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Aller de Charybde en Scylla

Charybde (tourbillon redouté du détroit de Messine) et Scylla (dangereux récif), concrètement, sont deux écueils situés entre l’Italie et la Sicile. Les marins de l’Antiquité qui devaient emprunter ce passage se trouvaient confrontés à un choix difficile, à savoir passer par Charybde ou passer par Scylla, tout aussi dangereux, d’où l’expression qui signifie aller de mal en pis. Autrement dit, quand on a réussi à échapper à un danger, le chemin que l’on prend nous mène vers un autre danger encore plus grand. Mais Charybde et Scylla, ce sont à l’origine, dans la mythologie grecque, deux monstres qui ne l’ont pas toujours été… Charybde fille de Poséidon et de Gaïa, perpétuellement affamée, dévora un jour le bétail d’Héraclès fils de Zeus. Ce dernier, pour la punir, l’envoya au fond d’un détroit qui prit son nom, elle s’y transforma en tourbillon très redouté des marins. Dans les environs, vivait Scylla, nymphe dont Glaucos (dieu marin) était follement amoureux. Mais cet amour n’était pas réciproque. Glaucos demanda alors à la magicienne Circé un philtre d’amour pour séduire Scylla mais pas de chance, Circé était amoureuse de lui ! Jalouse, elle donna à Glaucos non pas un philtre d’amour mais un poison qu’elle mit au point, à verser dans la fontaine où Scylla se baignait habituellement, ce qui eut pour effet de la changer en monstre marin terrifiant. Jean de La Fontaine fait allusion à cette histoire mythologique dans sa fable La Vieille et les deux Servantes (La vieille, au lieu du coq, les fit tomber par là, De Charybde en Scylla.). L’expression aller de Charybde en Scylla, bien qu’histoire ancienne, pourrait se trouver une version actuelle si l’on réfléchit bien…

Tire-au-flanc origine

Un tire-au-flanc (nom masculin invariable) est une personne qui cherche à se dérober des tâches qui lui sont incombées, éviter les corvées, se soustraire à son devoir. Pourquoi tire ? Le verbe tirer signifiait autrefois aller vers… Tirer de long ou de large = s’enfuir. Pourquoi flanc ? Le flanc, c’est le côté. L’expression date du XIXe siècle et se rapporte au domaine militaire. Lors des batailles, les soldats étaient disposés en ordre précis mais ceux qui se trouvaient sur les côtés avaient nettement moins de risques de se faire tuer que ceux qui se trouvaient en première ligne. Ainsi certains, mal placés selon eux, cherchaient parfois à s’écarter vers les côtés (tire-au-flanc) ou vers l’arrière (tire-au-cul) pour se protéger.

Mariage pluvieux ou plus vieux ?

Le dicton mariage pluvieux mariage heureux, venteux malheureux existe bien, il s’agit de l’expression originelle, formée sur l’association entre la pluie et la fécondité, donc par extension le bonheur d’un couple fertile (la fertilité y est en relation avec la pluie fécondatrice de la terre). L’autre expression : mariage plus vieux mariage heureux existe également. Plusieurs explications cohabitent, les voici. Elle viendrait du temps où les jeunes femmes étaient mariées à de riches messieurs âgés, et plus l’âge était avancé, plus ces derniers risquaient de mourir rapidement, et donc de laisser la mariée fortunée et libre. Une autre explication, apparue au XXe siècle, précise que plus âgé, on a plus d’expérience de la vie et que donc les choix sont plus éclairés, laissant plus de chances au mariage d’être heureux, plus solide. Signalons qu’il existe des disparités selon les régions concernant la première version du dicton : en Bretagne, en cas de mariage pluvieux, les enfants seraient morveux, la femme serait battue et verserait autant de larmes qu’il serait tombé de gouttes d’eau, dans le Nivernais les mariés seraient pauvres, dans le Languedoc, la méchanceté régnerait au foyer… Quoi qu’il en soit, réfléchissez bien avant de vous faire passer la bague au doigt, quel que soit votre âge !

Atomes crochus

Avoir des atomes crochus avec une autre personne, c’est au sens figuré, ressentir des affinités, bien s’entendre. L’expression possède une origine à proprement physique, au-delà du rapprochement physique possible entre des personnes éprouvant des atomes crochus. À l’image d’atomes qui s’accrochent entre eux, la présence d’affinités entre des personnes leur permet de se rapprocher, de se sentir bien ensemble, d’accorder leurs esprits sur la même longueur d’ondes. D’un point de vue scientifique, le dictionnaire de physique de Gehler (Gehler. Physikalisches Wörterbuch. 6 Bde. 1798-1801) renvoie à l’origine chimique de l’échange moléculaire. Les philosophes atomistes grecs de l’Antiquité Démocrite et Épicure en avaient fait une doctrine propagée ensuite par Lucrèce dans l’Empire romain (env. 98 av. J.-C. – env. 55 av. J.-C.).

Mi-figue mi-raisin

L’expression mi-figue mi-raisin signifie moitié mauvais moitié bon, moitié forcé moitié consentant. Mais pourquoi ces deux fruits particulièrement ? Au XIVe siècle, c’étaient les seuls fruits secs autorisés et dans la tradition chrétienne, étant mis à l’honneur pendant le Carême (jeûne), dans des paniers composés d’un mélange de raisins, fruits chers et appréciés pour leur goût sucré, et de figues, fruits plus populaires, moins chers et à connotation négative en raison de leur ressemblance trouvée avec des fientes d’animaux. Au XVe siècle, l’expression était utilisée avec le mot moitié au lieu de mi, dont l’utilisation daterait plutôt du XVIIIe siècle, ce qui correspond à la forme actuelle. Ces deux fruits étaient précieux autrefois car ils pouvaient être mangés frais l’été et au début de l’automne, mais également être séchés et de ce fait, consommables en toute saison. Il existe une autre explication possible à cette expression, selon GAIGNIÈRES, dans LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 73 : ‘ Les Vénitiens faisaient autrefois le commerce de raisin de Corinthe qui était rare et cher ; ceux du pays où ils le prenaient, voulant gagner davantage, s’avisèrent de mêler des figues parmi le raisin de Corinthe ; cette fraude donna lieu au proverbe qui veut dire moitié bon, moitié mauvais. ‘

Apprendre par coeur, origine de l’expression

Lorsque l’on veut retenir un texte mot pour mot, on l’apprend par cœur. Mais que vient donc faire le cœur dans cette histoire ? N’est-ce pas plutôt le cerveau qui va enregistrer le texte ? En fait, il faut remonter à l’époque d’Aristote qui pensait que le cœur était ‘ le siège de l’intelligence ‘. Pour les Grecs de l’Antiquité, le cœur était même également le centre de l’affectivité, des émotions, de la mémoire. En France, c’est Rabelais qui, au XVe siècle, utilisa le premier l’expression ‘ savoir par cœur ‘. Une variante à l’époque (et aujourd’hui perdue) disait ‘ souper par cœur ‘, signifiant ‘ manger par la pensée ‘. Le vocabulaire amoureux, quant à lui, ne manque pas de références au cœur : briser/fendre le cœur, être dans le cœur de quelqu’un… Il a fallu attendre le XIXe siècle pour découvrir un peu plus les secrets du cerveau et de ses réelles fonctions et capacités.

Passer sous les fourches caudines

Cette expression ‘ passer sous les Fourches Caudines ‘ signifie ‘ subir une défaite ‘ mais de manière plus concrète à notre époque, ‘ faire des concessions humiliantes et/ou qui coûtent cher ‘. L’origine remonte au IVe siècle avant J.-C lors de la seconde guerre Samnite, entre les Romains et les Samnites. Les Samnites étaient des tribus situées dans le Samnium (région montagneuse en Italie centrale) entre le VIIe et le IIIe siècle avant J.-C. Les Romains essayant de s’emparer de la cité de Naples (Paleopolis), les Samnites combattent mais sont finalement vaincus et demandent la paix à Rome mais celle-ci leur est refusée. Ils décident alors de se venger. En l’an – 321, ils reprennent les armes avec leur nouveau général Cavius Pontus et envoient une dizaine des leurs, habillés en bergers, pour propager une fausse rumeur auprès des Romains, qui tombent dans le piège. La fausse rumeur consiste à faire croire aux Romains que leurs alliés lucériens sont en danger, assiégés par les Samnites, et qu’il faut donc aller leur porter secours. Or, le chemin le plus court pour se rendre à Lucérie consiste à passer par les Fourches Caudines, une vallée faite de deux défilés profonds passant dans les Apennins près de l’ancienne Caudium (aujourd’hui Valle Caudina ou Stretta di Arpaia). Les 40 000 légionnaires romains s’y engouffrent mais surprise à la sortie, la voie est bouchée par des pierres et les Samnites les y attendent, les prenant au piège. Les Romains ne peuvent faire demi-tour, les collines étant remplies de soldats Samnites. Ils doivent donc se rendre et capituler. Pour les humilier et les forcer à la soumission, les Samnites les font passer le dos courbé et les mains liées dans le dos sous leurs fourches et lances formant un joug. D’où l’expression ‘ passer sous les Fourches Caudines ‘.

Boire cul sec

Boire cul sec (pas de trait d’union entre cul et sec) est une expression populaire très imagée qui signifie boire son verre d’un seul trait, en une fois. Pourquoi cul ? Il s’agit ici du fond du verre (ou de la bouteille). Pourquoi sec ? Parce qu’il est vide, le liquide ayant été bu, il est donc sec, il ne reste plus une seule goutte. Demander à quelqu’un de boire cul sec est une interjection l’invitant à vider son verre d’une traite. Attention, avec modération car généralement il s’agit d’alcool !

Avoir un violon d’Ingres

Avoir un violon d’Ingres signifie avoir un passe-temps favori à connotation talentueuse, en dehors de son activité principale. Mais pourquoi un violon ? Pourquoi d’Ingres ? L’origine en est simple, elle est due au très renommé portraitiste Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), reconnu notamment par Baudelaire pour sa ‘ rigueur de chirurgien ‘, qui au XIXe siècle aimait particulièrement jouer du violon en amateur, pour son plaisir et avec un tel talent qu’il fut à une époque deuxième violon à l’Orchestre du Capitole de Toulouse. L’expression est apparue au début du XXe siècle. On dit aussi : avoir un dada (cf. l’écrivain satirique irlandais Laurence Sterne : hobby-horse = idée fixe – cheval = dada), une marotte. En anglais, on parlera de hobby.

Il y a belle lurette

L’expression  ’ il y a belle lurette ‘ est apparue à fin du XIXe siècle, en 1877, et signifie ‘ il y a bien longtemps ‘. C’est une altération de ‘ il y a belle heurette ‘ = petite heure, diminutif de heure. L’adjectif belle indique un temps long (belle dans le sens de grande, longue). Belle Lurette est par ailleurs le nom de la dernière partition de Jacques Offenbach. La première de cet opéra-comique en trois actes écrit sur un livret d’Ernest Blum, inachevé, fut jouée le 30 octobre 1880 au Théâtre de la Renaissance à Paris à titre posthume, quelques jours seulement après le décès d’Offenbach (5 octobre). Les dernières répétitions furent dirigées par le compositeur Léo Delibes, qui par ailleurs acheva l’oeuvre.

En rang d’oignons, d’oignon ou d’Ognon ? Origines de l’expression

Doit-on écrire cette expression qui signifie ‘ sur une seule ligne ‘ : en rang d’oignons, en rang d’oignon ou en ‘ rang d’Ognon ‘ ? Les 3 écritures sont correctes. En effet, au XVIe siècle, le baron d’Ognon (Artus de la Fontaine-Solaro, également seigneur de Vaumoise), une petite ville du département de l’Oise, organisait régulièrement des festins à la cour royale des Valois et la particularité de son protocole consistait à ranger les invités selon leur rang social. Ces fêtes eurent lieu sous 4 rois : Henri II, François II, Charles X et Henri III. Certains d’entre eux n’appréciaient pas du tout cette façon de faire (les moins bien placés, en toute logique) et considéraient qu’ils étaient mis en rangs d’Ognon (du nom de la ville), en rapport avec les oignons (le légume) que l’on place de manière bien alignée dans les jardins potagers. Les oignons sont aussi assemblés généralement en bottes en mettant les plus gros d’abord, et les autres ensuite, d’où la ressemblance avec les rangs que faisait le baron d’Ognon lors de ses festins. Cependant, le bibliographe et médiéviste Antoine Le Roux de Lincy  (1806-1869) attribue quant à lui l’origine de l’expression à la façon de lier les oignons (‘ Ne vient-il pas tout simplement de la manière dont les gens de la campagne assemblent les oignons avec des liens de paille, en plaçant les plus gros les premiers, et ensuite les autres ? ‘ Cf. Prov. t. II, p. 58.). Dernière précision, oignon (le légume) peut être écrit ognon depuis les rectifications orthographiques de 1990. Les deux écritures existent donc, aucune n’est considérée comme erronée. De même on peut écrire indifféremment en rang d’oignons ou d’oignon (pluriel ou singulier). Personnellement je préfère le pluriel dans la mesure où il y a quand même plusieurs oignons dans un rang, c’est logique, non ? Ou tout simplement rang d’Ognon en référence au baron d’Ognon et à ses fêtes au protocole bien particulier !

Monter ou descendre à Paris ?

Certains disent ‘ je monte à Paris ‘, d’autres disent ‘ je descends à Paris ‘, et d’autres encore disent ‘ je vais sur Paris ‘ ou ‘ je vais à Paris ‘, comment s’y retrouver ? Pour ‘ je vais à Paris ‘ c’est clair, aucune polémique possible, la formule est correcte en ce sens que pour les villes, on utilise la préposition à (sauf pour quelques exceptions commençant par une voyelle comme Arles : en Arles, ou Avignon : en Avignon). Mais pour les autres ? En fait deux explications se mêlent : il y a d’une part surtout la référence hiérarchique à un lieu de pouvoir, de prestige, en tant que capitale, mais également une affaire de grammaire géographique nord/sud, à savoir que sur la carte, Paris est assez haut, ceci n’ayant rien à voir avec l’altitude de la ville bien sûr ! On descend dans les Vosges, qui sont plus hauts que Paris. L’expression ‘ monter à Paris ‘ est typiquement provinciale. Notons cependant que les gens situés au nord de Paris disent plus facilement  ’ je descends à Paris ‘, là le côté géographique est mis en valeur. Dans le dictionnaire Larousse, il est bien précisé entre autres définitions du verbe monter, je cite : ‘ (auxil. être) Se rendre dans un lieu situé plus au nord : monter à Lille ‘. On dit aussi ‘ je descends sur Paris ‘, la formule appartient au registre familier, elle n’est pas fausse, juste familière. L’expression ‘ monter à... ‘ s’utilise dans le langage courant aussi pour aller par extension dans une ville plus grande que le point de départ. Mais bon, si vous ne voulez pas vous embêter avec ça, parlez anglais, eux n’ont qu’un seul mot, ils disent ‘ to ‘ !

Montrer patte blanche

Montrer patte blanche est une expression qui signifie qu’on donne un signe de reconnaissance afin de pouvoir entrer dans un lieu, une manière de prouver son identité, de prouver qu’on est recommandable, honnête. Mais pourquoi patte blanche ? L’origine se trouve dans la fameuse fable de La Fontaine ‘ Le Loup, la Chèvre et le Chevreau ‘ (Livre IV, fable 15). Comme vous le savez, le loup n’est pas vraiment un ami de la chèvre ! Il est plutôt craint ! Ainsi, la chèvre dut s’absenter de sa maison en laissant son chevreau tout seul. En bonne mère, elle lui demanda de n’ouvrir à personne en attendant son retour, exigeant une phrase spécifique, un code en quelque sorte : ‘ Gardez-vous, sur votre vie, D’ouvrir que l’on ne vous die, Pour enseigne et mot du guet : Foin du Loup et de sa race ! ‘ Le loup, qui se cachait derrière, entendit la mère prononcer cette phrase secrète et la retint. Une fois la chèvre partie, le loup frappa à la porte et dit, en imitant sa voix : ‘ Foin du loup ! ‘, phrase qui logiquement aurait dû mettre le chevreau en confiance et le faire ouvrir la porte. Mais le chevreau rajouta une autre phrase. Méfiant, il demanda au loup de montrer patte blanche (si c’était sa mère, elle aurait pu la montrer puisque c’était sa couleur), ce qu’il fut en incapacité de faire évidemment. De ce fait il s’enfuit et le chevreau fut sauvé. La morale de la fable est que deux sûretés valent mieux qu’une. La Fontaine s’était inspiré du fabuliste grec Esope pour écrire sa fable. En effet, celui-ci en avait également écrite une sur le même thème (‘ Le chevreau et le loup ‘) à la différence que là, le chevreau avait reconnu le loup à sa tête.

