier. Le sens, autrefois religieux et plutôt lié à l’exorcisme, a évolué. Exemple : ‘ Le soldat capturé par l’armée ennemie l’adjure d’avoir pitié de lui ’.

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