Fier comme Artaban

La locution adverbiale ‘ fier comme Artaban ‘ est utilisée pour désigner une personne dont la fierté est poussée à l’extrême, à la limite de l’arrogance. Mais qui est Artaban ? Que vient-il faire dans cette histoire ? C’est en fait un héros du  roman en treize volumes de Gautier de la Calprenède (ne le cherchez pas parmi les contemporains, il vivait au XVIIe siècle !) : ‘ Cléopâtre ‘. De par ses multiples outrances, ce personnage fut vite adopté comme symbole de la fierté. Artaban est également le nom que portaient différents rois parthes (de la Parthie, région historique du nord-est iranien) de la dynastie des Arsacides (dynastie qui fut fondée en 250 av. J.-C. par Arsace Ier et prit fin en 224 de notre ère).

A marquer d’une pierre blanche

Lorsque l’on souhaite se souvenir d’un événement que l’on considère important, on dit qu’on le marque d’une pierre blanche. Mais pourquoi ? D’où vient cette expression ? Il faut remonter à l’époque napoléonienne pour en trouver l’origine. Les conscrits y étaient recrutés soit volontairement soit par tirage au sort dans les villages. Les futurs soldats devaient plonger la main dans un sac de cailloux blancs et noirs. Quand ils tiraient une pierre noire c’était l’enrôlement ou payer un homme moins riche qu’eux pour les remplacer, s’ils tiraient une pierre blanche ils étaient exemptés de service militaire. Cette pierre blanche leur évitait ainsi la mort au combat, vu le nombre important de pertes à cette époque.

Rendre son tablier

Quand on en a assez d’une situation, on rend son tablier ! Cette expression signifie qu’on arrête une mission, qu’on démissionne d’un poste, qu’on refuse d’obéir aux ordres et qu’on s’en va. Il faut remonter au XIXe siècle pour trouver l’origine de cette locution, à l’époque où les employés de maison mettaient des tabliers. Quand les conditions de travail devenaient insupportables et qu’ils décidaient de quitter leur employeur (maître de maison), ils retiraient leur tablier et le lui rendaient. De nos jours, le sens exprime surtout la démission. On retrouve cette expression notamment aussi en Tunisie où l’on ‘ accroche ses chaussures ‘, expression transcrite par iaalak essabat, faisant allusion à l’homme de courses qui, au moment où il voulait arrêter de les faire, accrochait ses chaussures symboliquement pour montrer qu’il ne voulait plus sortir.

Faire l’école buissonnière

Ah l’école buissonnière ! Cela parle à beaucoup de monde, ne serait-ce que de nom à défaut de l’avoir faite au moins une fois dans sa vie ! Mais savez-vous d’où vient cette expression ? Il faut remonter au XVIe siècle pour en trouver l’explication. Il s’agissait au départ d’écoles clandestines tenues en plein air afin de se soustraire à la redevance ecclésiastique, les écoles officielles étant tenues par des religieux (Marot – 1540), à l’époque de Martin Luther. Ensuite, ce furent des écoles protestantes non autorisées, rapidement découvertes et interdites à Paris par le Parlement le 7 février 1554. Ne pouvant étaler leur foi publiquement, les premiers protestants se réunissaient ainsi de manière secrète lors de buissonnières, dans les bois, les campagnes voire des endroits très cachés, où les prêtres luthériens pouvaient prêcher et dispenser leur enseignement.

Avoir du toupet

Le toupet est une touffe de cheveux sur le haut du crâne, le mot vient du francique top (= haut). Avoir du toupet, c’est être effronté, avoir de l’audace, de l’aplomb. Mais quel rapport avec les cheveux ? Voici l’histoire ! Il faut remonter pour cela aux XVIe et XVIIe siècles en Italie. Les hauts dignitaires, lorsqu’ils souhaitaient se débarrasser de personnes qui les gênaient dans leurs affaires (souvent des concurrents), faisaient appel à des tueurs à gage appelés bravi. Ces bravi, bien que très protégés par leurs riches donneurs d’ordres, ne craignaient pas la Justice de ce fait. Ils avaient cependant pour habitude, au moment de commettre leurs méfaits, de cacher leur visage sous une grosse tresse de cheveux, le fameux toupet, afin d’éviter d’être reconnus. Ils tuaient de sang-froid contre de l’argent. De là est née l’expression avoir du toupet, qui a pris un sens figuré évidemment, pour désigner une attitude audacieuse !

Tour de main ou tournemain ?

La locution adverbiale en un tournemain (écrite aussi tourne-main autrefois) signifie faire quelque chose très rapidement, à savoir en un tour de main. Tournemain est la forme vieillie de tour de main. L’expression est apparue vers 1640, évoquant clairement : dans le temps qu’il faut pour tourner la main (tourne – main). Attention, avoir le tour de main désigne la dextérité, l’adresse, le savoir-faire ! Par exemple : cet illusionniste a un sacré tour de main, il a fait disparaître l’oiseau en un tournemain/en un tour de main sous son foulard et on n’y a vu que du feu ! Ce potier est un artiste, quel tour de main il a pour créer ses œuvres ! Concernant l’origine historique, l’expression en un tournemain est apparue au milieu du XVIe siècle et fut remplacée par en un tour de main au milieu du XVIIe siècle. Mieux vaut utiliser en un tour de main, l’usage de tournemain étant devenu un peu désuet, à part dans le domaine littéraire selon le contexte stylistique.

D’où vient l’expression chambrer quelqu’un ?

Chambrer quelqu’un, c’est le taquiner gentiment, sans volonté de blesser. Mais d’où vient cette expression ? Elle possède la même base que ‘ chambrer du vin ‘. Chambrer le vin consistait autrefois à le sortir de la cave pour le placer près de la cheminée de la chambre, d’où le terme de chambrer. Maintenant, il s’agit de placer la bouteille dans une pièce tempérée, imposant au vin un décalage thermique graduel avant de le servir à table. Transposée à une personne, la notion de chambrage implique l’idée de léger choc, de petit décalage. En la taquinant, on bouscule légèrement la personne.

Tomber dans le panneau

L’expression tomber dans le panneau ne signifie pas que l’on s’encastre dans un panneau évidemment ! Elle signifie se faire avoir, tomber dans le piège. Mais pourquoi un panneau ? Remontons au Moyen Âge pour en trouver l’origine. Au XIIIe siècle, le panneau (ou plus précisément penel - dict.étym.) était un filet vertical tendu à l’aide de piquets pour capturer les oiseaux et le petit gibier, un piège en fait. Bien sûr, le maillage de ce filet était suffisamment fin pour ne pas être visible, sans compter les astuces de camouflage habituel (feuilles, fines branches…). Autre question : pourquoi ce filet s’appelait-il un panneau ? Le mot panneau vient du latin populaire pannellus, dérivé de pannus = morceau d’étoffe.

Comment allez-vous ? Origine de l’expression

Le savoir-vivre fait que lorsque l’on rencontre une personne que l’on connaît, on la salue et on lui demande : comment allez-vous (ou comment vas-tu) ? Mais d’où vient cette expression ? Elle date en fait de la fin du Moyen Âge au XVe siècle, quand la médecine grand public commença à apparaître. À défaut de mieux à l’époque, l’indicateur de la santé, c’étaient les selles ! Eh oui ! La question posée faisait référence à la consistance, à l’odeur etc. de la défection de l’interlocuteur. D’ailleurs, le mot selle (apparu au XIIIe siècle) est issu du latin sella = siège. C’est aussi pour cela que l’on s’assoit sur une selle… de vélo ! La selle désignait aussi autrefois la chaise percée (ancêtre de la cuvette de WC) qui servait à faire ses besoins. Bien évidemment, à l’heure actuelle, le sens originel de l’expression (comment allez-vous ?) n’est plus de mise. On veut juste savoir si la personne se porte bien, sans entrer dans les détails scatologiques… heureusement !

Regagner ses pénates

Regagner ses pénates est une expression qui signifie rentrer à la maison, regagner son foyer. Mais des pénates, c’est quoi ? Pas des chaussures ni des chaussons comme certains le pensent à tort ! Les pénates étaient à l’origine, dans la mythologie romaine, les dieux du foyer, des divinités qui protégeaient la maison auxquelles on rendait un culte domestique, notamment des sacrifices par les magistrats de Rome lors d’un pèlerinage à Lavinium chaque année. Le mot vient du latin penates, issu de l’ancien latin penus = intérieur de la maison, provisions domestiques.

Dare-dare

Dare-dare… et non pas dard-dard comme dit l’abeille… est une locution adverbiale qui signifie : très vite, de manière précipitée. D’origine incertaine mais apparue vers le XVIIe siècle, cette expression est peut-être une répétition du mot dare, et du verbe se darer qui signifiait autrefois s’élancer. Se darder (variante dialectale) avait le même sens au XVIe siècle, issu de dard, mot qui désignait une ancienne arme de jet, tout comme l’aiguillon d’un insecte piquant, qui lance son dard rapidement, d’où la comparaison avec la rapidité de l’action dare-dare.

Avoir son content ou son comptant ?

Avoir son content (et non pas avoir son comptant = son compte, l’erreur est courante !) est une expression datant du XVe siècle qui signifie avoir tout ce qu’il faut, être satisfait, comblé, et tout court être content, ce qui explique l’orthographe du mot. On dit aussi : manger ou dormir son content = bien manger ou dormir, suffisamment, être repu.

Clause de revoyure

Une clause est une disposition particulière, une condition dans un contrat ou un traité, en termes de droit. Une clause de revoyure est quant à elle une clause de réexamen, à savoir une formule par laquelle le pouvoir exécutif s’engage devant le Parlement à réexaminer une ou des dispositions législatives ou réglementaires au terme, à la fin d’une période d’expérimentation qui est fixée par la loi. Il existe aussi une expression : à la revoyure. Elle signifie qu’on sera amené à revoir la personne à qui on s’adresse. Allez, à la revoyure ! Allez, à bientôt !

Vieille baderne

Quand on dit de quelqu’un que c’est une vieille baderne, ce n’est guère flatteur ! En effet, cette expression désigne généralement un homme borné et rétrograde, bon à rien, surtout dans le domaine militaire. Mais pourquoi ce mot : baderne ? Autrefois, dans la marine, vers la fin du XVIIIe siècle, la baderne était en fait une tresse épaisse fabriquée à l’aide de vieux cordages hors d’usage, que l’on plaçait autour des mâts, des vergues et du cabestan pour les protéger de l’humidité et des frottements. La baderne était aussi utilisée comme paillasson sur le pont des navires qui transportaient des animaux, de manière à protéger le bois. Au milieu du XIXe siècle, le mot utilisé surtout dans l’argot des marins, fut détourné de son sens premier pour désigner (sens figuré) de manière péjorative tout individu hors d’état de faire quoi que ce soit, bon à rien à l’image des cordages servant à tresser une baderne.

De bon aloi

De bon aloi signifie conforme au bon goût, au bon sens. Il s’agit du sens figuré parce qu’à l’origine, l’aloi venait du verbe allier (forme ancienne : aloyer) et désignait la quantité de métal précieux qui se trouvait dans les alliages destinés à fabriquer des pièces de monnaie. Au Moyen Âge, pour vérifier si la monnaie était vraie ou fausse, les seigneurs ‘ battaient monnaie ‘. Il s’agissait en fait de faire tomber les pièces sur une surface dure et au son, ils reconnaissaient la qualité du métal utilisé. Plus tard, au début du XIVe siècle, une balance monétaire de précision appelée trébuchet fut inventée pour peser les pièces (utilisée par les banquiers notamment), de là l’expression ‘ payer en espèces sonnantes et trébuchantes ‘.

Blanc-bec

Blanc-bec est un terme péjoratif et familier qui désigne un homme prétentieux malgré son manque d’expérience. Mais d’où vient ce mot ? Il signifie ne pas avoir de barbe. Autrefois, la barbe étant un signe tant de modestie que de virilité, on appelait blanc-bec un jeune homme qui n’avait pas la possibilité d’imposer son avis à la manière d’un homme, de par l’inexpérience liée à son âge. Pluriel : des blancs-becs. Il existe un synonyme : un bleu. L’origine de l’expression se trouve dans la couleur (bleue forcément !) des uniformes des nouveaux conscrits (donc sans expérience) au début du XIXe siècle.

Entrer comme dans un moulin

Entrer comme dans un moulin, c’est entrer quelque part sans demander l’autorisation, sans aucune gêne, sans frapper à la porte. Mais pourquoi un moulin ? Au début du XIXe siècle, l’expression comportait un autre mot : âne. Entrer comme un âne dans un moulin. En fait, les ânes servaient à amener le grain dans les très nombreux moulins. Ils étaient également utilisés pour entraîner le mécanisme de la meule. Un animal ne demande pas la permission d’entrer quelque part, d’où une explication à la naissance de cette expression. La pratique professionnelle du meunier est aussi à l’origine de l’expression car pour éviter les coups de poussier, c’est-à-dire des explosions dues aux poussières de grains qui s’enflamment, il laissait béantes deux ouvertures opposées du moulin pour créer un courant d’air. Celui-ci empêchait les particules de rester en suspension dans l’air, avec le risque de s’enflammer. Le moulin était donc toujours grand ouvert, on pouvait y entrer facilement. La référence à l’âne a disparu ensuite, pour ne garder que la forme actuelle de l’expression.

Battre à plate(s) couture(s) origine

On peut aussi bien écrire battre à plate couture (singulier) que battre à plates coutures (pluriel), les deux orthographes sont admises (Dict. Larousse). Cette expression signifie vaincre complètement quelqu’un. Elle date du XVe siècle et fait référence aux étoffes d’autrefois, si raides et épaisses qu’il fallait les battre avec une latte pour aplatir les ourlets, souvent constitués de multiples couches de tissus. On disait d’ailleurs à l’origine : rompre à plate couture. Au XVIe siècle, on disait rabattre la couture à quelqu’un quand on le tapait, par comparaison avec le fait de rabattre les coutures des vêtements en les frappant comme les tisserands, jusqu’à ce qu’elles deviennent plates.

Partir en quenouille

Partir en quenouille – tomber en quenouille : cette expression signifie laisser à l’abandon, ne plus s’occuper de quelque chose. La quenouille, en général on la connaît de par les contes de notre enfance, La Belle au bois dormant par exemple, qui se piqua… à une quenouille ! Une quenouille, symbole féminin d’antan, est un bâton de bois en forme de fuseau sur lequel on enroulait le fil destiné à être tissé. Le mot quenouille date du XIIIe siècle (1265 – dict. étym.). Il est issu du latin médiéval conucula (Loi ripuaire), de colocula. Cette locution, au XVIe siècle, signifiait ‘ passer, par succession, dans la propriété d’une femme ‘, c’est-à-dire qu’un domaine devenait la propriété d’une femme par héritage, ce qui était rare autrefois ! Or ce sont les femmes qui filaient et de ce fait utilisaient la quenouille et les hommes pensaient (ils l’avaient surtout décrété sans demander l’avis des femmes !) qu’elles ne savaient pas faire grand-chose d’autre, en tout cas pas gérer une propriété. La société était fort misogyne à l’époque (l’est-elle moins maintenant ? … !). Quand on disait ensuite d’un domaine qu’il tombait en quenouille, cela signifiait qu’il était laissé à l’abandon. Le sens actuel désigne une perte de valeur, quelque chose laissé à l’abandon (un projet, une propriété…) et heureusement n’a plus de connotation sexiste comme autrefois !

À foison – à profusion

À foison : cette locution adverbiale signifie en abondance. Avoir du blé à foison. Elle date du XIIe siècle et dérive du nom foison (XIe siècle) lui-même issu du latin fusio = écoulement, action de répandre. De là apparaît clairement la notion d’abondance. Le verbe d’origine, fundere (qui a pris un sens figuré en latin, lié au versement d’argent), a donné  fondre mais également foisonner.

La locution à profusion reprend la même idée en exprimant la prodigalité. Elle est issue du nom profus (1478 – dict. étym.) du latin profusus = répandu en dehors, du verbe fundere = répandre.

D’ores et déjà

L’expression d’ores et déjà signifie ‘ maintenant, sans attendre ‘. D’ores = désormais. Dorénavant = à partir de maintenant, ‘ d’ores et en avant ‘ (Gautier 1863). L’adverbe ores vient du latin hac hora = à cette heure.

De bon acabit

L’expression de bon acabit signifie de bonne qualité. Le terme acabit date du XVe siècle et au départ il s’écrivait acabie (jusqu’au XVIIe siècle) et signifiait achat ou débit. Son étymologie est multiple, de l’occitan cabir ou caber signifiant obtenir, achever, perfectionner. En provençal, acabir = se procurer. On dit aussi de tout acabit. L’expression, dans ce cas péjorative, signifie de tout genre, du même genre, de même nature.

Expression : découvrir le pot aux roses

Découvrir le pot aux roses, c’est découvrir une vérité bien cachée. Mais pourquoi un pot ? Pourquoi des roses ? L’expression est très ancienne, elle date du XIIIe siècle (selon Wartburg). Au XVe siècle (donc 200 ans plus tard) à l’époque de Charles d’Orléans, on disait d’ailleurs découvrir le pot pourri. Cela évoque, pour certains, la découverte du pot dans lequel autrefois les femmes mettaient le rose (fard) qui servait à leur maquillage, mettant au grand jour le leurre que représentait leur joli teint. Une préparation secrète et rare à base de roses pouvait aussi être découverte, bien cachée dans un pot, c’est une explication qui a été avancée également.

Expression : un cadavre dans le placard

Avoir un cadavre dans le placard signifie avoir un lourd secret non avouable, un scandale ou une affaire peu glorieuse que l’on souhaite cacher. De ce fait, découvrir un (ou des !) cadavre(s) dans le(les) placard(s) quand on reprend les affaires derrière quelqu’un d’autre par exemple, c’est découvrir quelque chose de caché, ce que l’on appelle aussi le pot aux roses (autre expression). À l’origine, c’est une copie de l’anglais ‘a skeleton in the closet‘ popularisée en 1845 par le romancier britannique William Makepeace Thackeray (qui écrivit notamment ‘Les mémoires de Barry Lyndon’).

Sans crier gare ou sans crier garde

Que doit-on dire (et écrire)  ? Sans crier gare ou sans crier garde ? L’erreur qui consiste à dire sans crier garde au lieu de sans crier gare est courante et comme tout s’explique, voici l’origine de la confusion : ‘gare’ est une interjection très ancienne, datant du XIIe siècle. C’est une autre forme de ‘guar’ qui voulait dire prends garde (gare-toi) = fais attention à toi. On conseille ainsi à une personne de se mettre sur le côté, à l’abri, voire de prendre garde à une éventualité fâcheuse. En criant le mot ‘gare !’, on demande instamment à quelqu’un de se méfier de quelque chose. De ce fait, celui qui arrive sans crier gare le fait par surprise, sans prendre la précaution de prévenir. Alors entre garde et gare, vous pouvez constater que le chemin n’est pas bien long concernant cette expression.

La croix et la bannière

L’expression c’est la croix et la bannière désigne quelque chose de difficile à réaliser, avec des complications, des difficultés. D’origine italienne, elle date du XVe siècle. Au cours des processions religieuses, on plaçait la croix à l’avant du cortège et les gens derrière portaient des bannières (cela existe toujours dans certaines régions comme en Bretagne notamment). Cela fait référence aux nombreuses complications pour organiser correctement ces processions en grand apparat en raison des formalités et règles de bienséance entre les participants selon leur rang. Il existe également une référence aux croisades, la croix représentant le christianisme et la bannière les chevaliers. On utilisait également la croix en tête des processions civiles (la religion était liée à l’État), les bannières brandies y désignaient la paroisse, la Vierge, une confrérie ou le notable invité. Une variante aux XVII et XVIIIe siècles a existé : ‘ il faut la croix et de l’eau bénite ‘. L’expression sous la forme actuelle a été attestée en 1822.

Avoir du bagou

L’expression avoir du bagou (peut s’écrire aussi bagout) signifie avoir la parole facile, aisée, avec une connotation péjorative : parler effrontément, voire raconter des histoires (fausses !) si bien et avec tant d’aisance que tout le monde les croit. Le mot bagou vient de l’ancien français bagouler = parler de manière inconsidérée.

A cor et à cri

L’expression réclamer à cor et à cri (toujours au singulier !) trouve son origine dans le domaine de la chasse, en rapport avec l’instrument de musique que les chasseurs utilisent, à savoir le cor de chasse. Attention, ne pas écrire corps comme on le voit souvent ! Chasser à cor et à cri, au départ, signifie avec grand bruit. Le sens figuré est lié à l’insistance. Réclamer quelque chose à cor et à cri, c’est réclamer avec beaucoup d’insistance, revenir à la charge plusieurs fois jusqu’à l’obtention de ce qui est demandé.

Il pleut comme à Gravelotte

Il pleut comme à Gravelotte ! ‘ (mais également ‘ tomber comme à Gravelotte ’) Cette expression qui signifie pleuvoir énormément prend son origine le 18 août 1870 à la bataille de… Gravelotte connue aussi sous le nom de bataille de Saint-Privat pendant la guerre franco-prussienne. Gravelotte est une commune de Moselle près de Metz. Une quantité impressionnante de tirs d’armes à feu furent donnés ce jour-là et beaucoup de soldats tombèrent. Pluie de tirs, nombreux soldats qui tombent, il n’en fallut pas plus pour donner naissance à cette expression.

Faire campagne : origine de l’expression

En période d’élection, on parle de campagne électorale, moment où les candidats présentent leur programme et cherchent à convaincre les électeurs de voter pour eux. Mais pourquoi ‘ campagne ‘ ? Faire campagne, c’est en premier lieu défendre un camp. L’expression est d’origine militaire : faire campagne, c’est en fait chercher à s’approprier une partie du territoire de l’ennemi en menant des opérations qui visent à augmenter l’influence de son propre camp (opération de communication, attaques, replis…). Au niveau purement politique, autrefois, les premiers politiciens devaient se déplacer pour rencontrer leurs électeurs au-delà de la grande ville et donc se rendre en campagne pour se faire connaître de leurs électeurs potentiels. N’oublions pas qu’il n’y avait pas à l’époque de moyens de communication aussi évolués que maintenant, il fallait donc se déplacer en personne pour se faire connaître !

Etre dans la dèche expression

L’expression être dans la dèche  signifie être ruiné, ne plus avoir d’argent, de quoi vivre, être dans le besoin. Le mot dèche est un mot argotique datant de 1835 et dont l’origine exacte est incertaine. Il serait issu de déchéance/déchoir, mais une autre explication existe, à savoir d’origine provençale : decho = tare ou de l’ancien provençal decha = tomber et déchoir. Il pourrait également être d’origine angevine où dèche = tare congénitale. Quoi qu’il en soit, le point commun reste le même, autour du thème de la déchéance.

Semer la zizanie

Semer la zizanie, c’est semer la discorde, la mésentente dans un groupe de personnes. L’expression vient de la plante appelée justement zizanie, synonyme d’ivraie enivrante (lolium temulentum), une mauvaise graine qui se trouve parmi le bon grain. Le nom zizanie vient du latin ecclésiastique zizania et du grec dzidzanion (origine sémite) signifiant ‘ mauvaise herbe ‘. Il existe également une origine biblique à l’expression dans l’évangile Matthieu 13;25 où Jésus disait, évoquant le royaume de Dieu : ‘ Un homme avait semé de la bonne semence dans son champ. Une nuit, pendant que tout le monde dormait, un ennemi de cet homme vint, sema parmi le blé de la zizanie, puis s’en alla. ‘.

Couci-couça origine

‘ Comment allez-vous ? Oh, couci-couça, vous savez ! ‘ Cette locution adverbiale qui signifie ‘ni bien ni mal’, ‘comme ci comme ça’, ‘à peu près’,  est une variante de couci-couci qui vient de l’italien cosi-cosi = ainsi.

Attention à l’orthographe : il n’y a une cédille qu’à couça, pas à couci. Jamais de cédille devant e, i et y !

Courir à fond de train

Courir à fond de train signifie courir à toute vitesse. Mais quelle est l’origine de cette expression ? Car tout s’explique, n’est-ce pas !  Elle est relativement récente, datant de la fin du XIXe siècle. Il faut se plonger dans le milieu équestre pour comprendre. Le terme train est en rapport avec le trot du cheval, c’est la vitesse donnée à une course. Le fond, dans le lexique des termes hippiques, est décrit ainsi : ’ qualité de tenue qui permet de courir les longues distances ‘.

Expression trier sur le volet

Trier sur le volet, c’est sélectionner très soigneusement. L’expression s’applique aux personnes en général. Par exemple, les figurants et acteurs pour un film seront triés sur le volet, c’est-à-dire qu’ils devront correspondre à des profils bien particuliers en fonction du rôle qu’ils auront à jouer. Trier, d’accord ! On comprend facilement. Mais ‘sur le volet’ ? Quel rapport ? Le volet que nous connaissons à notre époque est plutôt celui qui se trouve devant nos fenêtres, mais évidemment, il ne s’agit pas de ce volet-là ! Il faut comme toujours, lorsque l’on cherche l’origine d’un mot ou d’une locution, s’aventurer un peu dans le passé pour y découvrir l’explication. Au Moyen Âge, le volet était en fait un tissu très fin et léger, à tel point qu’il puisse voleter au vent. Il servait à fabriquer des tamis pour trier les graines. Ces tamis ont d’ailleurs plus tard pris ce même nom de volet. Au XIIIe siècle, le volet était la partie volante d’une coiffe (dict. étym. Larousse). Au XVe siècle, le volet était une assiette en bois dans laquelle les femmes devaient trier pois et fèves. En 1542, Rabelais utilisa d’ailleurs l’expression ‘trier sur le volet’.

Avoir du pot

Avoir du pot, du bol, du ‘cul’, c’est la même chose ! Cette expression familière signifie avoir de la chance. Mais quel rapport ? En argot, le ‘cul’ veut dire chance, au-delà de sa signification première désignant un endroit du corps qu’il est inutile de détailler ici ! De même, le pot et le bol désignaient cette partie du corps en ancien français. Attention, à notre époque certains mots comme ‘cul’ sont devenus vulgaires, ce qui n’était pas le cas il y a très longtemps (exemple : le mot cul-de-sac existe depuis le XIIIe siècle et n’est empreint d’aucune vulgarité).

Se tenir à carreau

L’expression se tenir à carreau signifie être sur ses gardes, se faire discret, ne pas se manifester, se montrer, s’efforcer de passer inaperçu. Mais pourquoi à carreau ? L’expression viendrait d’une arme ancienne que tout le monde connaît au moins de nom, l’arbalète. Pour l’utiliser, il fallait obligatoirement disposer de carreaux (c’est le nom de la flèche spécifique à cette arme). De ce fait, le garde (arbalétrier) qui autrefois surveillait les environs du haut de son échauguette devait se tenir à carreau (en restant discret pour ne pas être repéré) prêt à enfiler le carreau sur son arme afin de dissuader les visiteurs de s’approcher trop près.

Il existe d’autres explications possibles : l’une viendrait d’un jeu de cartes dont est issu le dicton qui se garde à carreau n’est jamais capot, à savoir qui surveille bien son jeu, sur ses gardes pour ne pas perdre. De plus, dans le jeu de cartes, chaque emblème représente une arme. Le cœur = le courage, la noblesse (la cavalerie), le pique = l’arme de l’infanterie, le trèfle = le fourrage et le carreau = le projectile tiré par l’arbalète. Une autre explication serait issue de l’argot où (Jacques Arnal : ‘Argot de police ‘) le carreau n’est autre que le domicile, donc se tenir à carreau, rester caché chez soi.

Se mettre sur son 31

L’expression se mettre sur son 31 désigne le fait de s’habiller avec ses plus beaux vêtements, notamment dans le but de participer à une cérémonie ou réunion importante, une grande occasion exigeant d’être bien vêtu. Autrefois, les gens se mettaient sur leur trentain. Au Moyen Âge, le trentain était en effet un drap de luxe dont la chaîne était composée de trente centaines de fils, de plus l’expression se mettre sur signifie revêtir.

Coupe claire et coupe sombre

Coupe claire et coupe sombre sont à l’origine des termes forestiers qui sont utilisés par extension dans le langage courant. Cependant les erreurs sont fréquentes ! Beaucoup de gens utilisent l’un pour l’autre.

Faire une coupe sombre consiste à déboiser la forêt de manière parcimonieuse en laissant beaucoup d’arbres pour conserver l’ombrage et présenter un massif très faiblement entrouvert. Voici une ASTUCE pour s’en souvenir : coupe sombre = couper peu d’arbres, la forêt reste sombre.

Faire une coupe claire consiste à déboiser totalement la forêt pour en faire une clairière. Voici une ASTUCE pour s’en souvenir : coupe claire = couper tout, l’espace est ensuite clair. 

Battre en brèche

L’expression battre en brèche désigne le fait de s’opposer fortement et systématiquement aux idées d’une personne, attaquer et réfuter une règle, une décision ou une argumentation.
Autrefois, pour créer une brèche (une ouverture permettant d’entrer) dans une forteresse, il fallait s’y attaquer fort en tapant dessus, en lançant des projectiles comme des boulets de canon ou des charges de catapulte. Le sens premier de battre en brèche fut attesté en 1701. Son sens figuré (utilisé actuellement) est apparu au XIXe siècle.

Faire grève

Faire grève signifie, dans le sens général, que des salariés cessent de travailler (de quelques heures à plusieurs semaines) de manière concertée pour obtenir des avantages, contester une décision de la direction et essayer de la convaincre de la retirer, ou faire remonter à la direction un conflit avec des supérieurs hiérarchiques. Le mot ‘ Grève ‘ trouve son origine dans l’Histoire de France. Il s’agissait d’une place parisienne nommée ainsi parce qu’on y trouvait une grève, qui était en réalité un quai en pente douce plongeant dans la Seine au point d’accostage des bateaux, destiné à faciliter le déchargement des marchandises transportées sur le fleuve et livrées à Paris. En 1830, de par sa situation, cette place fut renommée ‘ Place de l’Hôtel de Ville ‘ après avoir été agrandie aux XVIIIe et XIXe siècle. Autrefois, ‘ être en grève ‘, c’était avant tout être sans travail, donc pas grand-chose à voir avec la définition actuelle. Les ouvriers se rassemblaient sur la fameuse place de Grève et les patrons venaient les chercher quand ils en avaient besoin. Le sens de l’expression a évolué au début du XIXe siècle quand des ouvriers, à force d’être exploités par des patrons peu scrupuleux, décidèrent d’abandonner le travail et de ‘ se mettre en grève ‘, se réunissant à l’occasion sur cette même place de Grève.

Cour des Miracles

Quand on dit d’un endroit que c’est une vraie Cour des Miracles, cela signifie que cet endroit est mal fréquenté, que c’est un repaire de gens malhonnêtes, ce que l’on appelle aussi un coupe-gorge. Cette expression vient de Victor Hugo (‘ Notre Dame de Paris ‘). Il y décrivait un endroit de Paris ayant réellement existé du Moyen Âge jusqu’au XVIIe siècle, très mal fréquenté, dans le IIe arrondissement vers la rue Réaumur (voleurs, meurtriers, mendiants, faux éclopés, prostituées…) et peu visité, on le comprendra aisément, par les bourgeois et la maréchaussée. C’était une zone de non-droit très dangereuse mais finalement le lieutenant de police de Louis XIV décida de nettoyer les lieux et d’en chasser les hôtes, envoyant environ 60 000 mendiants aux galères. Alors pourquoi des ‘ Miracles ‘ ? Parce qu’il était raconté qu’à la nuit tombée, les infirmités des éclopés disparaissaient comme par enchantement. En réalité, c’étaient des faux éclopés, des gens qui, le jour, faisaient croire qu’ils étaient aveugles ou mutilés pour obtenir de l’argent.

Gagner le pactole

L’expression ‘ gagner le pactole ‘ signifie gagner une grosse somme d’argent comme notamment à une loterie, gagner le gros lot. Crésus (d’où l’expression ‘ riche comme Crésus ‘) était roi de Lydie au VIe siècle avant J.C. Il était réputé pour s’être enrichi grâce aux sables aurifères (= qui contenaient de l’or) de la rivière traversant son pays et sa capitale Sardes (ou Sardis). Cette rivière s’appelait le Pactole ou Paktôlos, en grec. Le nom de cette rivière est devenu symbole de très grande richesse depuis la fin du XVIIe siècle, puis est devenu un nom commun à partir de 1800.

Expression : pour des prunes

Pour des prunes signifie : pour rien. Mais pourquoi des prunes ? Bien que l’expression date du XVIe siècle, son origine se situe au XIIe siècle à l’époque des croisades. L’Histoire raconte que les Croisés, vers 1150, lors d’une croisade qui fut un échec, plutôt que de revenir sans rien, ramenèrent des pieds de pruniers de Damas, ayant découvert, goûté et apprécié leurs fruits (prunes) sur place. D’où l’expression : aller pour des prunes, pour pas grand-chose, pour rien.

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Fil d’Ariane

Un fil d’Ariane est ce qui permet de se sortir de difficultés, une sorte de guide entre deux points difficiles à relier, comme une voie que l’on peut suivre en toute confiance pour obtenir un résultat compliqué à atteindre. L’origine de cette expression nous amène loin dans le temps, à l’époque de la mythologie grecque.

En Crète, le roi était Minos. Il existait un labyrinthe au fond duquel vivait le Minotaure, monstre à corps d’homme et à tête de taureau, mangeur d’humains. Il dévorait notamment chaque année sept garçons et sept filles qu’Athènes lui livrait spécialement en Crète pour conserver la paix avec Minos. Afin de faire cesser cet envoi, Thésée proposa de faire partie de la prochaine livraison dans l’intention de tuer le Minotaure, cependant le problème était de retrouver la sortie du labyrinthe, une fois qu’il aurait réussi son entreprise. Comble de la chance, arrivé en Crète, Ariane, la fille de Minos et demi-soeur du Minotaure, tomba amoureuse de lui et décida de l’aider. Profitant de ses bonnes relations avec Dédale, le concepteur du Labyrinthe, elle lui proposa alors un plan pour retrouver facilement la sortie du labyrinthe : il suffisait de dérouler une bobine de fil dont l’extrémité était attachée à l’un des linteaux de l’entrée, fil à suivre au retour pour atteindre la sortie. Thésée tua donc le Minautaure et ressortit du Labyrinthe grâce au célèbre fil d’Ariane.

Passer du coq à l’âne

Passer du coq à l’âne signifie changer de sujet d’un seul coup, sans transition, voire même tenir des propos incohérents. Mais pourquoi ‘ du coq à l’âne ‘ ?

L’expression est très ancienne. Au XIVe siècle, on disait ‘saillir du coq en l’asne ‘, puis au XVe siècle, ‘ sauter du coq à l’asne ‘. Un coq et un âne sont de tailles et de natures très différentes, c’est une explication possible de l’expression. Duneton évoque cependant une éventuelle confusion entre l’âne et la ‘cane’ femelle du canard. Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, l’âne désignait la cane. Mais l’asne (baudet) se prononçait de la même manière et s’est ensuite transformé en âne. L’ancienne version de l’expression avec ‘ saillir ‘ aurait probablement évoqué des rapports entre un coq et une cane, mais rien de certain !

Faire chabrot ou chabrol

L’expression ‘ faire chabrot ‘ ou ‘ faire chabrol ‘ signifie verser quelques gouttes de vin rouge dans un reste de potage et directement boire la totalité à l’assiette et à grandes goulées. La tradition est originaire de la région occitane (sud-ouest) et n’est plus guère pratiquée encore que par des personnes âgées en campagne. Les Provençaux, qui la pratiquent également, disent que chabrot viendrait de ’ cabroù ’ du latin capreolus et faire chabrot signifiait boire comme une chèvre. Dans la région du Limousin, on ‘ fait chabrot ‘. Le Périgourdin, quant à lui, fà chabroù. Dans le Poitou, on parle de godaille.

Jeter et lever l’ancre

Jeter l’ancre signifie se poser un moment après avoir beaucoup bougé, en référence à l’ancre du bateau que l’on jette lors des escales. Inversement, lever l’ancre, c’est repartir. Au XVIe siècle, ‘ être à l’ancre ‘ signifiait par ailleurs être inactif, ne rien faire, mais également être impuissant.

Maître queux

Un maître queux (et non pas ‘ maître queue ‘ ! Attention à l’orthographe !) était autrefois un cuisinier sur un bateau, mais le terme désigne un cuisiner de manière générale, à notre époque. L’origine du mot ‘ queux ‘ est latine, de coquuus (coquere = cuire). L’écriture actuelle avec un ‘ x ‘ à la fin date du XVIe siècle. Ce terme désignait une charge bien particulière, le maître queux était responsable des ragoûts, des mets et des entremets, tandis que le hâteur (du nom hâte = broche à rôtir, du latin hasta = lance et du germanique harsta = gril – source Dict. Étym.) cuisait les rôtis et le potager les… potages évidemment !

Le mot coq a la même origine latine, mais en plus emprunté au néerlandais kok au XVIIe siècle, qui n’était autre qu’un cuisinier de l’immense et célèbre flotte hollandaise (1671 Arnoul -source Dict. Étym.). Petit rappel également, en anglais, cuisiner se dit ‘ to cook ‘, assez proche car de même racine.

Marcher sur le haut du pavé

Autrefois, bien avant que n’apparaissent les trottoirs mais également le tout-à-l’égout, on peut encore le remarquer dans de vieilles villes (vieux Rennes devant la Porte Mordelaise par exemple), les rues étaient incurvées avec un sillon au milieu, destiné à l’évacuation des eaux. Les côtés étaient plus hauts. Le creux, empli d’eaux sales bien souvent, se trouvait donc au centre de la rue. Quand les gens se croisaient dans la rue, ceux qui étaient de classe sociale inférieure ou d’apparence plus pauvre (aux habits, cela se voyait facilement) devaient laisser la place la plus haute aux personnes de rang plus élevé, d’où les laisser marcher sur le haut du pavé. De là, l’expression ‘ tenir le haut du pavé ‘ qui désigne des gens de statut social élevé ou qui dominent ou dirigent d’autres personnes de manière ou d’autre.

Pas sorti de l’auberge !

L’expression ‘ ne pas être sorti de l’auberge ‘ signifie avoir encore bien des problèmes à résoudre, ne pas en avoir terminé avec les ennuis. Mais pourquoi l’auberge ? En fait, ce mot, dans le milieu carcéral, signifie ‘ prison ‘ tout simplement. Il ne s’agit donc pas, dans cette expression, de l’auberge que nous connaissons habituellement, accueillante et où l’on est censé se sentir à l’aise… et dont on n’a pas spécialement envie de sortir ! En revanche, s’il s’agit de prison… !

Courir ventre à terre

L’expression ‘ courir ventre à terre ‘ est particulièrement imagée. Elle est utilisée pour signifier qu’une personne court très vite (se précipite), généralement à l’appel d’un supérieur. Mais pourquoi ventre à terre ? Il ne s’agit évidemment pas du ventre du coureur, c’est une métaphore liée à l’allure des quadrupèdes (chevaux par exemple) quand ils courent (galopent) très vite, cela donne l’impression que leur ventre va toucher le sol.

Faire florès

L’expression ‘ faire florès ‘ signifie ‘ obtenir un succès éclatant ‘ (dictionnaire), ce qui conduit à se faire une bonne réputation. Le mot vient du latin floridus (= fleuri, couvert de fleurs) et l’expression fait office de métaphore avec le principe de la floraison lorsque les fleurs se répandent sur les arbres au printemps. Etre couvert de fleurs, donc de compliments après avoir réussi quelque chose de remarquable. Cette expression n’est cependant plus tellement utilisée de nos jours, assez vieillie.

Depuis des lustres…

Ah ! Te voilà enfin ! Je ne t’ai pas vu depuis des lustres ! … Pourquoi des lustres, quel rapport avec ce qui éclaire nos plafonds ? Aucun. Le lustre était autrefois (XVIIe siècle) une unité de temps d’une valeur de 5 ans. Ce qui explique l’expression depuis des lustres, donc plusieurs fois 5 ans, à savoir très longtemps ! Mais pourquoi 5 ans ? L’origine remonte à l’époque romaine où l’on désignait ainsi un sacrifice expiatoire lors du recensement, voire le recensement quinquennal lui-même. Ce recensement était une mesure de taxation et de classement des citoyens romains. On effectuait un census par lustration, rite religieux de purification  de l’époque. L’empereur qui désirait recenser l’empire entier prenait alors le titre de censeur. L’empereur Claude en fit un d’une belle envergure.

La fin des haricots

Cette expression ‘ c’est la fin des haricots ‘ est récente (XXe siècle) et fait référence à plusieurs choses : dans les familles, on jouait beaucoup aux jeux de société et plutôt que de jouer de l’argent, on misait des fèves (haricots), et quand on n’en avait plus, on était exclu du jeu, c’était donc la fin des haricots. Par ailleurs les haricots étaient une nourriture bon marché, utilisée dans les pensionnats, les prisons, les casernes et même chez les gens peu fortunés comme repas habituel (Maurice Rat). De ce fait, quand c’était la fin des haricots, cela signifiait qu’il n’y avait plus rien à manger. L’expression signifie donc au sens figuré à notre époque que quand rien ne va plus, c’est ce qu’on appelle la fin des haricots.

Déménager à la cloche de bois

Dire de quelqu’un qu’il a déménagé à la cloche de bois signifie que cette personne a déménagé, abandonné son domicile en toute discrétion, furtivement et sans prévenir qui que ce soit. Autrefois, au XIXe siècle, on disait ‘ déménager à la ficelle ‘. En effet, afin de ne pas se faire repérer par le concierge, ceux qui voulaient partir sans payer le loyer utilisaient une ficelle au bout de laquelle ils descendaient leurs affaires par la fenêtre, puis descendaient les mains vides, l’air de rien. Le mot ‘ ficelle ‘ désignait également les escrocs autrefois. Une autre expression très imagée était utilisée : ‘ à la sonnette de bois ‘, ce qui signifiait qu’une sonnette de bois ne fait pas de bruit. Bien sûr, les sonnettes des concierges n’étaient pas en bois, c’est juste une façon de dire que les clients passaient en tapant sur la sonnette de bois, qui, ne faisant aucun bruit, n’aurait pas attiré l’attention du concierge. Le mot ‘ sonnette ‘ fut ensuite remplacé par le mot ‘ cloche ‘, de signification à peu près semblable.

Se faire limoger

Quand un officier se fait limoger, c’est qu’il se fait relever de son commandement. Se faire limoger (le limogeage) signifie également se faire mettre à la retraite d’office, être renvoyé, licencié, se faire révoquer. Cela concerne toute personne qui a de hautes responsabilités. L’origine en est historique et liée à la ville de Limoges. Il faut remonter pour cela à la Première Guerre mondiale. Le général Joffre trouvait que certains de ses officiers, très brillants en temps de paix, n’étaient plus aussi efficaces en temps de guerre. Il décida donc de s’en séparer vu qu’ils ne servaient pas à grand-chose. Pour cela, il les fit envoyer dans une région retirée appelée ‘ la douzième région ‘, à savoir là où se trouve la ville de Limoges. À l’époque de la célèbre bataille de la Marne, 40 % des haut gradés se retrouvèrent ainsi ‘ limogés ‘, écartés de leur poste de commandement.

Avoir le cafard

Si votre ami vous dit : ‘ Oh la la ! Aujourd’hui j’ai le cafard ! ‘, préparez-vous à le consoler parce que cela signifie qu’il déprime, qu’il a les idées noires, comme on dit. L’expression trouve son origine dans le petit animal noir en général très peu apprécié lorsqu’il envahit les maisons. Cela dit, il est probable que le cafard (l’animal) ait tiré son nom d’une autre signification plus ancienne. En effet, au XVIe siècle, le cafard n’était pas du tout un animal, mais un faux dévot, une personne peu croyante qui faisait croire qu’elle l’était. Ces personnes étaient en général habillées de noir et faisaient donc les choses en cachette, un peu comme le fait l’animal du même nom à notre époque. Le cafard est aussi la personne qui ‘ cafarde ‘, qui dénonce les autres de manière anonyme, donc une personne fourbe et dissimulatrice.

Expression : ça ne vaut pas tripette

Dire d’une chose que ‘ ça ne vaut pas tripette ’ signifie que ça ne vaut pas grand-chose, voire rien du tout ! Le mot tripette est en réalité un diminutif de ‘ petite tripe ‘, et il existe depuis le XVe siècle. Les tripes sont les quatre parties de l’estomac des ruminants, ce ne sont pas des morceaux de choix, ils n’ont pas beaucoup de valeur. Le dictionnaire de Trévoux indique qu’autrefois, au XVIIe siècle, le verbe ‘ triper ‘ signifiait ‘ fouler aux pieds ‘, et au sens figuré, ‘ mépriser ‘.

Rester comme deux ronds de flan

L’expression ‘ rester comme deux ronds de flan ‘ signifie rester stupéfait / ébahi face à une situation qui nous dépasse. Quant à son origine, il existe plusieurs explications. Explication d’Esnault en 1901 : le denier (monnaie) était appelé flan ou  flaon au XVIe siècle, ce que confirme la Bibliothèque nationale de France dans son étude sur la fabrication des monnaies. Pour fabriquer une monnaie, on dit qu’on la frappe. On peut donc être frappé comme deux pièces de monnaie représentant les deux yeux grands ouverts (de stupeur). Il existe également une autre explication, liée au domaine de la typographie. Le flan est depuis le  XIXe siècle un petit morceau de carton enduit. Il reçoit en creux l’empreinte d’une composition et sert à créer le cliché pour reproduire un livre. L’association est présente également avec l’image des yeux équarquillés.

Faire des ronds de jambe

L’expression faire des ronds de jambe signifie que l’on fait beaucoup de manières pour plaire à quelqu’un dans le but d’en obtenir des faveurs. Cette politesse excessive est nettement hypocrite et n’a donc rien de sincère, c’est une attitude intéressée. On dit aussi faire des courbettes ou faire la carpette (= s’aplatir comme un tapis). L’expression est assez récente et date du XXe siècle. Le rond de jambe est en réalité une figure de danse qui rappelle la révérence, geste traditionnel datant de l’Ancien Régime pour montrer la considération et le respect que l’on portait au souverain ou à une personne de rang supérieur.

Pas folle la guêpe

L’expression ‘ pas folle la guêpe ‘ est utilisée pour signifier qu’une personne est maline, rusée. Au-delà du fait que les guêpes soient réputées pour leur ruse afin de venir s’installer avec nous à la table de jardin et y partager nos confitures et autres sucreries sans y être expressément invitées, le terme de ‘ guêpe ‘ désignait autrefois une personne maline, fine. La guêpe (l’animal) a aussi une taille fine, ce qui est à l’origine du vêtement appelé ‘ guêpière ‘. Au XIXe siècle, l’expression se disait ‘ pas bête la guêpe ‘. Ce n’est qu’au XXe siècle qu’elle a évolué vers l’expression actuelle ‘ pas folle la guêpe ‘.  Le film ‘ Circonstances atténuantes ‘ de 1939 avec Arletty contribua à la populariser.

Avoir le moral dans les chaussettes

L’expression ‘ avoir le moral dans les chaussettes ‘ est particulièrement imagée. Les chaussettes sont portées en bas du corps (à moins de marcher sur la tête), laissant entendre métaphoriquement que le moral se situe au plus bas. Inversement, on dira ‘ avoir le moral au-dessus des sourcils ‘ pour désigner la bonne humeur.

Expression : avoir des casseroles

L’expression bien connue ‘ avoir des casseroles ‘ ou ‘ traîner des casseroles ‘ signifie qu »une personne a été mêlée de près ou de loin (plus souvent de près) à une affaire douteuse, a commis un acte malhonnête de par le passé, ce qui avait fait ‘ grand bruit ‘. Les ennemis, adversaires et opposants se chargent en général de rappeler ces casseroles pour salir notamment la réputation d’un candidat à une élection, afin de lui laisser moins de chances d’être élu. Les milieux politiques sont très friands de ce genre d’action. Mais pourquoi des casseroles ? À cause du bruit tout simplement. Attachez des casseroles derrière une voiture, on l’entendra de loin ! L’expression fait également référence à un jeu d’enfants du début du XXe siècle qui consistait à attacher des casseroles à la queue d’un chat ou d’un chien, puis d’en rire en le voyant courir. Il s’agit donc d’une métaphore dans le cadre de l’expression.

Nettoyer les écuries d’Augias

Nettoyer les écuries d’Augias, que signifie cette expression ? D’où vient-elle ? On l’utilise au sens propre comme au sens figuré. Elle signifie ‘ faire un très grand ménage ‘, effectivement nous ne sommes pas hors sujet ! Mais faire le ménage, ce peut être réellement nettoyer un endroit encombré, ça c’est le sens propre. Ce peut être aussi ‘ nettoyer ‘ au sens figuré, notamment une institution, une entreprise où les affaires vont mal, voire où il y a de la corruption… Quant à l’origine de l’expression, elle nous amène vers la mythologie grecque. Ce fameux nettoyage des écuries d’Augias n’est autre que le cinquième des 12 travaux d’Hercule, exigé par son ennemi Eurysthée afin d’expier ses crimes. Il avait en effet massacré ses propres enfants, sous l’emprise d’une crise de folie provoquée par Héra femme de Zeus, jalouse qu’il soit le fils de Zeus et d’une autre femme, Alcmène. Mais Augias, c’était qui alors ? C’était l’homme le plus riche en bétail, et Hercule eut pour mission de nettoyer toutes ses étables (pas lavées depuis 30 ans) en une seule journée, autant dire impossible… sauf pour lui ! Le terme d’étable fut transformé ensuite en ‘ écurie ‘ dans l’expression, en rapport avec le verbe ‘ curer ‘, qui veut dire ‘ nettoyer ‘.

La fête à Neu-Neu (Neuneu)

La fête à Neu-Neu (écrite aussi Neuneu) est en réalité une fête foraine populaire assez ancienne ayant eu lieu au départ à Neuilly, d’où le nom (Neuilly – Neu). Elle fut créée grâce à un décret impérial de Napoléon 1er le 10 juin 1815 à la demande du maire de Neuilly de l’époque, l’abbé Jean-François Delabordère, qui voulait instituer une fête patronale de l’église Saint-Jean-Baptiste. Cette fête eut lieu jusqu’en 1935, puis disparut pendant plusieurs dizaines d’années en raison de travaux d’élargissement de l’avenue de Neuilly, ne laissant plus assez de place aux manèges pour s’installer. Ce n’est qu’en 2008 que la Foire d’automne (appelée ‘ Fête au Bois ‘ puisqu’elle a lieu au Bois de Boulogne), se trouvant au départ derrière l’hippodrome d’Auteuil, fut déplacée Porte de la Muette. Elle reprit son nom de Fête à Neu-Neu en août 2010, donc très récemment, à la demande du public.

Le dindon de la farce

Mieux vaut ne pas être ‘ le dindon de la farce ‘, car cela signifie que nous sommes la victime, la personne trompée, dupée, qui s’est fait avoir ! Pourquoi dindon ? Pourquoi farce ? Il existe deux explications. 1- La farce était un divertissement comique moyenâgeux, un intermède à l’intérieur des spectacles, à ne pas confondre avec la farce des tomates farcies ! Bien évidemment, des personnages jouaient ces farces, et parmi eux se trouvaient les ‘ pères dindons ‘ systématiquement dupés par leurs fils. 2- L’autre explication nous vient de Claude Duneton, liée à l’existence d’un ‘ ballet des dindons ‘, spectacle forain parisien des années 1739 à 1844. Ce spectacle de type ‘ farce ‘ et malheureusement très cruel envers les animaux amusait beaucoup les spectateurs de l’époque. Il s’agissait de mettre des dindons sur une plaque de métal que l’on chauffait progressivement, et au bout d’un moment, les dindons souffrant de la chaleur trop forte, finissaient par danser pour ne pas se brûler les pattes.

Etre soupe au lait

Une personne ‘ soupe au lait ‘ est une personne qui s’emporte facilement, qu’il ne faut pas trop chatouiller sous peine de la voir vite se mettre en colère. Mais quel rapport avec la soupe au lait ? Comme nous l’avons tous remarqué déjà, le lait a tendance à monter d’un coup et à sortir brusquement de la casserole quand on le chauffe et qu’on ne le surveille pas. Autrefois et cela dès le XIVe siècle, la soupe désignait en fait un bouillon épaissi assez complet qui servait couramment de repas. Il arrivait qu’on remplace l’eau par du lait, d’où la soupe au lait ! L’expression ‘ être soupe au lait ‘ fut attestée en 1737.

Faire le pied de grue

Quand on attend quelqu’un longtemps, debout bien sûr, voire avec l’air bête de tant d’attente sans rien avoir à faire d’autre, on fait ‘ le pied de grue ‘. Mais quel rapport avec cet échassier appelé ‘ grue ‘ ? La grue possède la particularité de pouvoir se tenir sur une seule patte, assez longtemps du reste. Position incommode (en tout cas pour un humain) à l’origine de l’expression. Au départ, on disait ‘ faire la jambe de grue ‘ puis l’expression actuelle l’a remplacée au début du XVIIe siècle. La grue désignait également une prostituée autrefois, par métaphore, en rapport avec le fait que les prostituées attendaient leurs clients dehors, debout.

Tirer à boulets rouges

L’expression ‘ tirer à boulets rouges ‘ désigne le fait d’émettre une très violente critique verbale envers quelqu’un (ou quelque chose). Mais pourquoi des boulets ? Pourquoi rouges et pas bleus, verts ou jaunes ? L’origine en est bien sûr historique. Il faut remonter au temps où les ‘ boulets rouges ‘, ancêtres de la bombe incendiaire, étaient rougis au feu avant d’être insérés dans les canons. Inutile de décrire les dégâts que cela causait… sur les nombreux bâtiments en bois subissant les assauts ! De nos jours, ‘ tirer à boulets rouges ‘ désigne donc par métaphore un discours incendiaire.

Tomber sur un bec

L’expression ‘ tomber sur un bec ‘ n’a rien à voir avec le bec des oiseaux, comme on pourrait le penser.  Elle fait tout simplement référence aux premiers éclairages publics, à savoir les becs de gaz du XIXe siècle. Mais où est le rapport avec l’expression ? En fait, à l’époque, il était très courant que des ivrognes se cognent sur ces fameux becs, autrement dit ils tombaient dessus… d’où… ‘ tomber sur un bec ‘ qui désigne maintenant le fait de tomber sur un obstacle imprévu.

A brûle-pourpoint

La locution ‘ à brûle-pourpoint ‘ désigne une ‘ action brusque et sans ménagement ‘ (dictionnaire). Mais pourquoi ‘ brûle ‘ ? Pourquoi ‘ pourpoint ‘ ? Qu’est-ce qu’un pourpoint ? Les origines en sont militaires. Le pourpoint (de l’ancien français porpoint = piqué) était un vêtement très ajusté que les hommes portaient du XIIe au XVIIe siècle, et qui couvrait le buste. Lorsqu’un soldat tirait sur un homme à bout portant (ou très près), cela brûlait le pourpoint de la victime. L’expression désigne bien alors une action vive, avec effet de surprise puisqu’on ne peut pas tirer de près sur quelqu’un sans le surprendre. De là cette métaphore liée à l’effet de surprise d’une part mais au principe d’efficacité d’autre part.

Une autre paire de manches

L’expression ‘ une autre paire de manches ‘ signifie ‘ une tout autre affaire ‘, passer d’une chose à une autre mais surtout s’atteler à quelque chose de difficile à réaliser. Exemple : ‘ Nous avons creusé les fondations, maintenant il va falloir construire la maison, ça va être une autre paire de manches ! ‘ Son origine remonte au Moyen Âge où les manches n’étaient pas attachées au reste de l’habit comme de nos jours, mais étaient détachables. On en changeait selon les activités : toilette, amour (conter fleurette), chasse, repas etc. Selon la tradition, une femme amoureuse qui offrait une de ses manches à un chevalier lui signifiait sa fidélité, son attachement par ce geste. Celui-ci arborait ensuite cette manche sur son écu ou sa lance lors des tournois. En fait, les manches étaient des demi-manches amovibles qui allaient du coude au poignet.

Une fine mouche

L’expression ‘ une fine mouche ‘ désigne une personne très astucieuse, maline, rusée. Autrefois, le mot ‘ mouche ‘ désignait dans un registre argotique et au-delà de l’insecte bien connu, un menteur ou un espion. Mais quel rapport avec l’animal, la vraie mouche ? Cette dernière est connue pour être assez difficile à attraper, relativement insaisissable par nature, du fait de sa petite taille et de sa grande rapidité. La mouche peut observer sans être vue.

Mettre sur la sellette

L’expression ‘ mettre quelqu’un sur la sellette ‘ ou ‘ être mis sur la sellette ‘ signifie qu’on soumet une personne à un interrogatoire particulièrement dur, serré, qu’on veut lui faire avouer des secrets qu’il ne souhaite pas dévoiler. Être mis sur la sellette, c’est se trouver en position délicate, être soumis et exposé à la critique. Mais qu’est-ce qu’une sellette ? Au XVIIIe siècle, c’était un petit tabouret très bas sur lequel on faisait asseoir les accusés dans les tribunaux. Pourquoi très bas ? Pour mieux montrer symboliquement aux accusés leur infériorité et ainsi avoir plus de chances de les confondre. La position des accusés étant de ce fait humiliante, la pression psychologique n’en était que plus forte et renforçait le sentiment de supériorité des juges. L’usage de la sellette fut aboli en 1788 par Chrétien-François de Lamoignon de Basville (1735 – 1789), le garde des sceaux de l’époque. Pour information, il était inspiré par les idées des Lumières. Il abolit également la torture et permit aux protestants de retrouver leur état civil grâce à ‘ l’édit de tolérance ‘ de Versailles (1788).

Qu’est-ce qu’un bouc émissaire ?

L’expression ‘ bouc émissaire ‘ désigne une personne innocente sur laquelle retombent toujours les torts et les responsabilités. Son origine est religieuse. Le nom vient du latin caper emissarius qui signifie ‘ le bouc envoyé ‘. Il s’agissait autrefois d’un rite expiatoire annuel au cours duquel le grand prêtre d’Israël désignait deux boucs dont l’un était sacrifié à Dieu et l’autre était envoyé, chassé dans le désert vers le démon sauvage Azazel dont le nom signifie ‘ dieu-bouc ‘. Voir description dans le chapitre 16 du Lévitique pour plus d’informations. Le bouc était censé envoyer toutes les fautes des Israélites dans le désert après qu’elles lui soient portées sur la tête par Aaron. Le sacrifice de substitution était ainsi pratiqué.

Battre la chamade

Vous connaissez l’expression ‘ avoir le cœur qui bat la chamade ’. Mais qu’est-ce que la chamade ? C’était autrefois, dans les armées, un roulement de tambour (ou une sonnerie de trompette selon les cas) destiné à signifier à l’ennemi que l’on souhaitait faire une trêve pour s’entretenir et négocier avec eux par exemple, ou que l’on se rendait tout simplement. D’ailleurs, vu le bruit et la confusion sur les champs de bataille, ce signal n’était pas toujours bien identifié par les ennemis et occasionna de nombreuses victimes. C’est pour cela qu’il y fut rajouté le drapeau blanc, quant à lui bien visible, et devenu signe international de trêve. De là le rapport avec le cœur qui capitule quand il bat la chamade, en raison d’une vive émotion ou d’une peur qui rappelle le sentiment des soldats avançant vers l’ennemi en ‘ battant la chamade ‘ !

Coup de Jarnac

Un coup de Jarnac est, comme un coup de Trafalgar (voir article à ce propos), un coup violent, imprévu, habile et déloyal. A l’origine, il s’agit d’un coup d’escrime (coup à l’arrière du genou) que Guy Chabot de Jarnac (seigneur de Jarnac) rendit célèbre en le portant au cours d’un duel le 10 juillet 1547 contre François de Vivonne (seigneur de la Châtaigneraie) pour une affaire de querelles entre les maîtresses royales Diane de Poitiers (duchesse de Valentinois) et Anne de Pisseleu (duchesse d’Etampes). Ce coup est synonyme de coup en traître.

Coup de Trafalgar

Un ‘ coup de Trafalgar ‘ survient par définition de manière inattendue, c’est une mauvaise plaisanterie, un coup bas et  imprévu aux conséquences désastreuses (voir aussi  » Coup de Jarnac  » et article associé). Mais pourquoi Trafalgar ? L’origine remonte à 1805, plus précisément le 21 octobre. L’amiral Nelson, à la tête de sa flotte anglaise, décida d’attaquer les flottes française (de Napoléon 1er) et espagnole par surprise, détruisant 33 navires avec seulement 27 bateaux. Les navires français et espagnols étaient commandés par l’amiral de Villeneuve et le duc de Gravina. Cette célèbre bataille navale eut lieu bien sûr face au cap de… Trafalgar (nord-ouest du détroit de Gibraltar), alors que les navires étaient sortis du port de Cadix pour rejoindre Toulon ! À l’origine, Napoléon voulait envahir l’Angleterre. L’amiral Nelson trouva d’ailleurs la mort à cette occasion, tout comme 400 de ses marins malgré cette victoire anglaise.

Locutions invariables

Certaines locutions sont invariables, soit au singulier, soit au pluriel : de tout temps, à tout hasard, à tout prix, en toute hâte, à toute heure, de toute façon, à tous égards, en toutes lettres, de toutes pièces, toutes choses égales, de toutes parts, en tout cas.

De même sont invariables les expressions formées avec : butoir, cible, culte et phare. Des dates butoir, des publics cible, des phrases culte, des produits phare.

Un choix cornélien

Faire un choix cornélien, c’est faire un choix difficile. Mais pourquoi ‘ cornélien ‘ ? C’est en référence à Pierre Corneille (dramaturge du XVIIe siècle) qui dans ses célèbres tragédies imposait à ses héros de faire des choix délicats entre deux choses (et pas trois ! Deux seulement !), du style honneur et amour dans le Cid, poire et fromage dans Polyeucte, ou plus difficile encore entre clémence et vengeance dans Cinna. Le caractère systématiquement ’ tragique ‘ du choix est à noter. Quelle que soit la solution choisie, celle qui est mise de côté crée un manque ou des conséquences négatives (la solution choisie aussi d’ailleurs). Le choix est un choix inéluctable, on ne peut pas retenir les deux solutions, il faut trancher. Il n’existe aucune troisième possibilité non plus. Ce choix nous est imposé, en d’autres termes, nous ne choisissons pas d’avoir à faire un choix. Entre la peste et le choléra, les sentiments ou la raison, le choix est bien difficile !

Il pleut averse ou il pleut à verse ?

On écrit ‘ une averse ‘ (+ grosse pluie), et il est fort tentant d’écrire ‘ il pleut averse ‘ par confusion avec le mot ‘ averse ‘. C’est une erreur ! On écrit : ‘ il pleut à verse ‘ (en 2 mots) pour signifier qu’il pleut abondamment. L’ancienne locution était : ‘ il pleut à la verse ‘ (du verbe ‘ verser ‘).

Cracher au bassinet

L’expression française ‘ cracher au bassinet ‘ est particulièrement imagée ! On pourrait dire qu’elle parle d’elle-même. Elle signifie payer à contrecœur. Son apparition sous cette forme date du XIXème siècle. Le bassinet était autrefois un petit bassin qui servait à recevoir les aumônes lors des cérémonies religieuses, en d’autres termes, le panier qui servait à la quête. La première expression était d’ailleurs ‘ cracher au bassin ‘ au XVIe siècle. Les gens n’étaient pas forcément joyeux à l’idée de devoir donner ainsi de l’argent de manière obligatoire. Ne pas le faire exposait à des remarques et reproches, et portait préjudice à la réputation ! Donc mieux valait payer, même à contrecœur ! L’utilisation du verbe ‘ cracher ‘ était en rapport avec la fréquence de maladies respiratoires existant autrefois. Les catarrheux avaient pour réputation d’avoir du mal à expulser leurs mucosités quand ils les crachaient… d’où le rapport avec le fait d’avoir du mal à donner son argent. Alain Rey (linguiste, lexicographe) évoque en revanche le sens figuré des verbes liés à l’expectoration, signifiant ‘ parler ‘ ou ‘ émettre ‘. La symbolique indique alors que ce qui sort du corps de l’homme est de l’or, d’où cracher = payer.

Donner sa langue au chat

Quand on nous pose une devinette et que nous ne trouvons pas la réponse, nous ‘ donnons notre langue au chat ‘. Mais que vient donc faire le chat dans cette histoire ? En fait, il s’agissait même de chien autrefois (avant le XIXe siècle) ! Madame de Sévigné disait : ‘ jeter sa langue aux chiens ‘. Les chiens sont, dans la tradition populaire, les animaux auxquels on donne les restes. Ainsi, leur jeter notre langue signifie s’en débarrasser puisque de toute façon nous n’avons pas la réponse à la question posée. Elle ne sert symboliquement plus à rien… alors on la jette aux chiens. L’expression a évolué avec George Sand qui quant à elle, disait ‘ mettre quelque chose dans l’oreille du chat ‘. La signification est à peu près la même quant à l’absence de réponse à une question. Le chat est censé connaître des choses qu’il garde secrètes, vu qu’il ne sait pas parler. Le chat étant un animal de meilleure réputation que le chien (plus doux, côté secret, moins agressif, plein de sagesse), l’expression a finalement évolué en ‘ donner sa langue au chat ‘. En donnant sa langue au chat, on lui prête symboliquement la parole pour qu’il réponde à la question ou à la devinette à notre place… s’il la connaît, il en gardera cependant le secret…

Avoir un coeur d’artichaut

L’expression française ‘ avoir un cœur d’artichaut ’ est issue d’un proverbe : ‘ cœur d’artichaut, une feuille pour tout le monde ‘. Elle fait référence aux nombreuses feuilles qui partent précisément du cœur de l’artichaut, et non pas au fait qu’il soit tendre ou non comme on pourrait le penser. Ces nombreuses feuilles symbolisent la multiplication du principe d’amour. De ce fait, celui qui a ‘ un cœur d’artichaut ‘ a la réputation de tomber facilement amoureux, donnant un peu d’amour à chacun(e)… et il y en a pour tout le monde !

Au demeurant

La locution ‘ au demeurant ‘ (avec ANT à la fin, et non pas ENT comme on le voit parfois écrit !), signifie ‘ au fond ‘, ‘ en somme ‘, ‘ au reste ‘. C’est ce qui subsiste, qui demeure. Exemple : ‘ Julien est têtu voire obstiné, mais c’est un bon garçon au demeurant. ‘

Treize à la douzaine

L’expression ‘ treize à la douzaine ‘ signifie ‘ en grande quantité ‘ mais provient d’une pratique commerciale bien réelle qui consiste à offrir un treizième produit pour l’achat de douze. C’est le cas notamment pour les huîtres où l’on considère qu’il existe un potentiel risque que l’une d’entre elles ne soit pas bonne (ce qui se voit vite en l’ouvrant), et dans ce cas les commerçants honnêtes en mettent une supplémentaire pour compenser. C’est aussi une pratique commerciale de fidélisation, tout simplement.

Tenir la chandelle

L’expression ‘ tenir la chandelle ‘ signifie se trouver seul en présence d’un couple qui se câline sans pour autant y participer, bref être de trop ! L’expression désigne également le fait d’être entremetteur dans le cadre d’une relation amoureuse. Mais pourquoi tenir une chandelle ? Quel rapport ? En fait, à l’époque où l’électricité n’existait pas encore, dans les milieux aisés, lorsque les époux désiraient avoir des relations intimes le soir, ils faisaient appel à l’un de leurs domestiques (de confiance) dont le rôle était de tenir un chandelier afin d’éclairer quelque peu la scène et y voir ainsi plus clair. Il était bien sûr censé tourner le dos !

Il fut également de coutume dans les milieux royaux et dans certaines cultures, lors de la nuit de noces, de faire appel de la même manière à un domestique dont le rôle était plus précisément d’aller vérifier à la chandelle, une fois les choses finies, s’il y avait du sang sur les draps et certifier ainsi que la mariée était bien vierge avant cette nuit. Notons par ailleurs que ce rôle était considéré comme un honneur, en tant que personne digne de confiance.

A l’aune de…

La locution ’ à l’aune de… ‘ vient de l’ancienne mesure de longueur appelée ‘ aune ‘, représentant environ 1.20 mètre et abolie en 1834, remplacée par les unités décimales ou anglo-saxonnes selon les pays. L’aune était essentiellement utilisée par les drapiers pour mesurer les étoffes. Le problème était que l’aune pouvait avoir une taille légèrement variable selon les endroits et les métiers, donc pas vraiment pratique à utiliser si l’on voulait être précis dans sa mesure. François 1er avait même tenté sans succès d’en généraliser une valeur unique, commune à la France entière. Cette locution est maintenant utilisée dans le cadre d’une comparaison, de la prise d’un élément pour mesure. Juger d’après des informations dont on dispose.

De but en blanc

L’expression ‘ de but en blanc ‘ est d’origine militaire, plus précisément elle appartient au vocabulaire d’artillerie du XVIIe siècle. Le mot ‘ but ‘ a remplacé le mot ‘ pointe ‘ qui désignait l’endroit où le soldat se trouvait pour viser au canon (et fut repris ensuite dans le cadre du jeu de boules : ‘ tu tires ou tu pointes ? ‘), et vient de ‘ butte ‘, de même signification que ‘ pointe ‘. Ce n’est donc pas une cible comme on serait tenté de l’imaginer, mais bien l’inverse, c’est l’endroit de base, d’où l’on tire, donc ne pas confondre avec ‘ tir au but ‘ ! La cible, puisqu’on en parle, est justement ce qui est appelé le ‘ blanc ‘ dans le cadre d’un tir à faible portée exclusivement. L’expression ‘ de but en blanc ‘ signifie ‘ sans détours, sans préambules, de manière directe ‘.

Attendre 107 ans…

‘ Bon, alors, tu te dépêches ? Parce que je n’ai pas l’intention de t’attendre 107 ans, on a un train à prendre ! ‘ En voilà une drôle d’expression ! Pourquoi 107 ans, et pas 108 ou 95… ? Le nombre est assez imposant parce qu’il désigne plus ou moins l’éternité, en tout cas une fort longue période. L’origine de ‘ 107 ‘ est généralement attribuée au temps qui aurait été mis pour construire la cathédrale Notre-Dame de Paris, sur plusieurs générations et paraissait être un chantier constant, qui semblait ne pas avoir de fin. Le début de la construction est connu, c’était en 1163, sur l’ordre de l’évèque de Paris Maurice de Sully. Cependant, rien n’est sûr concernant la date d’achèvement de cette cathédrale, estimée entre 1296 et 1345 selon les sources.

Sans coup férir

L’expression ‘ sans coup férir « ‘ signifie ‘ sans avoir à combattre ‘, ‘ sans résistance ‘. Férir vient du latin ferire qui veut dire ‘ frapper ‘.  Ce verbe était utilisé à l’époque médiévale dans le sens de ‘ frapper ‘, ceci en rapport avec les armes en fer des soldats. Férir = croiser le fer. Seul le participe passé de ce verbe existe encore (à part dans l’expression ‘ sans coup férir ‘) à savoir ‘ féru ‘ dans son acception figurée ‘ être passionné par ‘, et non au sens propre.

Faire fi de…

L’interjection ‘ faire fi de… ‘ exprime le dédain, l’absence de considération, le mépris. Exemple : ‘ Il prit son sac à dos et partit à l’aventure en faisant fi de toutes les recommandations de son entourage. ‘ = Il partit sans tenir compte des conseils de son entourage, sans y prêter attention.

Envers et contre tout – tous

L’expression peut s’écrire de deux façons, soit avec un T à  ‘ tout ‘, soit avec un S (tous). Envers et contre tout – ou – envers et contre tous. ‘ Envers ‘ fait référence, à l’origine (Xe siècle), à une direction ’ vers ‘, et ne s’oppose pas au mot ‘ endroit ‘ comme on pourrait l’imaginer au premier abord. Le sens évolua rapidement pour signifier ‘ vis-à-vis ‘ (qui veut dire ‘ de visage à visage ‘). Exemple : ‘ Il a des sentiments envers vous ‘ = Il a des sentiments vis-à-vis de vous, par rapport à vous, à votre égard. ‘ Envers ‘ désigne également le fait d’être contre. Exemple : ‘ Il a une forte rancune envers vous. ‘ = Il vous en veut beaucoup. Nous arrivons de ce fait à la signification de ‘ envers et contre tout/tous ‘ : en dépit de toute résistance, de toutes les oppositions possibles et imaginables. ‘ Tout ‘ désigne cette totalité. Pourquoi deux orthographes ? Parce que ‘ tout ‘ désigne plutôt des choses, tandis que ‘ tous ‘désigne plutôt des humains. On a donc le choix, selon le contexte de la phrase.

Droit de cité

Le ‘ droit de cité ‘ est ancien, son origine remonte à l’époque romaine à laquelle le principe de ‘ citoyenneté ‘ offrait un ensemble de droits signifiant la reconnaissance de cette même citoyenneté. On appelait cet ensemble ‘ droit de cité romaine ’ (jus civitas). Au départ, il concernait les ‘ hommes libres ‘ (par opposition aux esclaves) des tribus de Rome et de ses environs, puis s’est étendu à l’Italie et enfin à la totalité de l’Empire romain en l’an 212. Attention, il est courant de voir écrit cette locution de manière erronée, à savoir ‘ droit de citée ‘ ou ‘ droit de citer ‘. Le mot ‘ cité ‘ s’écrit comme une cité, mot habituellement écrit correctement.

Les calendes grecques

L’expression ‘ renvoyer aux calendes grecques ‘ signifie remettre à un moment qui n’arrivera jamais, mais pourquoi ? Tout simplement parce que les calendes grecques n’existent pas ! Les calendes (nom féminin pluriel, du latin calendae) étaient le premier jour du mois dans la civilisation romaine, c’était également le jour où les dettes devaient être payées. Quant à eux, les Grecs n’ont jamais eu de calendes, d’où ‘ promettre de payer aux calendes grecques ‘, signifiant qu’on n’a pas l’intention de payer !

Expression prendre le mors au dents

L’expression ‘ prendre le mors aux dents ‘ fait référence au mors (avec un S à la fin !), élément du harnais que l’on met à l’arrière de la mâchoire du cheval pour le guider et gérer son allure. On l’utilise pour parler d’une personne qui se met soudainement à travailler fort, avec beaucoup d’ardeur voire avec excès, alors que ce n’était pas forcément le cas auparavant. Elle signifie aussi ‘ se laisser aller à la colère ‘, en raison de l’excès d’énergie dépensée dans ce cas. Quand le cheval fait avancer le mors et qu’il le prend avec les dents, on ne peut plus le guider, le diriger, il s’emballe… d’où la comparaison à l’origine de l’expression.

Qu’est-ce que l’effet papillon ?

L’effet papillon, une expression connue mais pas toujours bien claire quant à sa signification. Alors c’est quoi ? Il s’agit en fait d’une métaphore (une image) faisant référence à un petit insecte non moins connu appelé le papillon… et à son battement d’ailes qui, logiquement, ne devrait pas avoir d’influence particulière sur le destin ni la marche du monde… qu’on s’en méfie ! Un simple battement d’ailes peut déclencher une tornade, ce qui signifie de manière imagée qu’une petite chose sans importance peut, dans certaines conditions, dans certains contextes, déclencher une catastrophe, avoir des conséquences énormes et changer le cours des événements. C’est le principe de la théorie du chaos par la théorie mathématique de sensibilité aux conditions initiales (Edward Lorenz). Par exemple, une faible erreur de paramètres dans le réglage d’un appareil peut avoir d’énormes conséquences au moment de son utilisation finale. Autre exemple : une petite erreur comportementale peut, selon le contexte dans lequel elle a lieu, entraîner des conséquences en chaîne voire même déclencher un engrenage à très grande échelle.

En mettre sa main au feu ou sa tête à couper

L’expression ‘ en mettre sa main au feu ‘ existe aussi sous les formes ‘ en mettre sa tête à couper ‘ ou ‘ en mettre sa main à couper ‘. Des sorts que personne n’envie… et pour cause ! L’expression désigne volontairement des choses que personne ne souhaiterait, pour désigner le fait d’être complètement sûr de soi en affirmant quelque chose, quitte à prendre le risque de se faire couper la main ou la tête, ou mettre sa main au feu si cela n’était pas vrai, ce qui évidemment est impossible puisque l’affirmation est vraie !… donc finalement aucun risque ! C’est une manière d’insister sur la véracité de ce qui est avancé. Exemple : ‘ Isabelle a senti un parfum de femme sur la chemise de son mari, elle est certaine qu’il la trompe, elle en mettrait sa main au feu. ‘

Etre terre à terre

L’expression ’ être terre à terre ‘ désigne les personnes très concrètes et réalistes, voire extrêmes à ce niveau dans le cas d’une utilisation péjorative de l’expression. Les personnes dites ‘ terre à terre ‘ ne se concentrent que sur des choses dont la réalité est bien définie et palpable, donc indifférentes à tout ce qui est spirituel, poétique, artistique etc. Rien que du concret !

La goutte d’eau qui fait déborder le vase

L’expression ‘ la goutte d’eau qui fait déborder le vase ‘ fait référence à la petite chose de trop, de nature insignifiante en soi dans un autre contexte mais qui là, fait basculer une situation. Cela arrive à la suite d’une accumulation de petits problèmes, et au bout d’un moment ‘ trop c’est trop ‘. Une goutte d’eau ne représente pas grand chose en soi, mais plein de gouttes d’eau, au bout d’un moment, finissent par faire déborder le vase… quand il est plein. L’image est très significative !

Se noyer dans un verre d’eau

L’expression ‘ se noyer dans un verre d’eau ‘ signifie être vite débordé, ne pas arriver à gérer des situations simples, ni savoir faire plusieurs choses en même temps. L’image du verre d’eau, donc dans lequel il n’y a pas de quoi se noyer vu le peu d’eau, est très parlante.

Faire feu de tout bois

L’expression ‘ faire feu de tout bois ‘ se dit aussi ‘ faire flèche de tout bois ‘ et existe depuis le XVIIe siècle. Elle signifie que l’on utilise tous les moyens de fortune pour obtenir quelque chose, en sachant profiter des moindres choses, ce qui revient à mettre tous les moyens en œuvre pour réussir. Autrefois, lorsque les chasseurs n’avaient plus de flèches, il n’hésitaient pas à fabriquer des flèches de fortune en taillant des petites branches trouvées dans la nature. Il faut se remettre dans l’époque où il n’y avait pas de magasin pour vendre de la viande, et si l’on voulait en manger, à moins d’être agriculteur et d’avoir des bêtes, la seule solution était de chasser le gibier… par tous les moyens possibles ! Le problème était le même pour le bois de chauffage, quand il n’y en avait plus, le mieux était d’utiliser ce qu’on trouvait à disposition, même du mauvais bois. Maintenant, l’expression concerne surtout le fait de trouver tous les moyens pour faire du profit… souvent dans le domaine financier, des affaires !

Fourbir ses armes – expression

L’expression ‘ fourbir ses armes ‘ signifie se préparer à la guerre, à combattre, à affronter quelque chose. Le verbe ‘ fourbir ‘ vient du francique fürbjan qui signifie ‘ nettoyer ‘. À l’origine, les soldats nettoyaient leurs armes, les faisaient briller avant de partir au combat.

Tout un chacun ou tout à chacun ?

La bonne réponse est ‘ tout un chacun ‘, et non pas ‘ tout à chacun ‘ comme on le voit souvent écrit. Le pronom défini ’ chacun ‘ signifie ‘ chaque un ‘ et désigne une personne prise individuellement au sein d’un ensemble. Dans cette locution, ‘ tout ‘ désigne non pas la multiplicité mais l’entièreté au sens d’intégralité. ‘ Tout un chacun ‘ désigne donc de ce fait une personne quelconque, quelle qu’elle soit, n’importe qui. Faire quelque chose comme tout un chacun, à savoir comme tout le monde dans le sens ‘ comme chacun le ferait ‘.

Avoir les dents longues

L’expression ‘ avoir les dents longues ‘ signifie être ambitieux au point d’être capable de tout pour obtenir ce qu’on veut, y compris faire éventuellement du mal, du tort à d’autres personnes pour son propre profit. Le rapport est vite établi avec les ‘ dents ‘ dont le rôle est de mordre. Notion d’agressivité. Cependant, l’expression a évolué car autrefois, à l’époque où sévissaient régulièrement les disettes et famines, elle signifiait ‘ avoir très faim ‘. Image des dents qui poussent pour rechercher de la nourriture.

A la queue leu leu…

L’expression française à la queue leu leu signifie ‘ se trouver les uns derrière les autres, en file indienne ‘. Le mot leu signifiait autrefois loup. La queue d’un loup ! Les loups se déplaçant par meutes et souvent les uns derrière les autres… l’origine de l’expression est vite déduite. À notre époque, le loup n’est plus présent comme autrefois où il hantait l’imaginaire des gens et les terrorisait rien que d’en parler, mais l’expression est restée. Donc à la queue leu leu est une comparaison avec le mode de déplacement des loups.

Origine du mot panurgisme et des moutons de Panurge

Le nom masculin ‘ panurgisme ‘ vient du personnage de Rabelais appelé Panurge.  Dans l’histoire, celui-ci est le fils de Gargantua et le compagnon de Pantagruel. Un jour, Panurge eut en mer une dispute avec le marchand Dindenault alors qu’il se rendait au pays des Lanternes, et se vengea en lui achetant l’un de ses moutons qu’il jeta ensuite à la mer. Les autres moutons, alertés par les bêlements du mouton qui se noyait, le suivirent tous ainsi que le marchand qui se noya également en s’accrochant au dernier mouton pour essayer de l’empêcher de basculer. De là l’expression ‘ moutons de Panurge ‘ pour désigner les gens qui suivent (physiquement mais surtout en pensée) les autres bêtement sans réfléchir, de même que les effets de foule, de masse, de groupe sans réflexion personnelle. Le panurgisme est donc un mot très péjoratif qui désigne un comportement passif, conformiste, en référence aux moutons de Panurge qui ont suivi bêtement leur camarade lancé dans la mer.

Expression : des querelles intestines

L’expression ‘ des querelles intestines ‘ désigne des profonds désaccords, des bagarres à l’intérieur d’un groupe, d’une famille, d’un clan. Mais quel rapport avec les intestins (les boyaux) ? Aucun, enfin pas vraiment ! L’origine se trouve dans l’étymologie du mot ‘ intestin ‘ qui au XIVe siècle est venu du latin intestinus qui signifie ‘ intérieur ‘. Le mot intestin dans le sens ‘ boyau ‘ vient du latin intestinum, qui signifie ‘ viscère ‘.  L’expression ‘ des querelles intestines ‘ est donc liée à la notion d’intérieur, et non de boyaux (pour information, le mot boyau vient lui-même du latin botellus qui signifie… saucisse). Des querelles à l’intérieur d’un groupe, et non pas dans les boyaux des gens !

Grand duc ou grand-duc ?

Les mots ‘ grand duc ‘ (sans trait d’union) et ‘ grand-duc ‘ (avec un trait d’union) existent et sont souvent confondus, mais n’ont pas la même signification !

Le grand duc (pluriel : des grands ducs) est un rapace nocturne. C’est un grand hibou de 70 cm de haut, espèce protégée et vivant en Europe occidentale. Le duc est un hibou dont on trouve trois espèces : le petit duc mesure 20 cm et vit plutôt dans les régions méditerranéennes, le moyen duc mesure 35 cm et vit dans l’hémisphère Nord tempéré, et enfin le grand duc.

Le grand-duc est le souverain d’un grand-duché mais également un prince du sang dans la Russie tsariste. Pluriel : des grands-ducs. Expression associée : ‘ faire la tournée des grands-ducs ‘ qui signifie à présent faire la tournée des restaurants et cabarets luxueux, en référence aux grands-ducs russes, qui au XIXe siècle jusqu’au début du XXe, avaient l’habitude de fréquenter les cabarets et autres ‘ endroits de plaisir ‘ de Montmartre quand ils venaient à Paris, y menant la ‘ grande vie ‘.

Qu’est-ce que la quadrature du cercle ?

La quadrature du cercle désigne par principe un problème insoluble. Mais pourquoi ? Il faut remonter à l’époque de l’Antiquité où il existait trois grands problèmes à résoudre, dont il fait partie. Les deux autres sont la trisection de l’angle et la duplication du cube. En quoi consiste donc le problème de la quadrature du cercle ? Il s’agit de construire un carré (d’où quadrature) de même aire qu’un cercle donné en se servant juste d’une règle et d’un compas. Autant dire que c’est impossible ! De là l’expression ‘ chercher la quadrature du cercle ‘ en désignant le fait de tenter de résoudre un problème complètement insoluble.

Expression française en grande pompe

L’expression ‘ en grande pompe ‘ signifie dans le luxe, avec solennité. Son origine est très ancienne et nous ramène au XIIe siècle, où le mot ‘ pompe ‘ désignait une fête luxueuse. Mais pourquoi un tel nom ? La réponse se trouve dans son étymologie, du latin pompa, signifiant littéralement ‘ cortège pompeux ‘, issu du grec pompê =  ‘ pompes funèbres ‘. Pas très gai ! Mais les enterrements dignes de ce nom étant réservés autrefois aux gens riches, on peut comprendre mieux cette origine.

Sans dessus dessous – ou – sens dessus dessous ?

L’erreur courante consiste à écrire sans dessus dessous pour exprimer ce qui est mal rangé, comme s’il n’y avait ni dessus ni dessous, sans aucun dessus, sans aucun dessous. En réalité, cette locution dont la bonne orthographe est SENS dessus dessous signifie que ce qui se trouve dessus peut se trouver dessous et inversement. Il s’agit de sens et non pas d’absence de quoi que ce soit, qui impliquerait la notion de négation. Pour la raison expliquée ci-dessus, on écrit sens, dans quel sens se trouvent les affaires, elles sont sens dessus dessous. Petite précision phonétique qui explique aussi l’erreur courante, on ne prononce pas le S à la fin de sens alors qu’habituellement on le prononce, comme par exemple dans sens interdit. Exemple : Range donc ta chambre, tes affaires sont sens dessus dessous !

Avoir voix ou droit au chapitre ?

Beaucoup de gens disent ‘ avoir droit au chapitre ‘… mais c’est une erreur ! La bonne expression est ‘ avoir voix au chapitre ‘. Cela signifie que l’on a le droit effectivement de quelque chose… mais quoi ? Le droit d’avoir la voix… au chapitre, c’est-à-dire d’exprimer son opinion dans une assemblée, de participer à une délibération et de pouvoir se mêler légalement de l’affaire en question.

Expression faire un pataquès

Faire un pataquès, ou tout un pataquès, signifie faire des histoires pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine, mais également faire une grosse faute de langage. Le mot ‘ pataquès ‘ vient de la mauvaise liaison pas-t-à-qu’est-ce, du Théâtre de la Reine en 1784.

Expression : c’est la Bérézina

Une expression bien connue : C’est la Bérézina ! … sa signification est en général connue, mais son origine un peu moins, enfin pas pour tout le monde. Tout d’abord, elle signifie que c’est la catastrophe, la défaite, la déroute, et fait donc référence à une situation fort désagréable. Mais pourquoi un tel nom ? Cela date de l’Empereur Napoléon 1er, lors de la campagne de Russie. En 1812, il entreprend d’envahir la Russie avec ses troupes… mais n’a pas prévu qu’il y ferait si froid d’une part, et d’autre part,  que les Russes n’ont pas vraiment l’intention de se laisser faire ! Les Russes appliquent la politique dite de la terre brûlée, Moscou est incendiée (ville construite en bois, donc très facile), ce qui empêche les hommes et leurs animaux de se ravitailler, sous un froid peu habituel pour les Français. Napoléon, sentant la catastrophe, tente de négocier avec le Tsar Alexandre 1er mais sans succès. Il doit faire reculer ses troupes affamées et transies. C’est alors qu’ils arrivent à la fameuse Bérézina, qui est une large rivière de Biélorussie, en plein mois de novembre. Impossible de traverser à la nage vu le froid, l’eau est gelée en partie. Le Général d’Eblé fait alors réaliser deux ponts (ce qui prend du temps et la vie de beaucoup d’hommes déjà) pour traverser la Bérézina, et ne seront finalement que 40 000 à atteindre l’autre rive… alors qu’ils étaient 70 000 au départ ! Pour couronner le tout, une fois la majorité des soldats passés, ils détruisent le pont pour empêcher l’ennemi de le franchir… laissant sur l’autre bord de nombreux autres soldats de l’armée napoléonienne arrivés après les autres, épuisés… Inutile de préciser ce qu’il en advint !

Expression : un homme de paille

L’expression ‘ un homme de paille ‘ est très péjorative. La paille, en effet, a peu de valeur comparativement au grain. La paille est le rebut. Exemple d’une autre expression liée : ‘ se retrouver sur la paille ‘ = ne plus rien posséder. Un homme de paille est donc un prête-nom qui agit à la place d’une autre personne, cela évite ainsi à ce dernier d’agir en son nom propre, dans une affaire douteuse bien entendu ! L’homme de paille était autrefois un mannequin (sorte de pantin en paille), utilisé pour les entraînements aux combats, cela évitait de blesser quelqu’un.

Expression : ne pas avoir élevé les cochons ensemble

L’expression française : ‘ ne pas avoir élevé les cochons ensemble ‘ se dit aussi ‘ ne pas avoir gardé les cochons ensemble ‘, les vaches ou toutes sortes d’animaux peu attirants, dont la relative saleté est légendaire. Elle provient du temps où les classes sociales étaient très différenciées, et surtout prenaient bien soin de ne pas se mélanger ! Ceux qui s’occupaient des animaux de ferme étaient autrefois dévalorisés par les bourgeois et les nobles, occupés quant à eux à des activités ‘ moins salissantes ‘. Aussi, lorsqu’une personne de ‘ classe inférieure ‘ se permettait une familiarité, la personne de ‘ classe supérieure ‘ lui rétorquait qu’ils n’avaient pas gardé les cochons ensemble, pour lui faire comprendre son indélicatesse. L’expression est maintenant valable pour tout le monde, dépourvue de cette connotation sociale très péjorative. Elle est utilisée simplement pour faire comprendre à quelqu’un qu’il est un peu trop familier à notre goût, sans aucun rapport réel avec les cochons !

Expression : un secret de polichinelle

L’expression ’ un secret de polichinelle ‘ est un secret que tout le monde connaît, c’est donc un faux secret. Elle fait référence à un personnage particulièrement doué pour parler à tort et à travers et ne pas savoir tenir sa langue, la fameuse marionnette en bois bossue et au nez crochu Polichinelle, venue de Pulcinella (qui signifie ‘ bec de poulet ‘), de la Commedia dell’arte (théâtre populaire italien), mais bien connue dans le théâtre de Guignol.

Ombragé et ombré – faire ombrage

Les mots ombragé et ombré existent bien, mais ne s’utilisent pas de la même manière. Ombragé se rapporte à un endroit pourvu d’ombre, qui se trouve sous les feuilles et branches d’un arbre, cachant la lumière du soleil. L’expression ‘ faire ombrage à quelqu’un ’ (faire de l’ombre) vient de là, signifiant prendre trop d’importance par rapport à lui. Ombré quant à lui est plutôt un terme de dessin, de peinture. Un tableau ombré est un tableau sur lequel le peintre a mis des ombres. Le terme est utilisé également en matière de maquillage (ombre à paupières ==> des paupières ombrées).

Faire bonne chère ou faire bonne chair ?

La bonne expression est ‘ faire bonne chère ‘, et non ‘ faire bonne chair ‘. Le mot ‘ chère ‘ vient du latin cara, qui signifie visage, et de l’ancien français chière tiré du latin (même signification). Le sens ancien de l’expression signifiait ‘ faire bonne figure ‘, ‘ être aimable ‘ mais depuis le XVIIe siècle, elle signifie bien manger, voire faire ripaille, se goinfrer ! Mais quel rapport entre les deux significations ? C’est simple : faire bonne figure supposait savoir bien recevoir ses invités, bien les accueillir… ce qui laissait présager un repas agréable et bien fourni, une table bien servie dans une ambiance joviale.
Aimer la bonne chère ‘, c’est aimer les bonnes choses (pas seulement du point de vue nourriture d’ailleurs !). L’expression s’oppose à ‘ faire maigre chère ‘, qui signifie faire un mauvais repas.

Expression française : être pauvre comme Job

Assez courant à notre époque de crise économique : être pauvre comme Job ! Mais d’où cette expression peut-elle bien provenir ? Il faut remonter très loin pour le savoir, notamment à l’époque de l’Ancien Testament (vous voyez, c’est vraiment très ancien !). Job est un personnage cité dans l’Ancien Testament (Livre de Job). Selon l’histoire, très riche et pieux, Job reçut un jour des épreuves de la part de Satan dont le but était d’éprouver sa foi. Il lui infligea toutes sortes de catastrophes et Job, après avoir tout perdu, décida sans problème de continuer à vivre démuni. De riche, Job était donc passé pauvre. Mais Yahvé (Dieu) lui redonna ensuite sa fortune et sa santé vu que l’épreuve était réussie. L’expression ‘ pauvre comme Job ‘ apparut ensuite au XIVe siècle, en rapport avec cette histoire.

Expression française : un chèque en bois

Faire un chèque en bois ‘, c’est faire un chèque sans provision (payer avec de l’argent qu’on n’a pas). Mais pourquoi en bois ? Cela remonte assez loin ! Au XIIIe siècle, il existait la locution ‘ de bois ‘, et au XIVe siècle la locution ‘ en bois ‘. Elles désignaient toutes deux des choses fausses, en rapport avec les jambes de bois très courantes à l’époque ! Le chèque en bois est donc un faux moyen de paiement, puisque la personne qui le reçoit ne touchera jamais l’argent.

Au temps pour moi ou autant pour moi ?

Il faut écrire ‘ au temps pour moi ‘ et non ‘ autant pour moi ‘, erreur courante ! L’expression serait d’origine militaire. Pour commander la reprise d’un mouvement depuis le départ, on y dit ‘ au temps ! ‘. Le sens figuré a remplacé le sens propre dans le langage courant. Quand on admet une erreur par exemple, on dit ‘ au temps pour moi, je me suis trompé ‘, à savoir que l’on revient sur un évènement passé, que l’on va de ce fait reconsidérer d’autre manière.

Expression française : l’habit ne fait pas le moine

Le proverbe ’ l’habit ne fait pas le moine ‘ signifie qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Mais pourquoi le moine ? La légende dit qu’en 1297, François Grimaldi se serait emparé de la forteresse monégasque en trompant l’ennemi. Ainsi, avec ses compagnons d’armes, ils se seraient déguisés en moines franciscains pour inspirer confiance. D’un point de vue plus pratique, les moines étaient réputés autrefois pour respecter rarement les préceptes qu’ils étaient censés suivre, puisqu’il leur était courant de voler, se battre, ripailler, tuer et s’intéresser de très près aux dames… Il existe également une expression latine (Plutarque) dont pourrait être issu ce proverbe :’ barba non facit philosophum ‘ = la barbe ne fait pas le philosophe. Voici une autre expression du même type : ‘ si derrière toute barbe il y avait de la sagesse, les chèvres seraient toutes prophètes ‘. On dit aussi : ‘ l’habit ne fait pas le moine mais il aide à rentrer au monastère ‘.

Expression : au grand dam (de quelqu’un) n’a rien à voir avec les dames !

L’expression ‘ au grand dam ’ (de quelqu’un) signifie au grand détriment, désavantage. Le mot ‘ dam ‘ n’a rien à voir avec les dames ! Apparu en 842, il vient du latin damnum utilisé à l’époque dans le domaine juridique pour signifier ‘ dommage ‘. Le mot a évolué vers ‘ damage ‘ au XIe siècle puis ‘ domage ‘ au XIIe siècle (avec un seul M). Le mot ‘ dommage ‘ est resté dès le XVIe siècle (avec deux M), et ‘ dam ’ n’est plus utilisé depuis que dans cette expression ‘ au grand dam ’. En revanche, les ‘ dommages et intérêts ‘ existent toujours !

Expression : se taper la cloche

L’expression ‘ se taper la cloche ’ signifie faire un bon repas, bien manger. En fait, la cloche, en argot, signifie notamment la tête, entre autres. En 1900, on disait ‘ se taper la tête ‘ pour dire qu’on avait bien mangé. La cloche en tant que tête faisait référence à l’enivrement… donc à la limite, bien boire plus que bien manger… mais les deux allant souvent ensemble, le rapport est vite fait ! En effet, au XIXe siècle, les expressions ‘ se taper quelque chose ‘ ou ‘ s’en taper ‘ signifiaient boire beaucoup. La signification a bien sûr évolué. Quand maintenant on dit ‘ je m’en tape ‘, cela ne veut plus dire du tout la même chose…^^

Expression : avoir un chat dans la gorge

Avoir un chat dans la gorge signifie être enroué. Mais quel rapport cela peut-il avoir avec un chat ? Cette métaphore viendrait de la confusion entre ‘ matou ‘ (chat) et ‘ maton ‘, qui désignait du lait caillé, des grumeaux de lait… qui pouvaient boucher la gorge s’ils étaient mal avalés !

Expression : payer en monnaie de singe

Payer en monnaie de singe signifie ne pas payer du tout. Mais pourquoi de singe ? L’histoire est très ancienne et date de Saint-Louis, au XIIIe siècle. À l’époque à Paris, il fallait payer une taxe, un péage pour avoir le droit de passer sur le Petit-Pont entre l’Île de la Cité et la rue Saint-Jacques. Or, Saint-Louis décida d’exonérer une partie de la population de cette taxe, à savoir les forains, bateleurs et jongleurs… mais à une condition ! Ceux qui possédaient des singes devaient, en échange, leur faire exécuter un numéro, très apprécié des gardiens de ponts amateurs de grimaces. L’usage s’est perpétué, signifiant ne pas payer, en utilisant des subterfuges qui rappellent les simagrées des singes. N’essayez quand même pas, en guise de paiement, de montrer votre chien savant au péage de l’autoroute quand vous partirez en vacances, ça ne marchera pas !

Expression : entre la poire et le fromage

Entre la poire et le fromage ’ signifie à un moment perdu, entre deux activités. Mais que viennent y faire la poire et le fromage ? En fait, au XVIIe siècle, on mangeait les fruits avant le fromage, eh oui ! Comme quoi toute habitude peut changer, rien n’est jamais acquis tant que le monde est en mouvement ! Les fruits les plus courants étaient les pommes et les poires. Lors des grands repas (très longs cela va de soi), les gens étaient un peu repus et détendus après avoir mangé les fruits. Du coup, c’était l’occasion idéale de converser un moment avant d’attaquer le fromage… d’où l’expression’ entre la poire et le fromage ‘, qui s’est ensuite généralisée pour désigner un moment de détente entre deux événements, entre deux activités.

Expression : un froid de canard

Quand on dit qu’il fait un froid de canard, c’est qu’il fait un froid très vif. Mais pourquoi de canard ? En fait, l’origine de l’expression est liée à la chasse… au canard ! Cette chasse a lieu en automne et en hiver, donc aux saisons froides ! Et le canard n’ayant pas pour habitude d’aller se présenter spontanément devant le chasseur, celui-ci doit attendre souvent très longtemps avant que le gibier soit en vue, immobile et aux aguêts… de quoi attraper froid !

Expression : mettre à l’index, non il ne s’agit pas du doigt !

Mettre quelqu’un à l’index, c’est l’exclure. Mais pourquoi l’index ? En fait, il ne s’agit pas du doigt comme on pourrait le penser ! L’histoire est ancienne et remonte au Concile de Trente, en 1563, lorsque le Saint Siège décida d’interdire la lecture de certains livres jugés hérétiques, obscènes ou parlant de sorcellerie. Ces livres furent donc soigneusement répertoriés dans un catalogue appelé… index ! Il fut décidé que les auteurs de ces ouvrages devaient être fuis, mis à l’écart, en menaçant de ne pas obtenir le ‘ salut de l’âme ‘ pour ceux qui n’obéissaient pas à cet ordre. De quoi faire peur, à l’époque ! Menace suprême ! Plus tard, au XIXe siècle, les ouvriers reprirent cette expression à leur compte en mettant à l’index les patrons qui ne respectaient pas bien les conventions salariales. Concrètement, comment faisaient-ils ? Ils refusaient tout simplement de travailler pour eux. Les patrons ‘ mis à l’index ‘ n’ayant plus d’ouvriers, ne pouvaient plus produire, et finissaient donc par céder au bout d’un moment. En d’autres termes, il s’agissait de boycottage, eh oui !

Expression française : une fine mouche

Une fine mouche est une personne astucieuse, maline. Mais pourquoi une mouche ? Au XIVe siècle, le mot ‘ mouche ‘ (terme argotique) était utilisé pour désigner les menteurs, les espions. Or, la mouche est un insecte assez insaisissable par nature, il peut tout observer sans être vu grâce aux multiples facettes de ses yeux, il est discret et vif en même temps. L’expression ‘ une fine mouche ‘ est apparue réellement à la fin du XVe siècle, en rapport avec le terme ‘ mouche ‘ désignant les gens malins. De ce mot est venu le mot ‘ mouchard ‘ (fin XVIe siècle). D’un point de vue étymologique, le mot mouche vient du latin musca, qui signifie espion.

Expression : rentrer bredouille

L’expression ‘ rentrer bredouille ‘ signifie rentrer sans gibier, sans rien, ne pas obtenir ce que l’on désire. Son origine remonte à un jeu de dés qui fut très populaire du XIIe au XIXe siècle (donc plusieurs centaines d’années quand même !), le trictrac. Ce jeu se jouait à deux personnes, il fallait gagner 12 trous. Chaque joueur avait 2 dés et un cornet pour les lancer sur un tablier comportant 2 fois 6 cases (trous). Quand l’un des joueurs gagnait tous les trous, on disait qu’il ‘ jouait bredouille ‘. En revanche, ‘ être mis en bredouille ‘ signifiait que l’on avait perdu. L’expression fut utilisée ensuite pour les femmes qui rentraient du bal sans avoir été invitées à danser, puis appliquée à la chasse pour dire que le chasseur rentrait sans gibier. À l’époque actuelle, l’expression désigne le fait de ne pas avoir obtenu ce que l’on veut, ce que l’on cherche.

Expression : les Anglais ont débarqué

Quand une femme dit que ‘ les Anglais ont débarqué ‘, c’est une manière imagée de dire qu’elle a ses règles. Mais pourquoi les Anglais ? L’expression est apparue au début du XIXe siècle avec les guerres napoléoniennes qui opposèrent les Anglais et les Français. L’uniforme des soldats anglais était rouge ! Or, quand ils débarquaient sur les côtes françaises, en très grand nombre, cela faisait penser à un flot de sang. Cependant, dans le même ordre d’idée liée à la couleur rouge, il existait auparavant (XVIIe siècle) une autre expression pour signifier la même chose : ‘ Recevoir un courrier de Rome ‘. La robe des cardinaux était… rouge !

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Expression : aller à vau-l’eau

L’expression ’ aller à vau-l’eau ‘ signifie péricliter, aller en se dégradant. Mais elle signifie également aller au fil de l’eau, descendre le long de l’eau, venant de ‘ avau ‘, variation de ‘ aval ‘ et ‘ eau ‘. Vau = vallée (exemple : ‘ par monts et par vaux ‘). Cette locution vient de l’ancien français ‘ aller à val d’eau ‘ (XIIe siècle). Plus tard, on dira  » à val de route  » qui deviendra ensuite  » en déroute  » (qui ne fonctionne pas correctement).

Expression : à cor et à cri

Deux orthographes existent : ‘ à cor et à cri ‘ (et au XVe siècle : ‘ à cry et à cor ‘), ou ‘ à corps et à cris ‘. Attention, ce dernier est une déformation du premier ! La signification est en fait : chasser à grand bruit, avec les cors (de chasse) et les chiens (qui crient). Elle est utilisée en chasse à courre (vénerie). La signification actuelle est : bruyamment, à grand bruit.

Expression : faire la navette

L’expression ‘ faire la navette ‘ est apparue au XVIIIe siècle, en rapport avec l’outil que les tisserands utilisent pour faire l’aller-retour sur le métier à tisser, appelé ‘ navette ‘. Le mot est apparu quant à lui au XIIIe siècle. Il signifie ‘ vaisseau ‘, diminutif de nave ou nef (navire). Pourquoi ce nom ? À cause de sa forme qui rappelle celle d’une petite barque. Faire la navette, c’est faire des allers-retours réguliers d’un endroit à un autre.

Expression : avoir la berlue

Avoir la berlue signifie voir des choses qui ne se trouvent pas devant les yeux. Le mot vient de l’occitan beluga qui signifie être ébloui mais est aussi à l’origine de bluette (belluette). Une personne qui a la berlue croit voir des choses non existantes, des hallucinations, mais également des points noirs, des mouches (problème de vue). Le mot berlue est apparu au XIIIe siècle, sous la forme bellue. Belluer signifiait, à l’époque, éblouir.

Expression : tenir la dragée haute

L’expression ‘ tenir la dragée haute à quelqu’un ‘ date du XVIIIe siècle et signifie lui tenir tête, lui résister, ne pas le laisser nous dominer, mais surtout bien lui faire sentir notre pouvoir sur lui. Le faire attendre longtemps et lui donner moins que ce qui serait espéré. Il y a plusieurs explications : 1- Un jeu consistait autrefois à tenir une friandise au bout d’un fil, que les enfants devaient attraper. Celui qui tenait le fil avait quelque part le pouvoir de favoriser ou défavoriser un enfant par ce jeu, selon sa volonté, donc de ‘ tenir les ficelles ‘, d’avoir un certain pouvoir ! 2 - Il existait autrefois une friandise pour chevaux, appelée ‘ dragie ‘ (botte de fourrage vert constitué de froment, avoine, vesce et sarrasin), qui leur était donnée dans le cadre de leur dressage en petite quantité, placée habituellement tout en haut du râtelier, hors de portée. Le but était d’apprendre aux chevaux à maîtriser leur ‘ gloutonnerie ‘.

Expression : le goudron et les plumes

L’expression ‘ le goudron et les plumes ‘ est utilisée pour humilier une personne. À l’origine, il s’agissait d’un châtiment corporel, apparu à l’époque des Croisades. On le trouve officiellement la première fois sous Richard 1er d’Angleterre en 1191. Il s’agissait de déshabiller la victime, de l’enduire de goudron chaud puis de plumes de volailles, et ensuite de la promener à travers la ville aux yeux de tous pour l’humilier. La punition a été utilisée plus tard en Amérique, exportée par les conquérants et y fut utilisée jusqu’au XXe siècle, notamment pour humilier les afro-américains sans raison autre que celle visant à les rabaisser aux yeux des blancs. Les Européens l’ont utilisée également dans les colonies. Après la Deuxième Guerre mondiale, suite à la Libération, des collaborateurs des Allemands (appelés aussi ‘ collabos ‘) subirent ce châtiment, surtout des femmes soupçonnées d’avoir eu des rapports intimes avec des soldats allemands pendant la guerre. Il n’est pas exclu que la pratique existe toujours mais de manière moins visible, dernier cas connu en 2007 près de Belfast, la victime étant suspectée de trafic de drogue. Par ailleurs, dans la bande dessinée de Lucky Luke, on remarque que les Dalton sont habitués, comme tous les tricheurs professionnels, à subir ce supplice.

Expression défrayer la chronique

Au XVIIe siècle, pour désigner l’art de faire rire et plus généralement amuser les convives, on utilisait l’expression ‘ défrayer la compagnie ‘. Le verbe défrayer y signifie ‘ payer la dépense ’. Au fur et à mesure, l’idée s’est étendue à ceux qui ne sont pas là physiquement pour amuser, mais dont les extravagances sont sources de discussions et ragots divers, même à leur insu : défrayer la conversation pour devenir ensuite défrayer la chronique, cette dernière désignant ‘ les nouvelles ‘. L’idée comme quoi quelqu’un ‘paye ‘ est donc toujours présente ! Occuper le centre de la conversation, faire parler de soi.

Origine de l’expression : avoir la chair de poule

L’expression vint d’abord d’un terme de médecine au XVIIe siècle, pour désigner la peau, les médecins utilisaient le mot ‘ chair ‘. Elle désigne le fait de frissonner de froid… ou d’effroi ! Les poils se hérissent de manière très significative, faisant penser à la peau de la volaille (la poule) une fois plumée.

Expression coincer la bulle

L’expression ‘ coincer la bulle ‘ signifie ne rien faire, attendre que les choses se passent, se reposer. Son origine est militaire. En effet, certains instruments de balistique (topographie) comportent un niveau dont la bulle doit être absolument immobilisée entre deux repères, et il faut attendre ensuite très longtemps avant de pouvoir s’en servir… donc se reposer en attendant ! De même pour certaines pièces d’artillerie lourde, à placer de manière impérativement horizontale, en s’aidant d’un niveau à bulle, de manière à assurer une position exacte. L’expression date du XXe siècle.

Origine du cordon bleu

Il y a le cordon bleu en tant que recette, mais également le cordon bleu en tant qu’excellent cuisinier.

Innocent Le cordon bleu de volaille pourrait venir du fait que pour réaliser la recette milanaise à base d’escalopes, les cuisiniers italiens attachaient les deux escalopes ensemble à l’aide de cordons de couleur bleue, puis les farcissaient d’ingrédients et les panaient. Mais cette explication n’est pas certifiée. Il est probable que la recette au grand succès ait été imaginée par un cuisinier cordon bleu, d’où le nom.

Innocent À l’origine, le cordon bleu constituait la plus haute distinction aristocratique sous l’Ancien Régime. C’était le symbole des chevaliers du Saint-Esprit (Henri III – 1578), ordre qui regroupait les principaux chefs catholiques à l’époque des guerres de religion, contre les protestants. Le cordon bleu, symbole aristocrate, fut aboli par la Révolution française qui le remplaça par la Légion d’honneur. Cependant, les aristocrates gourmets avaient l’habitude de se réunir pour des repas gastronomiques et cultiver ainsi l’art de bien boire et bien manger. D’où l’expression ‘ faire un repas de cordons bleus ‘. Le terme s’est ensuite déplacé vers les cuisiniers eux-mêmes, qui préparaient ces mets succulents.

Expression : un rhume carabiné

L’origine de l’expression avoir un rhume carabiné date du XVIe siècle et fait référence aux carabins, soldats de cavalerie légère qui possédaient des… carabines ! Mais quel rapport ? La violence et la soudaineté de l’apparition tout simplement ! Ces soldats avaient pour habitude de s’avancer jusqu’à la ligne de leurs ennemis et déchargeaient d’une seule traite leurs carabines dessus, puis repartaient vers leurs positions sans attendre de riposte. Effet de surprise garanti… et très efficace ! Le verbe carabiner vint de là, utilisé ensuite pour désigner des bourrasques de vent violent : un vent carabiné. Il fut ensuite utilisé pour désigner le rhume violent (qui peut arriver en toute saison sans prévenir) de par les accès de fièvre qui l’accompagnent, la soudaineté de son arrivée et ses désagréables symptômes.

Tirer à pile ou face – origines de l’expression

L’origine de cette expression ‘ tirer à pile ou face ‘ est très ancienne. Elle signifie qu’on laisse le hasard décider, selon de quel côté tombe la pièce lancée. Les Romains avaient pour habitude de décider ainsi du sort. Sur un côté des pièces antiques, était gravé le visage de Janus (dieu romain dont la tête possédait deux visages opposés, il était gardien des passages et des croisements, divinité de la transition, d’où plus tard Janvier, premier mois de l’année) et de l’autre côté le navire qui les avait amenées en Italie. L’Église remplaça ces images païennes par une croix à la place de Janus (avers), qui devint la face. L’autre côté devient la ‘ pila ‘ (revers), symbolisant en latin médiéval la marque du coin servant à frapper les monnaies. Il fut coutume alors de dire ‘ croix ou pile ‘. C’est après François 1er seulement qu’on remit un visage sur le côté face, et que l’expression devint ‘ pile ou face ‘.

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Bouillon de onze heures

Le ‘ bouillon de onze heures ‘ est destiné à empoisonner quelqu’un discrètement, l’expression ‘ donner le bouillon de onze heures ‘ est répandue depuis le XVIIe siècle mais existait déjà au XVIe siècle. Il s’agissait au départ d’une infusion somnifère (d’où l’heure tardive de l’expression) dans laquelle l’assassin versait une substance mortelle, ce qui en faisait autrefois ce que l’on appelle le crime parfait, ce n’est plus le cas maintenant en raison des progrès scientifiques qui permettent des analyses précises lors les enquêtes policières. Onze heures était associé à l’idée de dernière heure, minuit étant la première heure du jour suivant.

Tirer les rois – Epiphanie

Tirer les rois signifie manger la galette dans laquelle est placée une fève, le jour de l’Épiphanie début janvier, logiquement le 6 janvier (Dictionnaire de Trévoux – 1771 – p.793) mais fêté traditionnellement le deuxième dimanche suivant Noël. Cette fête chrétienne célèbre la visite des rois mages à l’enfant Jésus. Le mot Épiphanie vient du grec Epiphaniea qui signifie apparition, manifestation. Son utilisation est antérieure au Christianisme, puisque les Épiphanes étaient des divinités grecques qui apparaissaient aux hommes (Zeus, Hermès, Athéna, Poséidon, Aphrodite etc.). La fête de l’Épiphanie tire son origine dans les célébrations païennes de la Lumière, elle n’est donc pas que chrétienne. La galette, par sa forme ronde, y symbolise le soleil. Le Christ étant associé à la Lumière, la fête est devenue ensuite chrétienne. Dans la galette, est cachée une figurine et celui qui la trouve devient roi d’un jour. On trouve les premières traces de cette pratique dans les Saturnales de la Rome antique. Au temps des Romains, de cette manière, on tirait un roi éphémère au sort parmi les esclaves et les condamnés à mort, de manière à ce que symboliquement tout le monde soit sur le même rang d’égalité. Au Moyen Âge, la tradition évolua avec la fête des fous, lors de laquelle les classes sociales échangeaient leurs rôles (maîtres et domestiques), et où celui qui trouvait la fève (à l’époque, il s’agissait de vraies fèves) était nommé roi ce jour-là. La galette est coupée en autant de parts que de convives plus une part dans la tradition, destinée à être offerte au premier pauvre qui frapperait à la porte. Le saviez-vous ? La galette des rois de l’Élysée n’a pas de fève ! Pourquoi ? Parce que selon la tradition, un Président de la République ne doit pas être roi, même pour un jour, ni l’un de ses invités !

Sabler ou sabrer le champagne ?

Sabler le champagne ou sabrer le champagne ? Les deux existent… mais n’ont pas la même signification ! Beaucoup de gens les confondent d’ailleurs !

Sabler le champagne = le boire d’un seul coup, mais également en boire beaucoup lors de réjouissances. Il est comparé au métal en fusion que l’on coule dans le moule, opération appelée sablage (XVIIIe siècle). À l’origine, on mettait la bouteille de champagne dans du sable pour la rafraîchir. L’autre explication est qu’autrefois, la mousse étant irrégulière, on enduisait de sucre les parois du verre pour mieux faire mousser après les avoir humectées par l’haleine, ce qui leur donnait l’impression d’être sablées (aristocrates russes au XIXe siècle).

Sabrer le champagne = manière d’ouvrir la bouteille de champagne avec un sabre ou autre objet coupant, au lieu de faire sauter le bouchon. La lame du sabre doit longer le fil du muselet, puis buter rapidement, sèchement contre le rebord du col. Les régiments de cavalerie de nombreuses armées, et notamment les hussards de l’armée napoléonienne, avaient l’habitude spectaculaire de faire sauter le bouchon d’un revers de sabre.

Se mettre sur son trente et un

L’expression ‘ se mettre sur son trente et un ‘ (sans trait d’union contrairement au jeu de cartes du même nom qui prend 2 traits d’union) signifie ‘ se mettre dans ses plus beaux habits, ses plus beaux atours ‘. L’origine la plus plausible provient de trentain (du XII au XVe siècle) qui était un drap de qualité supérieure. La chaîne de ce drap de luxe moyenâgeux était composée de trente centaines de fils, et l’expression signifiait ‘ revêtir ‘.

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